Guérir de l’anorexie : premiers pas | Le témoignage de Fanny

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Dans ce nouvel article de témoignage de « La pleine conscience du pouvoir », nous allons parler du plus connu des TCA (trouble du comportement alimentaire). À 19 ans aujourd’hui, Fanny se bat avec l’anorexie mentale depuis le début du lycée. Harcelée au collège, elle avait pris la décision, en rentrant au lycée, de devenir une jeune femme sérieuse et autonome. Cela a commencé par les vêtements et le maquillage, avant de continuer sur l’alimentation et le sport. La machine s’est emballée très vite et Fanny a perdu la moitié de son poids en quelques mois seulement. Dans ce témoignage, Fanny nous raconte comment elle a commencé à guérir de l’anorexie, après 2 hospitalisations. Ces dernières lui ont permis de comprendre qu’elle avait besoin d’aide et qu’elle devait mettre en place un suivi en sortant de l’hôpital. Sans cela, le retour à la vie réelle ne pouvait se faire sereinement. Heureusement pour elle, Fanny a vite remarqué que son trouble alimentaire l’empêchait de vivre. C’est aussi l’envie de retrouver l’énergie de rire et de faire des activités de son âge qui l’a poussée à faire ses premiers pas pour vaincre son TCA. Je vous laisse découvrir notre échange.

« Je m’appelle Fanny, j’ai 19 ans. Je souffre d’anorexie mentale depuis 4 ans. »

« J’ai toujours eu un rapport assez particulier avec l’alimentation. »

« Je me suis beaucoup renfermée pour ne plus être harcelée et en fait, j’ai commencé à vraiment essayer de me fondre dans le moule. J’étais déjà très en contrôle et très inquiète vis-à-vis de mon corps et de mon image. »

« J’ai totalement vrillé en fait et, en un peu plus de 4 mois, j’ai perdu la moitié de mon poids. »

« Je ne résonnais plus du tout. Je n’étais plus là, en fait. »

« Lors de ce rendez-vous, il a dit : « Vous n’allez pas rentrer chez vous, on va vous amener au service de réanimation. ». »

« J’ai commencé d’un seul coup à vouloir vraiment m’en sortir. »

« Le lien social, c’est hyper important pour s’en sortir. »

Le cadre familial autour de l’alimentation et de la personnalité

– Bonjour Fanny !

– Bonjour !

– Je suis vraiment ravie de t’accueillir dans ce nouvel article de mon podcast sur l’alimentation, « La pleine conscience du pouvoir ». Je te remercie beaucoup d’accepter de venir témoigner pour nous raconter comment tu as commencé à guérir de l’anorexie. 😊 Est-ce que tu pourrais te présenter aux personnes qui nous écoutent ?

– Merci à toi ! Je suis ravie, moi aussi, de pouvoir témoigner. Je m’appelle Fanny, j’ai 19 ans. Je souffre d’anorexie mentale depuis 4 ans. J’ai arrêté des études pour un peu plus d’une année, afin de me concentrer pleinement sur ma santé et ma guérison, parce que je ne me considère pas encore guérie.

– Tu as fait ce stop pour pouvoir te consacrer pleinement à cette démarche de prendre soin de toi.

– Oui. Ce fut une décision assez difficile car c’est un peu à double tranchant. C’était compliqué de faire ce choix. On peut aussi avoir besoin de se changer les idées et de penser à autre chose qu’à la maladie grâce aux études ou en investissant d’autres domaines.

– Oui, je comprends. Est-ce que ça te va de commencer par le début de ton histoire ? Peux-tu remonter le temps, repartir en arrière et nous raconter comment tout ça a commencé ?

– Oui, bien sûr ! J’ai toujours eu un rapport assez particulier avec l’alimentation. Quand j’étais enfant, on me disait que j’étais assez difficile. J’aimais pas mal d’aliments, sur ce point je n’étais pas spécialement plus compliquée qu’un autre enfant. Par contre, je n’aimais pas vraiment tout ce qui est viande et poisson. Ma famille avait une alimentation très française, donc ça représentait une part importante de ce que nous mangions. On me voyait comme une enfant difficile et très vite, j’ai trouvé ça assez injuste.

