Se réconcilier avec la nourriture | L’histoire de Colette

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Cannelle :

Dans cet article, je vous invite à découvrir le témoignage de Colette, première femme à venir témoigner de sa relation avec la nourriture, dans mon podcast sur l’alimentation. C’est vraiment important pour moi de vous présenter des témoignages de femmes essentiellement – et j’espère aussi de quelques hommes – sur leur relation qui a pu être ou qui est encore compliquée avec l’alimentation. Mon souhait, avec ces récits de vie, est de vous montrer que vous n’êtes pas seules et que vous pouvez vous en sortir. Découvrez comment son rapport à la nourriture est devenu compliqué alors qu’elle n’était encore qu’une toute jeune fille et comment la naissance de ses deux filles lui a permis de retrouver une relation saine et apaisée avec la nourriture et confiance en son corps.

« Mon corps, que pourtant j’ai privé, auquel j’ai imposé beaucoup de sport, que j’ai parfois gavé, que j’ai mal regardé par moments aussi… Il m’a quand même permis de donner la vie. Aujourd’hui, une fois que j’ai fait mes menus, oui je suis contente de me dire « Ce soir, je mangerai ça », mais je continue ma vie, à côté. On s’en sort, en fait. On s’en sort, parce qu’il y a des personnes qui peuvent nous aider. On s’en sort parce qu’on a des ressources en nous qui font qu’on va s’en sortir. »

extrait du témoignage de Colette

L’histoire de ma relation compliquée avec la nourriture

Les commencements et la « période de privation »

  • Pour commencer, est-ce que tu veux bien te présenter rapidement ?
  • Je suis Colette, fraîchement 27 ans, en couple et maman de 2 petites filles, de 2 ans et demi et 10 mois. Je suis enseignante. Aujourd’hui tout va bien pour moi, donc si je peux aider un peu en partageant mon vécu, je trouve ça chouette.
  • Justement, peux-tu commencer par resituer pour nous ton vécu avec l’alimentation ?
  • On va devoir remonter un petit peu dans le temps, voire même beaucoup : jusqu’à la fin de mon élémentaire. Je ne saurais pas dire exactement quand, mais je dirais autour du CM1/CM2. Très clairement, c’est là que j’ai commencé la « période de restriction », appelons-là comme ça. Je me souviens très bien de m’être auto-privée de tout ce qui, à mes yeux, pouvait me faire grossir, c’est-à-dire tout ce qui était à base de sucre et de gras. Puis c’est allé crescendo, jusque vers la fin du lycée et le début de la fac. C’était réellement un crescendo, puisque c’est allé jusqu’à une période du lycée pendant laquelle, dans une journée, je pouvais ne manger qu’une louche de soupe, par exemple. C’est à ce moment-là, de mémoire, que le médecin de famille a commencé à réellement tiquer sur mon poids. J’ai toujours eu une morphologie fine, mais là, mon poids commençait à réellement le faire réagir. Ma réaction fut de me dire : « Mince, on commence à m’embêter dans mon processus ». Jusque-là, ça avait été assez simple pour moi d’agir ainsi. Je ne déjeunais pas en même temps que mes sœurs, pour que nous puissions aller chacune notre tour à la douche. Je prenais un paquet de gâteaux, mais il finissait à la poubelle, comme ça Maman ne s’en apercevait pas… Pleins de petites choses comme ça faisaient que c’était simple. Mais la réaction du médecin n’a pas vraiment fait réagir Maman. Je ne sais pas où elle en était de sa vision de la chose à ce moment-là. Je pense qu’elle ne voulait pas qu’on m’embête avec ça, justement pour éviter que ça prenne des proportions plus importantes – sans pour autant se rendre compte de là où j’en étais déjà. C’est comme ça que je l’ai compris en tout cas. « Mais oui Colette est comme ça, ça a toujours été comme ça », tel était l’idée de son discours. Et c’était vrai :  je suis naturellement mince et je mange peu (mais souvent). Je pense qu’elle ne voulait pas que ça soit un problème. Elle n’avait pas envie que le médecin aussi vienne appuyer là-dessus, alors qu’il y avait déjà suffisamment de personnes qui le faisaient, comme mes grands-parents, à coups de réguliers : « Colette elle ne mange jamais rien… ».

