Un pas pour guérir d’un TCA : prendre conscience du corps

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Dans ce nouvel article de mon podcast sur l’alimentation, nous allons parler de psychomotricité. Cette discipline paramédicale traite les difficultés et problèmes s’exprimant de façon corporelle. Le panel des personnes qu’un psychomotricien peut aider est donc très large ! Les personnes souffrant d’une relation troublée avec l’alimentation ou souhaitant guérir d’un TCA en font partie ! En effet, outre la relation avec la nourriture, le rapport au corps est souvent très compliqué pour ces personnes. Clémence, avec moi pour cet article, nous expliquera ce qu’est la psychomotricité et à qui elle peut être utile de façon large. Ensuite, elle nous donnera des exemples concrets d’expériences réalisées lors des séances. Elle développera également comment ces dernières sont conçues pour que la personne accompagnée s’y sente à l’aise et en sécurité. En effet, prendre conscience de son corps n’est pas une mince affaire et demande de se sentir prêt ! Enfin, si vous songez à cette possibilité pour guérir d’un TCA, vous serez quelles démarches entamées !

Qui va parler avec moi de la psychomotricité pour guérir d’un TCA ?  

– En février, j’ai participé au premier sommet francophone en ligne sur la boulimie et les TCA. J’ai eu l’occasion d’y écouter les interventions de 2 psychomotriciennes. Elles parlaient de l’accompagnement qu’elles proposent aux personnes désirant guérir d’un TCA. Je me suis alors dit : « Mais oui ! Effectivement ! La psychomotricité a toute sa place dans ces suivis ! ». J’ai alors décidé d’aborder ce sujet avec vous et j’ai contacté Clémence Massé-Moysan, que je connais depuis longtemps. La voici avec moi pour cet article de « La pleine conscience du pouvoir ». Bonjour Clémence et merci d’avoir répondu présente ! Je te laisse te présenter maintenant. 😉

– Bonjour à tous. 😊 Je suis donc psychomotricienne, travaillant à la fois en libérale et en institution. En institution, j’interviens essentiellement pour la prise en charge d’enfants et parfois pour des adolescents et de jeunes adultes, mais c’est alors en général pour des handicaps mentaux. En libéral, je travaille majoritairement avec des enfants. Mais, comme la psychomotricité peut s’adresser à tous les âges et que j’apprécie ça aussi, il m’arrive de travailler avec des adolescents, jeunes adultes, voire des adultes d’un certain âge.

Qu’est-ce que la psychomotricité ?

– Avant de continuer, est-ce que tu pourrais nous expliquer de façon synthétique ce qu’est la psychomotricité ?  

– Pour commencer, il faut savoir que c’est une discipline paramédicale. C’est un cadre particulier, car cela signifie notamment que nous sommes considérés comme des auxiliaires médicaux et que nous travaillons sur prescription médicale. Cela est notamment important dans notre pratique libérale. Ensuite, cette discipline s’adresse à des personnes rencontrant des difficultés ou des souffrances s’exprimant de façon corporelle. Le but est de leur apporter un accompagnement, lorsque celui-ci peut s’avérer bénéfique. Notre façon à nous d’accompagner nos patients passera forcément par ce que nous appelons une médiation corporelle. C’est une définition assez rapide, mais elle présente l’essentielle. Bien sûr, la médiation corporelle peut prendre différentes formes, c’est très vaste ! Les 2 grands outils à notre disposition, c’est : d’une part, le bilan psychomoteur et d’autre part, notre « sac à outils ». Ce dernier inclut tout un tas d’outils, d’exercices, d’expériences à proposer, dans lequel nous piochons en fonction de la personne que nous accueillons.

– C’est une pratique qui s’adapte à chaque personne, à chaque séance, en partant du bilan, qui donne un point de départ et permet d’établir un projet. C’est bien ça ?

– Oui et non en ce qui concerne le bilan. De mon point de vue, le bilan peut servir en première instance, si c’est possible et si ça a un intérêt. Mais il peut aussi arriver dans un second temps.