– Formulé ainsi, l’adjectif englobait toute ta personne… C’est cela que je comprends. N’est-ce pas ?

– Hé oui… J’avais aussi cette tendance à vouloir tout toucher. J’étais très curieuse, j’étais une enfant qui posait beaucoup de questions. Une phrase que j’ai beaucoup entendue dans mon enfance, c’est : « On touche avec les yeux ! ». J’étais très touche-à-tout. Avec la nourriture, c’était pareil et ça non plus, ce n’était pas très bien vu. En plus, j’avais des petits problèmes qui faisaient que j’avais du mal à respirer. Du coup, je mangeais la bouche ouverte, pour pouvoir respirer. Très vite, j’ai reçu des commentaires sur le fait que je ne mangeais pas très proprement, que je n’avais pas de manière, etc. Comme j’étais la petite dernière, mes parents étaient assez laxistes avec moi. J’étais le « petit cochon ». Du coup, j’ai ressenti assez tôt une petite anxiété à l’idée de manger devant les autres, d’autant que j’étais timide. J’avais un peu peur d’être jugée sur ça et j’ai intégré assez rapidement l’idée que je ne mangeais pas correctement.

– D’accord. J’ai l’impression que c’était vraiment répété et répété, pour que tu intègres l’idée que tu étais un petit cochon et que tu n’avais pas de manière.

– Ces propos venaient surtout de ma famille. J’avais 2 cousines, dont une qui avait 2 ans de plus que moi et l’autre quelques mois. Aussi loin que je me souvienne, j’ai l’impression d’avoir eu la place assignée de la petite fille timide, sans forcément le vouloir. Très vite, j’ai commencé à jouer un double rôle. Mes parents travaillaient, donc ils me laissaient souvent au centre aéré ou en colonie de vacances. À l’école et dans ce genre de lieux, une fois que je me sentais à l’aise, j’étais plus moi-même. Je n’étais plus l’enfant que j’étais avec ma famille. Je devenais le clown de la classe.

– C’était comme s’il y avait 2 Fanny : la Fanny de l’école ou de la colo, avec les copains et copines, et la Fanny de la famille. D’accord, je comprends. Quand est-ce que tu dirais que cette anorexie est arrivée dans ta vie ? Est-ce que tu veux bien nous en dire plus sur l’émergence de ton trouble alimentaire ?

Le harcèlement au collège et les troubles anxieux

– L’entrée au collège fut un peu un choc. J’avais été dans la même classe du CP au CM2, dans une petite école. Au collège, nous avions été répartis. Dans ma classe, il y avait seulement ma meilleure amie. Nous avions écrit une lettre pour être ensemble, car nous étions très proches. Nous nous sommes retrouvées dans une classe très difficile, très turbulente et ça a été assez compliqué pour moi. Je me suis énormément renfermée. Avec ma meilleure amie, nous étions un peu dans notre bulle. Nous avons subi pas mal de harcèlement, car nous étions « les 2 filles bizarres ». On nous a traitées de lesbiennes. C’était la première fois que j’entendais ce terme. Sorti de la bouche des autres enfants, je l’avais mal pris, comme une insulte. Je ne suis pas du tout homophobe mais comme ça semblait être une insulte, j’en avais honte. Nous ne l’étions pas, mais du coup, nous avons essayé de moins traîner ensemble au collège, même si c’était compliqué. C’est pour ça que je me suis beaucoup renfermée. J’ai commencé à vraiment essayer de me fondre dans le moule. Au début, c’était surtout au niveau vestimentaire. Je m’habillais comme les autres, en essayant de ne pas me démarquer. J’étais tellement mal à l’aise que ça se voyait à des kilomètres…

– Ce n’était pas toi, en fait… Tu essayais de te couler dans un moule qui n’était pas le tien.