L’évolution en va-et-vient entre restriction et excès

  • Ce fut le début de la deuxième période, où, pour des raisons toutes autres – essentiellement ma relation avec Papa – je suis allée voir une psychologue. Ça m’a fait travailler pas mal de choses, dont, entre autres, ce côté « je contrôle tout dans ma vie ». Si bien que ça m’a fait travailler aussi mon rapport à l’alimentation et surtout à mon corps. Là, je suis entrée dans une phase où j’oscillais entre périodes de privation et périodes où je mangeais énormément. Je n’en suis jamais arrivé à me faire vomir, même si ça m’est arrivé d’en être à deux doigts – au sens propre. Mais en fait, j’ai une phobie, vraiment, du fait de vomir et c’est ça qui me stoppait à chaque fois. Sans cette phobie, je l’aurais fait, très clairement. C’est l’une des choses qui a fait que je ne suis pas descendue trop bas. Comme j’étais dans l’incapacité de me faire vomir, ça m’a évité de rentrer dans un certain cercle vicieux. Je suis consciente aussi du fait, que, quelque part, c’est ça qui m’a aidée. C’est une période où je me suis sentie psychologiquement beaucoup plus mal qu’avant. Pendant ces phases où je mangeais beaucoup, je culpabilisais énormément. Et ce, d’autant plus parce que j’avais cette volonté de me faire vomir et qu’en même temps, je n’en étais pas capable. Je pense vraiment que c’est la période où je me suis sentie le moins bien. J’ai donc fini par consulter une autre psychologue, cette fois-ci pour traiter vraiment ces problèmes de relation à mon corps et à l’alimentation. J’étais alors au début de mes années de fac, je dirais. Pour le coup, ça, ça m’a fait beaucoup de bien ! J’ai arrêté d’avoir ces va-et-vient entre restriction et excès. Mais du coup, je suis entrée dans une troisième phase, pendant laquelle j’étais dans l’hyper-contrôle de ce que je mangeais. Cette fois-ci, ce n’était cependant pas un contrôle des quantités. Ça ressemblait plutôt à « OK je peux manger. Mais attention à ce que je donne à mon corps. Je ne fais pas entrer n’importe quoi. » Pour rebondir sur tes stories instagram où tu demandais « Qu’est-ce qu’une alimentation sainte ? », à ce moment-là, j’étais enfermée à l’extrême dans cette question-là. Par exemple, si je donnais un gâteau à mon corps, il fallait qu’il n’y ait pas trop de sucre, pas trop de gras. Il fallait absolument que ça m’apporte quelque chose : il y avait toujours des ingrédients comme des amandes, des noix, etc., parce que je sais que ces aliments sont des « bonnes choses ».
  • Oui, je comprends. L’expression qui me vient à l’esprit, c’est qu’il fallait que les aliments montrent « patte blanche » avant de rentrer.
  • C’est exactement ça ! Très bonne image. C’était vraiment : d’accord je peux manger, mais attention à ce qui rentre.