– D’accord.

– Je trouve important de faire comprendre que le bilan n’est intéressant en première instance qu’à partir du moment où c’est possible dès le début de la rencontre. Parfois, il est plus intéressant dans un second temps, après avoir fait connaissance et quand la personne qui vient est assez en confiance pour passer cette étape-là sereinement.

– Cela se comprend tout à fait ! Dans le cadre de ta pratique comme de la mienne, il y a une rencontre qui se fait. Une relation se crée avec la personne que nous allons accompagner. Du coup, effectivement, si nous rentrons dans un bilan de but en blanc, sans avoir pris le temps de se rencontrer un peu, ça peut être compliqué ! Je comprends ça. Revenons-en à ce qui nous occupe aujourd’hui, c’est-à-dire les troubles du comportement alimentaire et plus spécifiquement le rapport à l’image corporelle. À quel moment la psychomotricité peut venir apporter un soutien, une aide pour qui souhaite guérir d’un TCA ?

Quels problèmes corporels un psychomotricien peut-il aider à résoudre ?  

– Avant toute chose et tant que j’y pense, je tiens à dire que, pour préparer cet entretien, j’ai utilisé un article autour des TCA issu du site Psychomot’maison. Maintenant, pour répondre à ta question, j’ai envie de commencer avec le fait que travailler en psychomotricité apporte une aide en soi. Il en est de même pour les séances en elle-même, qui aide notamment du fait de leur régularité. Ça apporte un cadre, un temps réservé à la personne. Cela participe à créer un cocon, avec ses forces et ses faiblesses, dans lequel la personne peut venir poser tout ça. Ça permet de se déconnecter de l’espace-temps du quotidien et de sa réalité objective et subjective. C’est comme un temps de pause.

– Exact ! Cela rajoute à l’importance, dont tu parlais plus haut, de créer une relation dans laquelle la personne se sentira à l’aise. C’est nécessaire pour qu’elle ressente les séances comme un cocon.

– Exactement. Ça permet d’offrir à la personne un moment dans lequel elle se sent en confiance. Ça rend possible la concentration de la personne sur le présent, en se déconnectant du passé et/ou des schémas qu’elle peut avoir en tête sur elle-même. Quand on vient me voir pour un TCA, c’est souvent entre autres pour une problématique de rapport avec soi-même.

– Est-ce que tu remarques un type de personne, ou un type de problématique, parmi les personnes qui viennent te consulter pour guérir d’un TCA ou apaiser une relation troublée avec le corps ou l’image corporelle ? Avec quels bagages arrivent-elles ?

– D’une manière générale, comme je l’ai dit, les personnes qui arrivent jusqu’à moi ont une problématique corporelle. Les personnes souffrant de TCA souffrent forcément d’un point de vue psychique, mais une souffrance corporelle se cache souvent derrière. Il s’agit d’un état corporel particulier, qui va dans le sens contraire d’une bonne santé, mais aussi d’un bien-être. Du coup, nos entretiens proposent souvent de nouvelles expériences corporelles, basées sur l’instant présent, sans rien chercher de particulier au moment où ça se déroule. Le psychomotricien a bien sûr des objectifs ou des idées en tête quant à la façon dont telle ou telle médiation corporelle pourrait aider ou sur ce qu’elle pourrait apporter. Mais les exercices seront toujours proposés de manière à ce qu’il s’agisse d’une activité inédite, sans forcément que ça ait valeur d’activité magique qui pourrait résoudre spontanément une difficulté. L’idée, c’est de proposer de nouvelles expériences corporelles qui soient inhabituelles et qui, du coup, ouvrent la porte à quelque chose de différent.

guérir TCA

Quelles expériences dynamiques pour prendre conscience de son corps ?

– Aurais-tu des exemples, afin que nous puissions nous représenter concrètement ce que peuvent être ces expériences ?