– Oui. Au collège, j’avais vraiment l’impression de ne pas avoir de personnalité. Cependant, à cette période, je n’ai pas fait d’anorexie. Par contre, grâce à un psychiatre, je me suis rendu compte que j’avais un trouble anxieux.

– Ce qui semble logique… Tu vivais quelque chose de très violent. Il fallait que tu trouves des moyens d’exprimer ce que tu vivais. Comment les adultes autour de toi ont géré ça ? À moins que tu aies gardé tout ça pour toi en essayant de te battre toute seule ? Comment ça se passait ?

– Je gardais tout ça pour moi. Dans la famille, c’est comme ça que nous fonctionnons : confier ses émotions, ce n’est pas quelque chose de très naturel. Mon père n’aimait pas vraiment son travail et quand il rentrait, il était assez épuisé. Émotionnellement, ce n’était pas top pour lui. Souvent, il piochait dans le frigo ou il allumait la télé, souvent assez fort et en mangeant. J’ai très vite fait pareil… Je me souviens qu’en 6e, en rentrant, je me mettais devant un dessin-animé et je mangeais des gâteaux ou des chips. Je mettais la télé très fort, même si je trouvais ça trop fort. J’en avais besoin. Je pense que j’avais besoin de stimuler tous mes sens pour oublier. Je recherchais le sentiment d’avoir la langue anesthésiée. J’avais des repères de ce type, il fallait que je mange jusqu’à avoir ces sensations-là.

– Tu cherchais ce qui pouvait complètement saturer tes sens. Ça te permettait de te couper de l’inconfort des émotions que tu ressentais à cause de ce que tu vivais au collège. Tout à l’heure, tu as évoqué ton travail avec un psychiatre. Grâce à lui, tu avais pu te rendre compte qu’il y avait déjà des choses qui se passaient, même si ce n’était pas encore en lien avec l’anorexie.

– J’étais déjà très en contrôle et très inquiète vis-à-vis de mon corps et de mon image.

– Finalement, ce furent des années collège pendant lesquelles il y avait déjà des troubles en lien avec l’anxiété. Ensuite, tu es arrivée au lycée. Je ne sais pas si le harcèlement a continué ? Le lycée représente souvent une cassure. Comment ça s’est passé, quand tu es arrivée en 2nde ?