Mes grossesses, qui ont bousculé les choses

  • Ce fonctionnement a duré environ jusqu’à ma première grossesse, soit quelque chose comme 3 ou 4 ans. Mes grossesses furent très très compliquées. Je n’avais qu’un seul symptôme de grossesse : les nausées et vomissements. Mais je les ai eus de façon excessivement forte en première moitié de grossesse, puis c’est resté jusqu’à la fin. Je trouve cela entre guillemets rigolo, de n’avoir été affectée que sur le plan alimentaire. J’ai perdu beaucoup de poids pour Louise : 10 kg. Ça a été jusqu’à l’hospitalisation. C’était terrible pour moi car je vomissais, donc angoisse totale. Malgré tout, il y avait une part de moi qui était contente, qui se disait : « Si je perds du poids, ça veut dire que je ne vais pas en prendre de trop. » Cette question m’avait toujours travaillée : ça avait toujours été évident que j’aurais des enfants… et en même temps ça voulait dire tomber enceinte et donc prendre du poids.
  • Et oui, car c’est quelque chose qui ne se contrôle pas, ou moins. Là, finalement, il y avait la « chance » si je puis dire, que le corps prenne ce contrôle-là, ce qui réjouissait l’une des deux voix intérieures qui se bagarrent.
  • C’est tout à fait ça. D’un côté, j’étais assez mal psychologiquement, d’une part parce que j’étais malade tout le temps et d’autre part parce que, forcément, je pensais au bébé : « Est-ce qu’il a ce qu’il faut ? ». D’un autre côté, il y avait cette petite voix qui se disait : « C’est cool parce que je ne vais pas trop prendre de poids pendant cette grossesse. » Cependant, j’ai mangé pendant cette grossesse des choses que je ne mange absolument pas en temps normal. Je me nourrissais de bonbons, de coca, de pizzas, de pâtes fraîches… Donc des choses qui n’étaient pas du tout dans mes habitudes, mais il n’y avait vraiment QUE ça qui passait. J’en étais à un point tel que la règle c’était : je mange ce qui passe. Quoique ce soit, tant pis, mais il fallait que je mange. Au final, j’ai pris 10 kilos tout ronds pour ma grossesse, que j’ai perdu dans la foulée. En rentrant de la maternité, j’avais tout perdu. Forcément : j’étais très contente ! Et j’ai repris mes habitudes d’avant, c’est-à-dire « Je mange, mais je mange bien ». Ça a coïncidé avec ma découverte de la chaîne Youtube d’Isadora et Marisa (on reviendra dessus plus tard 😉), qui m’a vraiment fait beaucoup de bien.
  • Malgré cette découverte et ce qu’elle m’a apporté, la logique était toujours là, car nous savions déjà que nous voulions des enfants rapprochés. Je savais que vers les 7/10 mois de Louise, on essayerait d’avoir un second enfant. Dans ma tête, il était absolument impossible de recommencer une grossesse en ayant des kilos conservés de la première. Entre les 2 grossesses, je me suis remise au sport. J’ai même fait une course de 7 km avec des amis ! Il fallait vraiment que je sois au taquet pour la deuxième grossesse ! Si bien que je l’ai commencée avec à peu près de 2 kg de moins. Lors de la seconde grossesse, j’avais le même unique symptôme, mais je n’ai perdu « que » 6 kilos… Du coup, cette « bagarre » interne était toujours là : « J’ai perdu moins de poids les premiers mois, donc peut-être que j’en prendrai plus… ». De fait, j’en ai pris 15 au final, contre 10 la première fois.
se réconcilier avec la nourriture

Je pense que c’est mon second post-partum qui m’a beaucoup aidée. Le premier m’avait vraiment fait comprendre que mon corps, c’est mon moteur pour la vie. J’ai compris que je l’aurai toute ma vie et qu’il m’a quand même permis de créer, de donner la vie. Ce n’est pas rien ! C’était un vrai bouleversement de voir que mon corps peut faire ça, alors que je l’ai privé, que je lui ai imposé beaucoup de sport, que je l’ai parfois gavé, que je l’ai mal regardé. Malgré ça, il m’a quand même permis de donner la vie à ma première fille. Le deuxième post-partum, pour sa part, m’a vraiment détachée de cette idée qu’il « faut que mon corps ressemble à ça ». Si bien qu’aujourd’hui, je suis absolument incapable de te dire combien je pèse, ou combien il me reste de ce que l’on appelle les « kilos de grossesse ». J’en suis incapable et en fait… ça ne me fait rien. Je me fiche la paix, depuis que j’ai accouché de Zélie. Je pense, très clairement, que si je n’avais pas allaité, ça aurait peut-être été différent car il est absolument impensable pour moi de me restreindre tant que je l’allaite. Donc peut-être que ça aurait été différent, mais en tout cas, aujourd’hui je suis apaisée par rapport à ce corps qui a donné 2 fois la vie en 3 ans. Aujourd’hui, j’ai des lignes directrices que je veux suivre, pour mon alimentation et celle de ma famille, mais je n’ai pas de règle.