– Je vais essayer ! Je dis « essayer » car l’objectif, en psychomotricité, est vraiment de construire les séances de médiation avec la personne. Ça dépend des problématiques vers lesquelles elle oriente les propositions que nous lui soumettons.

– C’est-à-dire que ça dépend de l’intention de la personne ?

– Oui, nous partons forcément de ce que la personne peut énoncer à propos de ce qui la fait souffrir et la gêne le plus parmi les difficultés qui l’amènent jusqu’à nous. À partir de là, nous proposons plusieurs activités et orientons la séance vers ce qui « l’appelle ». Si elle a déjà suivi un accompagnement en psychomotricité, cela peut aussi dépendre de ce qu’elle aime dans ce qu’elle connaît.

– D’accord, je comprends. Je demandais si énoncer un exemple est possible parce que la notion de « médiation corporelle » peut paraître très floue pour qui n’a jamais bénéficier de ce type d’accompagnement. Concrètement, qu’est-ce qu’il se passe ?

– Oui oui, je comprends bien. 😉 Il peut s’agir d’activités dynamiques, comme des parcours moteur, par exemple. Ça fait appel à des déplacements dans la pièce, à des jeux d’équilibre, au fait de marcher plus ou moins rapidement, de courir, de se déplacer d’une façon différente de ce dont nous avons l’habitude, etc. La médiation, ça peut être très ludique ! Nous pouvons imaginer un déplacement en pas chassés, par exemple. C’est un espace qui fait parfois appel à quelque chose de l’ordre de l’amusement et fait intervenir notre enfant intérieur.

– Ça peut donc être très joyeux !

– Tout à fait ! C’est aussi pour cela que, parfois, ça permet de se déconnecter du quotidien et des représentations que nous avons de nous-même. Il faut parfois aller chercher dans ses propres ressources, y compris dans l’enfant que nous savons être encore.

– Est-ce qu’il s’agit alors de se reconnecter aux sensations du corps, de ressentir son corps ?

– Tout à fait ! Ce sont des expériences corporelles qui permettent de ressentir son corps d’une façon habituelle, mais aussi de façons inhabituelles et potentiellement nouvelles.

– Chez les personnes que j’accompagne, nous constatons souvent que les sensations corporelles ont été tellement mises de côté et oubliées qu’elles ne sont plus ressenties. C’est le cas notamment quand les sensations de faim et/ou de satiété ont trop souvent été niées. Du coup, la psychomotricité peut tendre vers cet objectif de se connecter, de « remettre ses sensations en présence », si je puis dire ça ainsi.

– « Remettre les sensations en présence », oui, c’est tout à fait ça. Les médiations peuvent être très variées et c’est ça qui est intéressant. Ça peut être, comme je l’ai dit, des activités dynamiques, mais, si ça correspond aux besoins de la personne, il peut au contraire s’agir de temps plus statiques. Ça peut alors prendre la forme d’exercices de relaxation ou d’activités qui permettent à la personne de se poser d’un point de vue corporel. D’ailleurs, quand on parle de « relaxation », ça englobe aussi un panel d’activités qui peut être très large ! Ça peut être assis ou allongé, voire même debout.

– À l’instar de la méditation de pleine conscience, par exemple ! 😊

– Voilà, tout à fait. 😉 L’idée, c’est de trouver de nouvelles sensations et un nouveau rapport avec ce que nous sommes, avec ce que nous sommes réellement, si je puis dire.

– C’est-à-dire ?

Quels exercices pour travailler l’image de soi ?

– Les troubles alimentaires affectent souvent l’image de soi en général. Pour guérir d’un TCA, c’est souvent une étape indispensable. Si l’image que nous avons de nous-même est perturbée pour une raison ou pour une autre, ces expériences peuvent être une opportunité de se percevoir autrement via l’image du corps. Cette dernière ne passe pas uniquement par les sensations, mais aussi par l’image que nous avons de lui, à la façon d’une image de miroir.