Guérir de l'anorexie : le TCA de Fanny trouve l'une de ses sources au collège

Accusation d’attouchements et modification des relations sociales

– Pour ma rentrée de lycée, j’avais un état d’esprit totalement différent de ma rentrée au collège. Le collège, j’y allai à reculons et j’avais envie de rester dans mon école. Pour le lycée, c’était tout l’inverse. J’avais vraiment envie de laisser mon enfance derrière moi. Je me souviens que le jour de ma rentrée, je me suis dit : « Là, c’est bon, je vais être une femme. ». Je n’avais encore jamais eu de copain, donc je m’étais dit que je devais en avoir un en 2nde. J’avais vraiment cette volonté de passer à autre chose. La 2nde fut une année particulière. Déjà, c’était une cassure avec le collège car j’avais envie de tout remettre à zéro. Ensuite, c’est l’année où il y a eu les premières grosses disputes de la famille. Avec mes parents, nous n’étions pas vraiment impliqués dans l’histoire. Ça concernait plus mes oncles et tantes. Nous ne prenions pas les choses au sérieux et nous étions persuadés que la famille surmonterait ça… Mais en fait non. Il y a vraiment eu une séparation. Ma tante a totalement coupé les ponts. Comme c’était surtout elle qui nous rassemblait, tout le monde s’est un peu éloigné. Ça a été très déstabilisant. Cette cassure dans la famille s’est rajoutée à celle qui existe entre collège et lycée. Avec ma meilleure amie, nous nous connaissions depuis très longtemps et nous étions très fusionnelles… mais notre relation était devenue toxique. Déjà, au collège, le harcèlement avait beaucoup impacté notre relation. Nous avions atteint un point d’une violence assez extrême. Au collège, j’étais plutôt celle qui commandait, on va dire, et elle plutôt celle qui suivait. Depuis que j’étais petite, j’avais assez peur d’avoir des pulsions, peut-être justement à cause des problèmes dans ma famille, des 2 côtés. Depuis que j’étais petite, en maternelle, j’avais très peur d’avoir ça en moi, moi aussi. D’ailleurs, il y a quelque chose que j’ai oublié de préciser et qui est très important… Je l’ai dit : quand j’étais petite, j’étais une enfant très curieuse, qui touchait à tout… y compris à mon corps. Du coup, j’ai commencé à me masturber assez tôt. J’ai touché, j’ai éprouvé du plaisir et j’y suis revenue. Un enfant ne sait pas ce qu’il faut faire ou non en public. Une maîtresse m’a vue et elle nous avait recommandé d’aller voir une psychologue, parce que ce jour-là, je n’étais pas normale et que c’était mal. D’ailleurs, c’était aussi une maîtresse qui essayait de faire en sorte que je ne sois plus gauchère. Elle me forçait à utiliser des ciseaux de droitiers, ce genre de choses… J’avais vraiment l’impression d’être toujours à côté de la plaque. Elle nous a conseillé une psychologue qu’elle connaissait bien et qui était aussi fermée d’esprit qu’elle. Bien sûr, elle a aussi discuté avec mes parents. C’est comme ça qu’elle a eu connaissance des antécédents d’inceste et de violence du côté de la famille de mon père. Elle en a déduit qu’il avait eu des attouchements sur moi, même si c’était totalement faux… C’est allé très loin, jusqu’au tribunal. J’ai failli être placée. J’avais 5 ans, mais ça reste un souvenir qui reste assez net dans ma tête. Je me souviens du tribunal, de l’avocat, etc. Heureusement, le juge a bien vu que c’était totalement faux. Au collège, on nous avait donné un livre pour ado. J’ai lu dedans que la masturbation était quelque chose de normal. Je me suis donc rendu compte très tard que je n’étais pas une mauvaise personne et que je n’étais pas dégoutante de faire ça. Je l’avais très mal vécu en étant petite. Dès que j’en avais envie ou que je le faisais, j’en pleurais, tellement je me sentais coupable. J’étais persuadée que je faisais quelque chose de mal. On ne m’avait jamais dit que c’était juste à ne pas faire en public. Pour moi, c’était vraiment mauvais, c’était vraiment mal.

– Encore une fois, c’est quelque chose autour du corps. On retrouve l’idée que le corps, lorsqu’il apporte du plaisir, c’est mal, c’est sale, c’est honteux…

– Oui, tout à fait. Je ressentais de la honte. Ce fut un sentiment très important pendant une grande période de ma vie. Ce traumatisme m’a beaucoup suivie.  

– J’imagine oui…


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Le carnet bien-être de Weightwatchers© et la tombée dans l’anorexie

– Avant la phase d’anorexie, quand j’étais encore au collège, j’ai vécu une autre période assez particulière. Comme j’étais dans un collège de banlieue, les normes de beauté n’étaient pas les mêmes qu’ailleurs. C’étaient plutôt les formes qui étaient valorisées. Une personne mince ou maigre était perçue comme pas belle. Sur ce point, au collège, j’avais les mêmes goûts que les autres. J’ai essayé de grossir, pour avoir plus de formes. Le harcèlement que j’avais subi était aussi composé d’attouchements. J’avais vraiment l’impression que mon corps ne m’appartenait pas. Il y a eu une période où je mangeais beaucoup, jusqu’à m’en dégoûter, dans le but d’avoir des formes. Parfois, je me faisais mal au ventre. Je n’écoutais déjà pas mon corps.

– Tu ne prenais pas en compte tes signaux corporels.