Mon nouveau rapport à l’alimentation : des lignes directrices mais pas de règle

  • Des lignes directrices et non des règles, ce n’est pas du tout la même chose, en effet !
  • Et non ! Ce ne sont vraiment que des lignes directrices. Je sais que j’aspire à un maximum de fait-maison, le plus local possible, le plus « de saison » possible. Mais à part ça, on se fiche la paix.
  • On ressent bien que ça se base sur tes valeurs personnelles, mais que quelque chose a « lâché » et que ce qui est important pour toi aujourd’hui n’est plus en lien avec « à quoi je veux que mon corps ressemble ». Je vois bien avec ce parallèle que tu fais autour de la capacité de ton corps à donner la vie 2 fois en peu de temps, à nourrir ton bébé, malgré tout ce qu’il avait enduré, je ressens bien ce besoin de lui fiche la paix, à ce corps.
  • C’est ça. Je me revois au lycée avec mon petit calepin de photos de mannequins hyper maigres, avec mes notes sur le poids que j’aimerais atteindre, etc… Et je me vois maintenant, à vivre sans savoir combien je pèse. Ça fait du bien !
  • D’ailleurs, pour en revenir au poids : pendant ma première grossesse, j’ai perdu 10 kg comme je l’ai dit. C’était vraiment une étape charnière : j’étais hospitalisée et suivie par une psychologue de la maternité – avec laquelle j’ai pas mal travaillé, par la suite. Il se trouve que j’en suis arrivée au poids que je voulais atteindre pendant mes années d’adolescence, le poids de ce fameux petit calepin. Je suis arrivée à ce poids-là et là, les deux petites voix étaient présentes. D’un côté, je me disais : « Je suis arrivée à ce poids-là… donc on va encore vouloir que je reprenne du poids. » De fait, c’était très clairement le cas : à la maternité, ils n’étaient pas du tout inquiets pour le bébé. Ils étaient inquiets pour moi ! L’objectif du corps médical, quand il me pesait, ce n’était pas de s’assurer que je n’avais pas pris trop de poids, comme ce peut être le cas pour certaines femmes. C’était de voir si j’avais pris du poids, tout court. On s’accrochait à des augmentations de 500 grammes… Ma seconde petite voix, elle aussi, se disait qu’il fallait que je reprenne du poids, parce que je n’étais pas bien. Je ne tenais même pas debout. Elle a vraiment dû batailler, contre l’autre, qui insistait : « Ouai mais j’y étais ! J’avais atteint ce poids ! Et on veut que j’en reprenne… » C’était symbolique : j’avais atteint ce fameux poids. Mais… à quel prix ? Cette dualité était présente pendant ma première grossesse. Au final, c’est pour cette question, ce « à quel prix ? », qu’aujourd’hui je me fiche la paix. J’ai déjà énormément demandé à mon corps : 2 grossesses, 2 allaitements… C’est dur ce que je lui ai demandé et ce que je lui demande encore. Mais aujourd’hui, je lui demande avec bienveillance, parce qu’il m’a permis de donner la vie, malgré tout ce que je lui ai fait subir. Ça, c’est une vraie prise de conscience.

Ce qui m’a le plus aidée à me réconcilier avec la nourriture

Comprendre le pourquoi de ce rapport compliqué avec l’alimentation

  • On voit bien qu’il y a eu un réel basculement dans ton état d’esprit et ta façon de voir les choses, au moment de ces grossesses. Qu’est-ce qui t’a le plus aidée au final ? Il y a eu ces différentes tranches de travail psychologique… Même si, pour le premier ce n’était pas vraiment le sujet ?
  • Alors, ce n’est pas pour ça que j’avais consulté, mais au final, je pense que c’est la première chose qui m’a aidée, parce que c’est là que j’ai compris pourquoi je n’arrivais pas à regarder avec bienveillance mon corps. Ça a un lien direct avec la relation que j’ai avec Papa, avec son histoire. Sans trouver le pourquoi, je pense qu’on peut trouver par-ci par-là des améliorations, mais pas la solution… Moi en tout cas, si je n’avais pas travaillé là-dessus, sur cette origine « parasite », je n’aurais pas pu faire ce que j’ai fait après.