– Cette image, en effet, peut être très difficile et déformée dans les troubles du comportement alimentaire… mais pas que ! La perception de notre image corporelle, nous n’allons pas dire que ça touche tout le monde, mais en tout cas ça touche beaucoup plus de monde que les seules personnes souffrant d’un trouble. Là aussi, aurais-tu des exemples de médiation corporelle ?

– En fonction de ce qui est possible, agréable et intéressant…

– Pardon je te coupe, mais c’est vrai que, d’après ce que j’ai pu expérimenter avec les personnes que j’accompagne, c’est parfois extrêmement délicat de travailler ce sujet-là ! C’est parfois très sensible, donc c’est important que ça reste agréable, tu as raison.

– Oui ! Quand je dois travailler l’image du corps et l’image qu’on a de soi-même dans un accompagnement, je veille à ce que ce ne soit pas travaillé en premier lieu. Avant ça, il peut être intéressant de connecter de nouvelles sensations, différentes, agréables, tranquilles ou encore curieuses – dans le sens d’amusantes ou intéressantes, etc. Ensuite, dans un second temps, nous abordons éventuellement l’image du corps et l’image de soi en général. Ça, ça peut se travailler de différentes façons. Il peut s’agir de s’intéresser à quelque chose de contenant. Le but peut être, par exemple, de s’amuser à prendre un drap ou une couverture, à s’entourer complètement et à constater quelle est la taille de couverture qui permet de s’entourer complètement. Mais, là encore, il s’agit de proposer des activités, de mettre à disposition des possibilités. Ainsi, la personne peut elle-même énoncer ce qu’elle se sent capable ou a envie de réaliser.

– Oui, il faut attendre qu’elle se sente prête.

– En tant que professionnel, nous sommes là pour accompagner ce cheminement et constituer, si besoin, un pont entre la personne et ce qui peut paraître difficile. Mais nous sommes bien là en tant que « pont », entre guillemets, pour accompagner la personne, la rassurer et lui indiquer que cette étape est franchissable à un moment ou à un autre. Il ne s’agit pas de décider pour elle dans quel ordre elle doit mener telle liste précise d’activités.

– Ce sont des expériences tellement délicates que nous en revenons encore, comme tu le disais précédemment, à cette relation de confiance, à ce cocon que tu construis en amont… Ça me fait penser à cet exercice dont j’avais entendu parler, je crois, pendant le sommet en ligne sur les TCA. Il s’agissait de demander à la personne de dessiner son image corporelle. Dans un autre, il s’agissait de prendre de la laine et d’estimer quelle longueur serait nécessaire pour faire le tour de son poignet. Après, l’idée était de le faire réellement, de comparer… et de constater l’écart qu’il peut y avoir entre les 2.

– C’est une expérience intéressante !

– Oui ! Mais je me dis que ça peut être particulièrement déstabilisant pour une personne qui n’est pas prête à ça. C’est pour ça que j’ai pensé à ces exercices quand tu as donné l’image du professionnel qui est comme un pont entre la personne et la palette d’expériences proposées. C’est important de faire sentir à la personne à quel moment elle est prête.

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Lâcher-prise ou recherche de ses propres ressources cachées ?

– De plus, en choisissant elle-même les exercices à réaliser, la personne que nous accompagnons reprend le pouvoir, d’une certaine façon. Dans l’article que j’ai cité, la psychomotricienne évoque le fait que nous parlons souvent de lâcher-prise dans ce type de travail mais que, finalement, cette idée peut être angoissante.

– Je suis bien d’accord !

– Ça peut être très angoissant, d’autant que ce travail n’est pas de l’ordre du lâcher-prise, quand on y pense, mais plutôt de celui d’une prise en main. C’est pour ça que je parle d’une forme de pouvoir. Pour moi, il s’agit plutôt, au contraire, de devenir acteur et de se rendre compte que nous avons une importante richesse de ressources intérieures. Nous pouvons nous appuyer sur elles pour sortir de ces troubles.

