Soigner l’hyperphagie | Le témoignage de Marjorie

Découvrir
Indépendance
Cannelle :

Bienvenu dans ce nouvel article de mon podcast sur l’alimentation, « La pleine conscience du pouvoir ». Découvrez le témoignage de Marjorie, qui a vécu ce trouble du comportement alimentaire encore trop peu connu qu’est l’hyperphagie. Cette méconnaissance lui a fait traverser un désert d’errance médicale… Aujourd’hui, c’est important pour elle de mettre son histoire au grand jour, pour apporter un message d’espoir. Elle souhaite soutenir les personnes qui souffrent de ce TCA à sortir de la honte et de la culpabilité, et leur permettre de se dire : je ne suis pas seul ni fou. Soigner l’hyperphagie, être accompagné pour ça et retrouver une relation saine avec la nourriture et avec son corps est possible. Vous le pouvez, vous aussi, si vous vous reconnaissez dans son témoignage. Je vous laisse découvrir le parcours de Marjorie au travers de notre échange.

« Je suis Marjorie, du compte Instagram @adieu_hyperphagie. »

« J’ai été une petite fille qui a été mise au régime à l’âge de 7 ans. Quand je regarde les photos aujourd’hui, je vois que j’étais peut-être un peu rondelette, mais bon… Mais chez nous, il fallait être mince. »

« Ma vie et mon poids n’étaient que yoyo. »

« Ensuite, j’ai fait place à l’hyperphagie dans ma vie. J’ai eu plusieurs fois la démarche d’aller consulter, d’aller chercher de l’aide. Je ne compte pas le nombre de fois où on m’a dit : « Marjorie, un petit peu de courage ! Un petit peu de volonté ! ». Quand tu sors de consultation de ce type, tu es réduite à néant. »

« Il y a 10 ans, 20 ans en arrière, on parlait d’un comportement pour lequel il n’y avait pas de mot. »

« C’est moi qui ai posé le mot hyperphagie sur moi-même et je me suis dit que le jour où je m’en serais sorti, je ferais tout pour aider les gens à s’en sortir, et surtout pour les aider à sortir du silence. »

Être conditionnée au culte de la minceur dès l’enfance

– Bonjour Marjorie !

– Bonjour Anne !

– Je suis vraiment ravie de t’accueillir aujourd’hui pour que tu partages avec nous ton parcours avec les troubles du comportement alimentaire et plus précisément avec l’hyperphagie. Nous nous sommes connues via Instagram et ton compte @adieu_hyperphagie, dont tu nous parleras peut-être plus en détail dans ce témoignage. Avant de nous raconter comment tu es tombée et comment tu as pu soigner l’hyperphagie dont tu souffrais, veux-tu bien te présenter ?

– Oui, bien sûr. Tout d’abord : merci de me proposer cet échange ! J’espère qu’il pourra servir à un grand nombre de personnes. Comme tu l’as dit, je suis Marjorie, du compte @adieu_hyperphagie. Je pense que le titre parle de lui-même. Je suis coach de vie et j’ai décidé de me spécialiser dans l’accompagnement de personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire, et plus précisément d’hyperphagie. Il y a toute une histoire personnelle derrière cette activité et c’est cela que je souhaite mettre au grand jour, afin d’aider un maximum de personnes souffrant dans l’ombre, au gré de la honte et de la peur.

– Émilie, une autre personne ayant témoigné dans ce podcast au sujet de l’hyperphagie, disait que, finalement, il y avait peu de témoignages dessus. Est-ce que ce ne serait pas le TCA le moins connu, le plus caché ? Qu’est-ce que tu penses de ça ?

– Tu as tout dit ! C’est un trouble du comportement alimentaire qui, aujourd’hui encore, est peu connu, voire mal connu et surtout sous-diagnostiqué.