Avoir conscience et accepter d’avoir besoin d’aide

  • La deuxième fois par contre, si j’ai bien compris, tu y es vraiment retournée dans l’intention de travailler cette problématique-là. N’est-ce pas ?
  • Oui, car comme je le disais, je me sentais vraiment très très mal. Toutes les années où j’étais dans cette privation volontaire, en fait j’étais fière de moi. Je n’étais pas bien psychologiquement, mais je n’en avais pas conscience. J’étais fière de ce que j’arrivais à faire, j’étais fière de contrôler mes envies, j’étais fière de contrôler mon corps. Mais, toute cette partie de ma vie où j’oscillais entre privations et gavage, j’étais vraiment mal psychologiquement. C’est ça qui m’a poussée à consulter, car j’étais tout à fait consciente des bienfaits que pouvait m’apporter un soutien psychologique.
  • Oui d’accord. Cette seconde période était plus dure, parce qu’alors, la fierté avait disparu.
  • Exactement. Je ne contrôlais pas. « Contrôler » c’est le long fil de mon « travail de vie ». Comme je ne contrôlais plus, une partie de moi y est allée aussi pour retrouver ce contrôle. Les 2 voix sont toujours là : me faire aider, c’était d’un coté dire au revoir à cette période de ma vie, parce que je voulais me diriger vers quelque chose de plus apaisé. D’un autre côté, la seconde petite voix se disait qu’avec cette démarche, j’arriverai peut-être à contrôler de nouveau. Et de fait, j’ai re-contrôlé. Pas comme je le faisais avant, mais j’ai re-contrôlé.
  • Oui, ce double discours, je l’entends souvent dans ce que vous pouvez me témoigner. C’est vraiment ces 2 voix qui se disputent. À plus ou moins grand niveau, ces 2 voix se bagarrent toujours.

Demander le soutien de mes proches à chaque fois que cela est nécessaire

  • Oui, je pense qu’elles sont tout le temps là. Après, en fonction de multiples facteurs, c’est l’une ou l’autre qui prend le contrôle. C’est aussi ce que j’ai appris en étant suivie par différentes psychologues – puisqu’à ce jour j’ai dû en voir 4 différents, pour diverses choses : c’est capital d’apprendre à demander de l’aide au bon moment. Merci Maman, pour cela. Savoir demander de l’aide quand on en a besoin, c’est précieux. J’ai eu des périodes de rechute, mais avant de « perdre mes esprits », j’ai envoyé des messages à Maman et à ma sœur aînée, pour leur dire d’être vigilantes, de ne pas me lâcher pendant quelques temps. Je le faisais justement parce qu’entre ces 2 voix, je sais très bien laquelle est la bonne. Lorsqu’elle me lance des signaux d’alerte, je sais qu’il faut que j’écoute et que je mette en place les barrières de sécurité. Tu sais, comme au bowling : quand on commence à jouer, on a besoin que les barrières nous guident un peu. Maintenant, je sais quand appuyer sur le bouton pour lever les barrières.
  • Ça c’est une sacrée ressource ! Comme tu disais : merci Maman, mais merci à toi aussi, de savoir quand appuyer sur le bouton.
  • Bien sûr, ça ne se fait pas « tout seul » : ça demande un travail. J’ai aussi la chance d’avoir un entourage qui comprend ça, qui entend ça, qui est dans une démarche d’aide. Je sais que l’alimentation, c’est complexe pour beaucoup, beaucoup de gens, quelle que soit l’histoire qu’ils ont avec et je pense que ce n’est pas toujours facile de trouver, dans son entourage proche, des gens qui entendent que c’est difficile et qu’on a besoin d’aide.