– À la rentrée en 2nde, il y avait des personnes qui venaient de villes plus aisées. Du coup, le modèle a changé. C’était la minceur qui était plus valorisée. J’ai commencé à suivre des vidéos fitness sur Youtube. La motivation était la même, mais mes modèles avaient changé. Au lycée, j’ai commencé à vouloir être impeccable et contrôler totalement mon apparence. Au départ, ça concernait les vêtements et le maquillage. J’ai commencé à acheter du maquillage très cher et à beaucoup me maquiller. Je prenais soin de mes cheveux aussi. J’ai voulu changer tout mon mode et toute mon hygiène de vie. Forcément, l’alimentation a fini par être concernée aussi. Ma mère travaillait chez Marie©, l’entreprise d’agroalimentaire spécialisée dans les plats préparés… et Marie© possède aussi la marque WeightWatchers©. Du coup, elle m’a donné un petit livre qu’elle et ses collègues avaient reçu. C’était un livre sur le bien-être, il ne parlait pas de perte de poids. L’objectif était de remplir une page par jour. Des exercices pour changer son hygiène de vie étaient proposés. J’ai trouvé ça parfait et c’est là que j’ai commencé à vouloir faire attention. J’ai commencé à suivre certaines des règles qu’il y avait dans le livre. C’est assez fou quand j’y pense… C’était censé être un livre sur le bien-être, qui contenait des invitations à respirer, à s’étirer, à sourire, etc. Mais, à chaque fois, il y avait aussi un bilan indiquant combien de calories on avait perdu…

– Tiens tiens tiens…

– Il y avait des actions à mettre en place, comme commencer à noter ses aliments. Si on avait réussi, on notait le smiley content. C’étaient des suggestions comme ça. Ça m’a donné des idées, des mauvaises idées. Ça m’a fait mettre des règles en place : j’ai commencé à peser et à noter ce que je mangeais. Je suis rentrée dans une discipline de plus en plus stricte. Au niveau des cours, je m’en sortais bien sans avoir à faire grand-chose et j’ai aussi énormément investi ce domaine-là. J’avais vraiment cette volonté de ne plus avoir cette étiquette de la petite dernière timide et princesse. J’avais envie d’être celle qui était disciplinée et qui n’était plus la petite benjamine à qui on fait tout. Je voulais montrer que je pouvais tout faire seule.

– C’était une envie de changer d’identité. C’est bien ça ?

– Totalement !

– Ce que tu nous dis, c’est qu’il y a eu ce carnet et ces règles que tu as commencé à mettre en place et que c’est là que ça a dérapé.

– Oui, je n’ai fait que me rajouter des règles et des disciplines de plus en plus strictes. En 2nde, j’ai aussi commencé à faire de la musculation. Ça n’a pas du tout arrangé les choses ! J’étais dans le « toujours plus ». Comme je n’avais pas d’objectif de poids en particulier, j’ai totalement vrillé. J’ai perdu du poids très vite. En un peu plus de 4 mois, j’ai perdu la moitié de mon poids.

– Wouha ! Effectivement, cette descente a été très rapide !