– Nous y viendrons peut-être au fil de cet article, mais c’est vrai que la plupart des personnes souffrant de ce TCA ne se rendent pas compte que c’est un trouble, que ce n’est pas normal. Mais je suis déjà en train de m’égarer ! Je suis très impatience que tu partages avec nous ton parcours ! Commençons peut-être par le début ? Comment as-tu envie de nous narrer ton histoire ?

– Je pense en effet que le mieux est de commencer du début ! Je sais que beaucoup de personnes pourront se reconnaître dans mon histoire, même si elle m’est personnelle. Je fus une petite fille qui a été mise au régime à l’âge de 7 ans. Aujourd’hui, quand je revois les photos, je vois une petite fille qui, pour moi, est normale. Ma maman est très attachée à l’apparence physique. Il n’y a rien de péjoratif là-dedans, mais le fait est que le paraître est très important pour elle. C’est une personne qui fait des régimes depuis l’âge de 17 ans. Aujourd’hui, elle en a 72 et elle fait encore des régimes… Elle est dans un contrôle permanent de son poids et nous savons très bien, aujourd’hui, que nous avons tendance à transmettre à nos enfants certaines peurs et injonctions. C’est ce qu’il s’est passé pour moi : j’ai grandi avec l’idée que, dans la nourriture, tout n’est pas bon. Il y avait les aliments qui étaient « bons », dont nous pouvions presque nous goinfrer et il y avait les aliments dits « mauvais ».

– Avec, plus spécifiquement, une diabolisation du sucre, je suppose ?

– Exactement ! D’ailleurs, petit aparté puisque nous sommes proches de Pâques : j’étais une enfant qui n’avait pas de chocolat à Pâques, parce que « j’étais en surpoids ». Quand on regarde les photos aujourd’hui, j’étais peut-être un peu rondelette, mais c’est tout… Ce sont des souvenirs qui traumatisent un enfant. C’est tout bête, mais quand tu dois parler de ça à l’école, à 7 ou 8 ans, ça te marque. « Les cloches, elles t’ont apporté quoi ? – J’ai eu une Barbie©, des Playmobil©… – Mais tu n’as pas eu de chocolat ? – Non, je n’ai pas le droit… » À côté de ça, il y a aussi eu toutes ces réunions familiales, ces anniversaires, etc., pour lesquelles, à chaque fois, il m’était recommandé de ne pas trop manger, de ne pas me resservir, de prendre plutôt une petite part, etc. J’ai grandi avec cette éducation et ces valeurs relatives à l’alimentation et à la minceur aussi. Chez nous, il fallait être mince. Comme élément marquant, après mes premiers régimes à partir de 7 ans, il y a eu ma première histoire d’amour, à 18 ans. Comme nous attirons à soi ce que nous croyons être, j’étais en couple avec un homme qui était très focalisé sur le physique. C’était une histoire très conflictuelle et très compliquée car j’étais obligée de maigrir. C’est là qu’ont commencé mes premiers troubles de l’alimentation, avec des régimes de plus en plus restrictifs. J’en suis venue, à un moment donné, à me nourrir d’une clémentine par jour. Effectivement, j’étais très mince, très maigre, mais je n’étais jamais heureuse et toujours très fatiguée.

– Pour les premiers régimes que tu as faits, y compris enfant, y avait-il des médecins derrière, qui avaient parlé à ta mère ? Qui avait diagnostiqué ce surpoids ?

– J’ai été suivie 2 fois par une diététicienne. C’était il y a 30 ans maintenant et je me souviens très bien des mots qu’elle avait eu. Étant gamine, je mangeais des BN© au chocolat et de la pâte à tartiner. J’adorais ça ! Elle m’avait dit que ça, c’était fini et qu’il fallait que je mange des « petites balayettes »… C’est comme ça qu’elle appelait les haricots verts. C’était il y a 30 ans, mais je m’en souviens comme si c’était hier. Je devais manger ces « petites balayettes » pour balayer le BN© que j’avais mangé. Elle m’avait dit, textuellement, que si je ne mangeais pas ces « petites balayettes » : « Tu garderas tes grosses fesses ».