Découvrir la chaîne Youtube d’Isadora et Marisa

  • Oui, tu as conscience que c’est un sacré atout. Tu as parlé aussi d’une chaîne Youtube qui t’a beaucoup aidée, peux-tu nous en parler un peu plus ?
  • Il s’agit de deux sœurs jumelles et je les trouve formidables. Il y a quelques années, elles ont décidé de faire un rééquilibrage alimentaire, parce qu’elles n’étaient pas bien dans leur vie, parce qu’elles avaient pris quelques kilos. Elles ne se sentaient pas très bien pour de multiples raisons, la principale étant qu’elles sentaient qu’elles ne se ressemblaient pas. Elles ont donc fait un rééquilibrage alimentaire, mais vraiment pleins de bon sens. Quand aujourd’hui je dis que j’ai des lignes directrices et pas de règles à suivre, c’est d’elles que je le tiens. Il n’y a absolument aucun aliment interdit dans leurs têtes. Elles partagent pas mal de recettes et fonctionnent avec des « meal-prep ». Bien sûr, elles prennent toujours plaisir à préparer des bons plats et bien sûr, dans leur meal-prep elles prévoient des desserts, ou du fromage, choses souvent bannies des régimes et autres… Vraiment, il n’y a aucun interdit, il y a juste beaucoup de bon sens et quelques lignes directrices comme je disais – mais jamais de règles bien strictes. Elles ont un vrai côté « faites-vous du bien ».
  • Je repense à ce que tu disais tout à l’heure : cette idée de te « foutre la paix ».
  • C’est ça ! Et ce n’est pas ce que l’on nous apprend. Ça me fait penser à une anecdote représentative des règles que la société nous inculque. Elles partagent beaucoup sur les réseaux sociaux, notamment ce qu’elles mangent. Je me souviens qu’elles avaient partagé le fait qu’elles recevaient des messages qui leur demandaient si elles mangeaient vraiment tout ça… « Ben oui ! J’ai faim le matin, donc je mange ! », répondaient-elles. Elles sont comme ça : positives et très pleines de bon sens. C’est juste du bon sens. Elles pensent qu’il faut arrêter d’intellectualiser ce qu’on mange. Sauf pathologie particulière ou situations qui nécessitent un suivi, etc… Mais en fait, pour se nourrir, on n’a pas besoin d’être bac + 5. Manger un peu de tout, de saison de préférence, en fonction de sa faim et puis voilà ! Aujourd’hui elles sont beaucoup plus connues que lorsque je les ai découvertes, mais à l’époque ce n’est vraiment pas le discours qu’on trouvait sur les réseaux sociaux. Ça tend peut-être à un peu à se modifier, mais à l’époque c’était décalé. Moi, ça m’a vraiment inspiré un grand : « Ah ben ouai en fait, c’est ça, elles ont raison ». C’était très déculpabilisant !
  • Oui, ce que j’entends dans ton récit, c’est vraiment ce terme de « déculpabiliser ». Ça t’a permis de te déculpabiliser et de te lâcher. Ça t’a permis de te rendre compte que « ah bah oui, c’est simple en fait ! » Je ne dis pas que ça l’est hein, mais ça t’a permis d’accéder à plus de simplicité.

Ajuster selon mon ressenti, au fil de la vie et des expériences

  • C’est ça. Quand je les ai découvertes, j’étais encore dans la démarche « Je mange, OK, mais je contrôle ce que je mange. » Du coup, je me suis mise au meal-prep. Question organisation, ça m’a tout à fait convenu… mais du coup j’étais encore un petit peu trop dans le contrôle. Ainsi, lorsque je faisais les gâteaux pour le goûter, par exemple, je les comptais. Ça faisait tant de gâteaux par goûter : c’était encore très cadré.
  • D’accord, c’était encore mentalisé.
  • Depuis, je pense qu’elles, elles ont évolué et moi aussi, j’ai avancé sur mon chemin. Il y a eu ma deuxième grossesse, dont je vous ai parlé. Il y a aussi eu France Tronel, via son Instagram « S’éveiller simplement » et son blog « Comment j’ai changé de vie ». Elle a aussi un parcours alimentaire assez complexe. Elle m’a apporté le côté « Je me fiche la paix, vraiment. ». Je sais ce qui est bon pour moi de manière générale et le reste je mets de côté. Aujourd’hui, je suis beaucoup moins dans le cadrage de ce que je mange. Je cuisine 2 fois par semaine, parce que question organisation ça me convient. Mais par exemple, le jeudi soir c’est pizza. Le jeudi je suis à la maison, donc je peux faire la pâte moi-même. Si c’est un jeudi où je travaille : on prend des pizzas qu’on achète, et ce n’est pas grave. Ma ligne directrice c’est de cuisiner le plus possible moi-même, mais ça ne fait rien si, un soir de temps en temps, par-ci par-là, ce n’est pas le cas pour une raison X ou Y.