– En plus, je n’avais jamais été en surpoids. J’avais un poids normal. J’étais persuadée d’avoir le contrôle, mais en fait, je ne contrôlais plus rien. Le pire, ce fut l’arrêt du lycée. Il me canalisait parce que je ne pouvais pas faire de sport pendant que j’y étais. Durant l’été, ça a totalement dégénéré. Comme mes parents travaillaient, c’est moi qui cuisinais ma nourriture. Je mangeais moins, je faisais beaucoup plus de sport. Je suis partie en vacances avec mes parents au Portugal, mais je n’ai presque aucun souvenir de ça. Je leur ai fait vivre un enfer. Certaines personnes ont des difficultés seulement avec leur alimentation, mais moi, j’avais aussi la volonté de contrôler celle de mes parents. Même eux, je les ai fait maigrir. C’était horrible, mais je voulais vraiment les entraîner avec moi. J’étais persuadée de bien faire, je faisais vraiment ça pour eux. Ensuite, je suis partie en colonie de vacances en Corse, en itinérance. C’était une catastrophe. J’ai beaucoup souffert d’hyperactivité. C’est un des plus gros symptômes de mon TCA. J’ai bien progressé pour guérir de l’anorexie, mais aujourd’hui encore, c’est ce avec quoi j’ai le plus de difficultés. Je n’ai jamais enlevé d’aliment, j’ai seulement diminué drastiquement les quantités. Je pouvais encore manger de tout, je n’avais pas d’orthorexie. Je pouvais manger la même chose qu’avant, mais je diminuais les quantités et je compensais tout avec de l’hyperactivité. C’est moi qui réalisais toutes les tâches : il fallait que j’installe les tentes, c’est moi qui faisais la vaisselle… Les autres, ça les arrangeait bien, mais il voyait que j’étais squelettique. J’étais un zombie. Je me souviendrai du regard de mon père quand je suis rentrée de cette colonie. Il n’a jamais vraiment trop montré ses émotions, mais là, il était vraiment au bord des larmes. Ça m’a beaucoup marquée. Je suis descendue à 28 kilos. Je ne résonnais plus du tout. Je n’étais plus là. Heureusement, nous avions rendez-vous avec un pédiatre dans un hôpital. Moi, j’étais persuadée que je gérais. Mais, lors de ce rendez-vous, il m’a dit : « Vous n’allez pas rentrer chez vous, on va vous amener au service de réanimation, aux urgences. ».

Guérir de l'anorexie | Hyperactivité et perte de poids drastique, le témoignage de Fanny

L’hospitalisation pour trouble du comportement alimentaire

– Ah oui, tu es allée directement là…

– Je ne me souviens même plus de ce rendez-vous. J’étais trop faible. On m’a transférée sur un brancard et ce sont mes parents qui ont apporté mes affaires. J’ai été hospitalisée dans un hôpital qui n’avait pas de centre spécialisé dans les TCA. J’étais en pédiatrie. Je suis restée alitée pendant un peu plus d’une semaine, mais j’ai un gros black-out. Je ne me souviens de rien. Je sais grâce aux infirmières que j’étais infernale. Je hurlais du fait de ne pas pouvoir bouger. Je ne mangeais rien. Quand j’ai commencé à avoir mes plateaux-repas avec les autres, je demandais à chaque fois s’ils voulaient ma nourriture. Nous n’avions pas le droit de faire ça, bien sûr. Moi qui étais assez timide, j’ai fait des choses dont je ne me croyais pas capable. Je désobéissais totalement alors que j’étais toujours été obéissante. Je n’ai jamais eu de problème avec l’autorité. Dès que je n’étais plus alitée, j’essayais de faire du sport en fermant ma porte. J’ai très vite eu une sonde naso-gastrique, mais dès le premier jour, j’ai essayé d’apprendre comme ça fonctionnait pour l’arrêter. Heureusement, je me suis rapidement rendu compte de mon état. Là, je me suis dit que je devais me faire soigner, que je devais guérir de l’anorexie car je n’apportais plus de bonheur à personne. J’ai commencé d’un seul coup à vouloir m’en sortir. J’ai même donné un nom à ma sonde ! 😉 J’ai commencé à ressentir de la gratitude pour tout. Je pleurais de joie de pouvoir prendre mon petit-déjeuner le matin en écoutant de la musique et d’avoir les infirmières qui étaient là pour moi.

– Il y a vraiment eu un basculement. Y a-t-il eu un événement précis qui a enclenché ça ?