– Je suis d’accord. Il s’agit de faire émerger ses ressources, de se mettre ou se remettre en contact avec elles. J’aime beaucoup cette vision des choses, tu t’en doutes. 😉 Le conseil du lâcher-prise est très fréquent, surtout dans ce genre de troubles qui, pourtant, sont des troubles de contrôle. C’est évident pour l’anorexie mais c’est aussi vrai pour la boulimie. Une personne qui souffre d’hyperphagie se dit souvent qu’elle manque de contrôle, mais, pour celles et ceux qui écoutent ou lisent mon podcast, nous savons bien qu’il ne s’agit pas de ça. 😉 Mais le fait est que c’est ce qu’elle ressent. Plus largement, dans les relations troublées avec l’alimentation, on s’imagine en général qu’il faut soit reprendre le contrôle, soit, au contraire, lâcher. Nous sommes souvent coincés dans ce noir ou blanc. Nous, personnes qui accompagnons autour de ces troubles, nous sommes là, justement, pour aider ces personnes à devenir acteur/actrices et à reprendre les rennes. Guérir d’un TCA, ce n’est pas une histoire de contrôle, en fait. C’est une affaire de retour à soi, pour prendre conscience du corps et des multiples ressources que nous avons.

– C’est ça. Nous sommes acteurs de notre propre parcours, même dans le cheminement de sortie d’une maladie. Après, pour reprendre ta question sur les exemples, les médiations corporelles que nous pouvons proposer peuvent également tourner autour du rythme, de la musique et de la danse, si ça parle à la personne. Il peut s’agir de réaliser des mouvements de gym douce, ou même de la peinture en étant debout, par exemple. Ce genre d’exercice, souvent, tend vers du mouvement, mais un mouvement avec un support, qui permet de mettre une certaine distance avec le corps. Nous ne sommes pas obligés d’être dans une activité qui confronte systématiquement notre rapport au corps et à nos sensations.

– Exact !

Quel est l’avantage de prendre conscience de son corps via l’art ou la musique ?

– Nous pouvons trouver des supports qui font office de tiers, comme le dessin, la peinture ou la musique. Ça peut aider à s’apaiser, tout en nous mettant en mouvement, en nous proposant d’expérimenter des sensations différentes et enrichissantes.

– Dans la démarche thérapeutique de l’alimentation intuitive, il y a un principe autour du respect du corps. À cette étape, nous abordons le corps au travers de toutes les fonctions qu’il a, de toutes les possibilités qu’il nous offre et qui vont bien au-delà de l’esthétique. Quand tu as parlé des possibilités de mouvement, ça m’a vraiment fait penser à ça. En alimentation intuitive, nous parlons de « mouvement bienveillant », avec comme intention de remettre le corps en mouvement, d’en prendre soin, de retrouver sa capacité de mobilité. Nous pouvons trouver un lien entre la psychomotricité et l’alimentation intuitive dans cette approche du corps comme étant fonctionnel et non pas seulement une image, un visuel.

– Effectivement ! 😊 Par rapport à cet aspect fonctionnel du corps, j’ai envie de rajouter qu’il faut inclure là-dedans des mouvements et actions qui ne sont pas forcément nécessaires. Nous pouvons utiliser notre corps, sa capacité de mouvement et ses sensations dans quelque chose qui produit une expérience dans l’instant. Cela peut ne pas avoir d’autre fonction que d’être présent à ce que nous sommes en train de faire, en y prenant du plaisir, ou au moins en éprouvant de la curiosité pour la découverte de quelque chose de nouveau.

– Quand je t’entends dire ça, j’ai envie de soupirer de soulagement et de plaisir ! J’ai envie de dire un grand « Ben oui ! ». Nous n’avons pas besoin que d’intentions de productivité, d’utilité ou autre. Le corps est merveilleux tel qu’il est dans le moment présent, dans ses sensations, dans ce qu’il nous permet de réaliser là, tout de suite.