Respecter mon fonctionnement et mes besoins en termes de rapport à la nourriture

  • Ce que j’entends, en résumé, c’est que, petit à petit, tu as inséré de plus en plus de souplesse et d’ouverture dans cette relation à l’alimentation.
  • Exactement : souplesse, fluidité et connaissance de moi également. D’ailleurs, je suis beaucoup ton Instagram, avec les différents challenges et les publications… parce que je trouve que c’est intéressant ! Cependant, je ne fais pas les challenges parce que je sais que ce format ne me convient pas. Ce serait replonger dans quelque chose qui n’est pas du tout adapté pour moi.
  • Ce ne serait pas sain pour toi, en fait.
  • Exactement. Et je le sais, donc je ne le fais pas. Il y a 3 ans, j’aurais essayé et seulement après je me serais dit « Ah bah non, c’est vrai que ça ne me va pas ». Alors que là, je n’y vais même pas, parce que je sais que ce n’est pas pour moi. Je sais que ce n’est pas comme ça que je serais OK dans ma relation à l’alimentation.
  • Je comprends. Comment tu résumerais aujourd’hui ta relation avec l’alimentation justement ? J’ai entendu de la fluidité, l’idée de te fiche la paix…
  • Oui c’est ça, aujourd’hui je dirais surtout que c’est fluide. Quand je commençais tout juste à suivre Isadora et Marisa, j’étais constamment en train de me demander ce qu’on allait manger, etc. C’était tout le temps présent à l’esprit, même si c’était présent d’une meilleure façon que lorsque j’avais 15 ans. Aujourd’hui, une fois que j’ai préparé mes menus, je suis contente de me dire que je vais manger ça ce soir, mais en fait j’ai une vie à côté. Ce n’est plus ma préoccupation première
  • Ça ne prend plus tout la place.
  • Voilà : c’est apaisé et à sa place.
se réconcilier avec la nourriture