– Je me suis senti très bien entourée grâce aux médecins, à l’hôpital. On s’occupait de moi, donc je n’avais plus besoin de m’occuper de moi, de ma santé, de mon alimentation, etc. Du coup, j’ai pu me consacrer à la réflexion et ça m’a amenée à me rendre compte de ce que je m’étais fait subir. Quand j’étais alitée, j’éprouvais de la frustration en entendant les autres rigoler. C’était ça, les moments les plus insupportables. Ça m’a permis de réaliser que j’avais envie de participer et de rire avec eux mais que, pour ça, je devais reprendre des forces. J’ai très vite vu les limites, j’ai compris à quel point mon TCA m’empêchait de passer des bons moments. J’ai vu que je n’étais plus capable de rigoler. Du coup, j’ai eu envie de manger pour retrouver la vitalité nécessaire pour entretenir des liens avec les autres. Je me suis dit : « Cette hospitalisation, j’ai envie de la vivre comme une colonie de vacances. ». Et c’est comme ça que je l’ai vécu ! Quand j’ai repris le poids nécessaire, j’ai eu peur de sortir. Je m’étais fait des amis et de super souvenirs. J’avais recommencé à rigoler, alors que je ne l’avais pas fait depuis plus d’une année.

– C’était vraiment un retour à la vie sociale… mais aussi à la vie tout court. Je vois que nous arrivons bientôt au bout de notre entretien. Où est-ce que tu en es, aujourd’hui ? Comment tu résumerais la période entre la post-hospitalisation et aujourd’hui ?

Rechute et prise de conscience du besoin de suivi pour guérir de l’anorexie

– Le problème de l’hospitalisation, c’est qu’au moment de ma sortie, je n’étais pas du tout prête à affronter de nouveau le quotidien. J’ai tout de suite rechuté. Il n’y a même pas eu de période où j’ai continué à progresser. J’ai été hospitalisée une seconde fois, durant un mois. À la fin, j’en avais marre. Je me suis dit que ce n’est pas une vie, de ne se sentir bien qu’à l’hôpital. En plus, je commençais à m’ennuyer, à force de faire des puzzles le week-end… 😉 Je savais que les personnes de mon âge, elles font d’autres choses ! Je savais que la vie, elle ne passe pas ici. Après la 2nde hospitalisation, j’avais compris que, pour vraiment guérir de l’anorexie, je devais être suivie à l’extérieur par un psychologue. J’ai essayé de me créer un cadre et de transposer certaines choses de l’hôpital chez moi, pour être capable de guérir aussi à l’extérieur.

– Tu essayais d’accompagner cette transition. C’est ça que j’entends. Tu avais conscience qu’il fallait que tu prépares cette sortie d’hôpital. Tu devais mettre en place des choses pour que ce ne soit pas des univers très séparés. Tu savais qu’il n’y a pas d’un côté l’hôpital et d’un autre la vie.

– C’est ça. Du coup, actuellement, je ne me considère pas comme guérie. Je n’ai pas encore un poids suffisant pour être en bonne santé. La maladie est encore présente avec certains symptômes. La communauté d’Instagram m’a beaucoup aidée. Je me suis abonnée à des comptes bienveillants de personnes qui se sont sorties des TCA, ainsi qu’à des comptes parlant de l’alimentation intuitive. J’ai découvert ce mouvement qui m’aide à déconstruire la diet-culture et je me suis intéressée à la grossophobie. Rejeter tout ça m’a permis me défaire de certaines croyances. J’ai démarré une thérapie TCC (thérapie cognitivo-comportementale), ce qui m’a beaucoup plus aidée que ce que j’avais pu faire avant avec des psychanalystes. Au bout d’un moment, ça finissait par bloquer. Le fait de remettre des croyances en question et de trouver des pensées alternatives beaucoup plus réalistes, ça m’a énormément aidée. Il reste encore des choses à améliorer dans la pratique. Je suis contre la diabolisation des aliments, mais je n’ai toujours pas une alimentation aussi sereine que ça. J’ai encore du mal à lâcher-prise, même si je me suis débarrassée de certaines croyances que mon TCA m’avait mis en tête. Actuellement, ce qui est le plus compliqué, c’est que j’ai arrêté mes études. Sans activité à côté, on tombe facilement dans l’isolement. Même si la volonté est là, le lien est hyper important pour s’en sortir. Je pense qu’il y a un besoin de vivre avec des personnes qui nous rappellent autres choses que la maladie. J’ai remarqué que lorsque je voyais des personnes, je me rendais compte que la maladie me limitait et j’avais envie de m’en sortir. Seule, on s’en rend beaucoup moins compte. Ça, c’est vrai que c’est difficile. Beaucoup de choses se font par le bouche-à-oreilles et les contacts alors que moi, je suis tombée dans une sorte d’enfermement. C’est l’un des problèmes de l’hospitalisation complète.