– Tout le monde devrait pouvoir bénéficier de ce genre d’espace. Nous-mêmes, nous sommes parfois pris dans les urgences, dans les actions à mener à bien, etc. et nous oublions un peu ce rapport au présent. 😉 Nous savons, pourtant, combien c’est nourrissant, mais nous avons souvent du mal à y retourner régulièrement.

Comment obtenir l’aide de la psychomotricité pour guérir d’un TCA ?

– Ça me fait penser à ce que tu as évoqué au début de l’article, au sujet de la nécessité d’une prescription médicale pour travailler avec un psychomotricien. Imaginons une personne souffrant d’une relation difficile avec son image corporelle, en lien ou non avec une alimentation troublée. Imaginons qu’en lisant cet article, cette personne se dise : « Tiens, mais ce type de travail pourrait m’aider à me reconnecter à mon corps ! ». Si elle allait voir son médecin, que dirait-il ? Il n’a y a pas de pathologie, pas de trouble au sens médical… Alors comme ça se passe, au niveau de la prescription médicale, pour ce type de cas de figure ? Sachant que, parenthèse importante, les séances de psychomotricité ne sont de toute façon pas prises en charge par l’Assurance maladie, contrairement, par exemple, à de l’orthophonie ou de la kinésithérapie. Dans ces cas-là, la prescription a aussi pour but de permettre la prise en charge financière. En psychomotricité, de même qu’en psychothérapie, il n’y a pas de remboursement de la Sécurité Sociale, pour le moment en tout cas. Ceci étant, peut-être que certaines mutuelles prennent cela en charge ?

– Certaines, mais c’est assez rare.

– D’accord. Mais malgré ça, nous sommes dans un cadre médical qui nécessite la prescription d’un médecin. Je ne peux pas aller librement voir Clémence en lui expliquant que j’aimerais faire des séances… Comment faire, si nous sommes dans ce cas-là ?

– Avant de répondre à cette question, j’aimerais préciser qu’il est quand même possible de faire une demande spéciale auprès du médecin-conseil de la Sécurité sociale. Cela peut se faire en cas de maladies spécifiques reconnues par la CPAM. Dans les faits, l’accord pour prendre en charge au moins une partie du suivi reste rare, mais ça existe.

– C’est bon à préciser, j’ignorais ça !

– Ça reste rare, mais c’est quand même possible. Parlons maintenant plus en détail de la prescription médicale. Elle peut être motivée par des troubles corporels, ce qui inclut, par exemple, des troubles des fonctions biologiques, ou encore des troubles mécaniques. Il peut nous arriver de recevoir des personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire, mais aussi, par exemple, d’inhibition forte, pouvant troubler leur quotidien via l’autonomie, la socialisation et le rapport à l’autre.

– D’accord. Une prescription est donc possible si mon rapport à mon corps est si difficile que je n’ose plus rencontrer de nouvelles personnes, par exemple ? Est-ce qu’il faut absolument que ça aille assez loin, que nous puissions parler de réelle phobie, pour que ce soit possible ? Ou bien est-ce que c’est possible aussi si je dis à mon médecin, par exemple, que c’est compliqué pour moi de passer devant un miroir et que je n’ose pas me mettre en maillot de bain ?

– Ce dernier exemple peut tout à fait constituer une raison suffisante pour venir voir un psychomotricien. En fait, à partir du moment où il ne s’agit pas d’un soin remboursé par la Sécurité Sociale, les médecins sont souvent assez ouverts. Ils ont plus l’habitude que cette discipline soit utilisée pour les enfants mais, d’après mon expérience, ils sont souvent assez souvent ouverts à l’idée d’une prescription médicale si la personne adulte la demande.

– D’accord. 😊

guérir d'un TCA

Quelle place pour la psychomotricité pour la guérison d’un trouble alimentaire ?  