À toutes les jeunes filles qui ressemblent à celle que j’étais

  • Quel regard tu portes aujourd’hui, sur cette très jeune adolescente, cette adolescente, cette jeune femme… Quel message aimerais-tu leur passer, ainsi qu’à celles qui leur ressemblent ?  
  • Ce qui me vient à l’esprit, c’est de la compassion. Je trouve qu’on vit dans une société pas du tout bienveillante par rapport à tout ce qui touche à l’alimentation – et au corps en général, puisque je suis une femme ! Il y a quand même par-ci par-là des choses qui changent, mais ça reste le miroir de ce que l’on est, aux yeux de la société. Notre corps, c’est ce qu’on est. Cet aspect de la société a entretenu un problème qui est né chez moi à cause d’un membre de ma famille. Ce problème n’a fait que s’empirer parce que cette adolescente et jeune femme que j’étais a grandi dans une société où le corps est un sujet qui n’est pas sain, en fait. Donc je leur envoie beaucoup de compassion, parce que ce n’est pas facile.
  • J’entends aussi de la tendresse de ta part, pour cette ado que tu étais. N’est-ce pas ?
  • Oui ! Ainsi que pour toutes les ados qui lui ressemblent, je tiens à transmettre le fait qu’on s’en sort. Accroche-toi, tu vas t’en sortir. On s’en sort parce qu’il y a des personnes qui peuvent nous aider. On s’en sort parce qu’on a les ressources en nous.
  • C’est un beau message d’espoir.
  •  Quand je regarde l’ado de 15 ans un peu paumée et la mère de famille que je suis, je ne peux qu’avoir envie de transmettre de l’espoir. Mes grossesses n’étaient pas simples, mais au final, elles m’ont apportée beaucoup plus que 2 filles. Elles m’ont apporté beaucoup sur moi-même, en fait.
  • Oui, j’entends bien que ça a beaucoup fait grandir la femme aussi.
  • Tout à fait. Ceci étant, pour moi c’était ça, mais ce sera autre chose pour quelqu’un d’autre. Tout le monde ne veut pas d’enfant et puis, ce n’est pas forcément vécu de la même façon pour chacune. Mais ce sera autre chose pour quelqu’un d’autre.
  • Je suis vraiment émue de ce témoignage que tu nous as partagé, Colette. J’entends toute la générosité avec laquelle tu as partagé ça avec nous, dans toute ton authenticité, toute l’authenticité de ton parcours, de jeune fille, de jeune femme et de maman. Tout l’espoir que ça peut donner, d’un cheminement qui n’est pas simple, mais qui t’a conduit à pouvoir dire qu’aujourd’hui, c’est fluide et apaisé et que ta vie continue.
  • Pour terminer, j’ai envie de dire que, entre guillemets, je le dois bien à mes filles. Je suis contente d’avoir réussi à faire la paix avec ça, pour elles. Ce n’est pas que pour elles que je l’ai fait, évidemment ! Mais j’espère pouvoir les accompagner de manière apaisée. Je ne souhaite absolument pas qu’elles traversent le genre de problèmes que j’ai eu, mais voilà : cuisiner avec elles et prendre du plaisir à cuisiner avec elles, je trouve que c’est un beau cadeau à leur faire, à elles mais aussi à toutes les autres petites filles qui en ont besoin. Je trouve ça beau d’avoir réussi, à ma petite échelle, car ça participe un petit peu à casser les problèmes d’alimentation d’autres jeunes filles, car ça montre qu’on peut faire autre chose.
  • Oui, tu ressens vraiment comme important d’apporter un message à la génération d’après.
  •  Totalement ! J’aimerais tellement qu’on leur parle autrement de ce qu’elles mangent et de leur corps ! C’était une de mes inquiétudes, pour Louise. Je me demandais : « Comment vais-je réussir à ne pas la fliquer quand elle mangera « trop » ? » Maintenant, je pense que je suis assez apaisée pour pouvoir les accompagner sereinement.
  • Je comprends. D’ailleurs, j’imagine qu’en tant que maman qui allaite ses bébés, tu vois bien les ressources qu’ont les bébés à parfaitement savoir réclamer quand ils ont faim et s’arrêter quand ils n’ont plus faim. Du coup, de pouvoir, toi, être consciente que tu peux encourager ce processus naturel-là, ce doit être précieux.
  • Tout à fait.
  • Je te remercie beaucoup pour ce témoignage et pour avoir été la pionnière de ce podcast. 😉 Je suis vraiment touchée et émue de ce moment qu’on a partagé. Ça fait un peu bateau de clôturer les choses comme ça, mais je te souhaite une bonne continuation sur ce chemin de l’apaisement, de la fluidité et de la vie tout simplement.
  • Je te remercie pareillement, de m’avoir invitée à partager comme ça. C’est chouette de pouvoir faire le bilan, de moi à moi aussi et de réaliser que « Oh bah punaise j’ai vécu tout ça en fait ! » et d’avoir l’occasion de transmettre à qui veut bien l’entendre que ça peut être compliqué, mais que ça peut aussi être vachement beau à la fin.

Ainsi se termine le témoignage de Colette. N’hésitez pas à partager en commentaire ce que ce récit vous a évoqué ! Si, vous aussi, vous avez envie de témoigner dans ce podcast : n’hésitez pas à me contacter, via mon site ou via mon compte Instagram. Je me ferais une joie de vous répondre et de prendre un temps avec vous pour que nous puissions échanger ensemble.

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