Guérir de l'anorexie : premiers pas | Le témoignage de Fanny

Le mot de la fin : entourez-vous pour soigner un TCA

– Et oui… Avant que nous ne nous quittions, y a-t-il une dernière chose que tu souhaites partager avec les personnes qui nous écoutent et nous lisent ? As-tu un message que tu tiens absolument à partager ?

– Quelque chose de très important à conseiller pour moi, c’est de demander de l’aide. Faites-vous accompagner par des professionnels de santé si vous souffrez d’un TCA ou si vous en ressentez le besoin. Il faut nous entourer de personnes qui peuvent nous soutenir, nous accompagner et à qui nous pouvons parler. Bien sûr, seul, nous pouvons comprendre intellectuellement plein de choses et avancer. Mais un trouble alimentaire, ça reste une maladie, donc je pense qu’il faut aussi parler pour s’en sortir. Les personnes non-malades peuvent nous aider à relativiser et à remettre les choses dans leur contexte. Elles peuvent aussi nous rassurer. Je trouve ça très bénéfique, que ce soit pour guérir de l’anorexie ou d’un autre trouble du comportement alimentaire. J’en ai un peu manqué en sortant de l’hôpital, alors que c’est important. Je conseille également de bien choisir les comptes que vous suivez sur les réseaux sociaux !

– Tout à fait, il faut faire du tri ! Je te remercie beaucoup Fanny, d’être venue poser ton témoignage ici. Je te souhaite de tout cœur de continuer à avancer vers un mieux-aller et de prendre soin de toi. Ça me semble bien engagé. 😉 Ce cheminement peut prendre du temps et ton expérience nous le rappelle. La chute peut être brutale et rapide et la guérison peut prendre du temps. Avant de terminer, j’informe ceux qui aimeraient échanger avec toi qu’ils peuvent le faire sur ton compte Instagram.

– Merci à toi et à bientôt ! 😊

J’espère que ce témoignage vous aura apporté de l’aide et du soutien si vous souffrez d’un TCA. Fanny nous l’a encore rappelé : guérir de l’anorexie ou d’un autre trouble alimentaire peut nécessiter du temps et un suivi. L’aide qui vous permettra de vous en sortir peut prendre diverses formes, en fonction de votre histoire et de vos besoins. Différents types de professionnel peuvent vous être nécessaires. Que vous souffriez d’un TCA avéré ou d’une relation compliquée avec l’alimentation, je vous invite à découvrir ce que je propose dans mon accompagnement Indépendance Cannelle


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3 réponses

  1. Ma nièce fanny j’ai suivie attentivement ton explication de ton ressenti qui m’as paru de bonne qualité au niveau de la sémantique. Qui devrait servir d’exemples à d’autres jeunes . Ton vécu m’attriste profondément car ton père et ta mère attendent de toi que tu leur face confiance pour vous en sortir avec tout le bonheur que nous te portons . La vie comporte des moments de joie et de bonheur qui faut que tu prenne a cœur ❤️ de rechercher a donner a notre familles 👪 toute la joies de te voir t’épanouir dans le sense de ta vie de femme qui te reste à bâtir Tatie qui t’aime.et qui sera toujours à l’écoute de tes problèmes.

  2. Merci pour cette réponse, je vais continuer sur le chemin de mon épanouissement, j’apprends à me laisser vivre, lâcher prise sur ce que je ne contrôle pas et respecter mes besoins, mes aspirations propres. Je vous souhaite également le bonheur et la joie ainsi que celui de tous ceux que j’aime et si je peux y contribuer j’en serais très heureuse.
    Merci beaucoup pour ta bienveillance et ton écoute, je t’aime.

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