– Nous approchons bientôt de la fin de cet article… Avant de le terminer, pourrais-tu nous expliquer où tu situerais l’intervention de la psychomotricité au sein de ce que j’appelle le spectre allant de la relation troublée avec l’alimentation, jusqu’au TCA avéré médicalement ? À partir de quand, selon toi, la personne peut se dire : « Oui, ce serait bon pour moi de travailler avec un psychomotricien. » ?

– Pour moi, c’est à partir du moment où ce qu’elle vit la fait souffrir, peu importe l’intensité du trouble. C’est aussi à partir du moment où elle cherche des solutions pour son mieux-être, que ce soit au niveau psychique, corporel ou émotionnel, puisque tout est lié. Si elle est dans une recherche d’aide et que l’idée de la médiation corporelle lui parle, alors, selon moi, elle gagne à tenter l’expérience. À mes yeux, cela est tout aussi valable pour quelqu’un cherchant à guérir d’un TCA diagnostiqué médicalement que pour une personne désirant être enfin détendue lorsqu’elle va à la plage. 

– Merci pour cette réponse ! En amont de l’enregistrement de cet épisode de podcast, tu abordais avec moi l’importance du suivi pluridisciplinaire, tout particulièrement pour les troubles du comportement alimentaire diagnostiqués. Qu’as-tu envie de partager de ton expérience là-dessus ?

– En effet, c’est important à mes yeux ! Quand on consulte un psychomotricien, en libéral notamment, il me semble important de travailler de façon pluridisciplinaire. Un travail au niveau corporel, du moins de mon point de vue, ne se fait jamais sans d’autres soutiens, tels qu’un suivi médical régulier et un soutien psychologique. C’est ce qui ressort de mon expérience, après avoir accompagné des adultes ayant fait cette démarche. Dans les séances de psychomotricité, nous travaillons l’expérimentation dans le présent, donc nous n’avons pas toujours le temps de verbaliser, de mettre des mots sur ce qui est vécu. Le soutien en psychothérapie est donc primordial, voire indispensable, à mon sens. Personnellement, c’est quelque chose que je demande aux personnes me sollicitant pour ce type de suivi.

– En effet, il peut se passer des choses très fortes lors d’un travail sur le corps. Ça peut nous mettre en lien avec notre passé, avec des expériences marquantes, voire avec des traumas, etc. Ça peut venir remuer des zones sensibles ou amener à d’importantes prises de conscience.

– Ceci étant, il y a bien sûr un temps pour la verbalisation dans nos séances, mais ce n’est en général pas suffisant. C’est pour ça que je demande systématiquement un suivi thérapeutique en parallèle.

– Je comprends ! Je te remercie beaucoup pour cette collaboration. Avant de nous quitter, y a-t-il un élément que nous n’avons pas abordé et qui te semble vraiment important ?

– J’ai seulement envie de rappeler que ceux qui découvrent la psychomotricité à l’âge adulte ou durant l’adolescence peuvent tout à fait lancer une démarche. C’est une pratique qui peut s’adresser à tous les âges de la vie, y compris aux adolescents qui en éprouveraient le besoin. Nous avons surtout abordé les adultes dans cet article, mais ce ne sont pas du tout les seuls concernés !

– J’ai envie de dire que c’est comme Tintin : de 7 à 77 ans ! 😉 Mais pour être exacte, c’est même de 0 à 100 ans !

– Tout à fait !

– Merci beaucoup Clémence ! Si vous avez des questions sur la psychomotricité dans le cadre d’une relation compliquée avec l’alimentation ou avec l’image corporelle : n’hésitez pas à me les transmettre ! Vous pouvez aussi vous adresser directement à Clémence par mail : cmasse.psychomot@orange.fr.

J’espère que cet article vous apportera une nouvelle piste de travail pour guérir d’un TCA. Même si, nous venons de le voir : c’est souvent un ensemble de différents types d’aide qui permet de réellement se réconcilier avec la nourriture et avec son corps. Si vous êtes en quête d’un accompagnement pour la guérison de votre trouble alimentaire : jetez un œil à mon accompagnement Indépendance Cannelle. Il a été conçu précisément pour ça !

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