– Oh mon Dieu ! Quelle violence !

– En plus, je me répète mais je n’avais pas de grosses fesses ! En effet, c’était très violent et mes parents ont pris la décision de ne pas m’y ramener car c’était un peu « hard ».

– Ils se sont dit que ça allait peut-être un peu loin, quand même…

– Étant dans la culture des régimes, elle connaissait toutes les astuces possibles. Elle m’avait fait passer tout un tas de tests médicaux, car ils étaient tous persuadés que j’avais des problèmes de thyroïdes. Alors qu’en fait, j’étais juste une enfant qui avait besoin de grandir pleinement, de s’éclater, d’aller jouer et non pas une enfant qu’il fallait restreindre de A à Z. Pour moi, chaque invitation était source d’angoisse et de stress…

Tomber dans les TCA avec sa première relation amoureuse

– Tout ça a vraiment composé le lit de ce qu’il s’est passé par la suite, pour toi… Mais avant que je te renvoie en arrière avec ma question, tu en étais à cette relation, à tes 18 ans, avec un petit-ami qui vouait un vrai culte à la minceur. Ça t’avait amenée à une restriction très stricte. Tu penses que c’était une forme d’anorexie ?

– Oui, c’était de l’anorexie. Plus je maigrissais, plus il me disait qu’il m’aimait. Cela confortait l’idée qu’on m’avait inculquée depuis une dizaine d’années : pour être aimé, je devais être mince.

– C’était coulé dans le bronze.

– Exactement. Ça venait vraiment d’injonctions et de croyances profondes imprimées au fer rouge en moi. Ensuite, ça s’est terminé avec cette personne, car c’était vraiment une relation toxique. Il m’avait fait beaucoup de mal et ça m’avait déclenché énormément de problèmes de santé. À partir de 25 ans, car ça duré 7 ans, j’avais une garde-robe qui allait du 36 au 44. Ma vie et mon poids n’étaient que yoyo.

– Avec des grandes variations de poids, donc…

– Oui, allant de 10 à 15 kilos. J’alternais des phases de restriction et de sport intensif avec un auto-contrôle géré au millimètre près et des phases où je perdais un peu les pédales, tout simplement. Au début, je m’autorisais à remanger un pain au chocolat, un petit truc comme ça, parce que j’avais perdu 15 kilos, je le méritais ! Puis le cercle vicieux revenait… Quand je me replonge dans mes souvenirs, je réalise combien nous ne nous rendons pas compte de ce qu’il se passe, dans ces moments-là. Grossir, maigrir, grossir, maigrir… Quand nous sommes en surpoids, ou du moins avec un poids plus élevé, nous continuons à nous dire : « Tu as l’air malheureuse, il faudrait que tu refasses un régime. Tu étais quand même plus heureuse quand tu étais plus mince. ».

– Et c’était le cas ? À l’intérieur de toi, tu te sentais plus heureuse ?

– Quand tu pèses 50 kilos, effectivement tu te sens plus légère. Je ne vais pas mentir. Ceci étant, je pense qu’au plus profond de moi, je me disais que j’étais mince, donc j’étais heureuse. Mais, aujourd’hui, après tout le travail que j’ai fait sur moi pour soigner l’hyperphagie, je peux dire que non, j’étais juste une personne dans l’hyper-contrôle. Je n’arrivais à trouver du bonheur que dans le reflet du miroir ou dans une taille de pantalon. Rien ne pouvait me rendre plus heureuse que d’avoir perdu 400 g ou d’avoir mon jean 36 qui commençait à flotter un peu au niveau des hanches. À l’époque, rien ne pouvait me provoquer plus de joie, parce que c’est la minceur qui avait dicté ma vie depuis que j’étais gamine. Comptait aussi tout ce qui gravite autour : la mode, les vêtements, les sorties… et l’amour, que ce soit l’amour des autres ou l’amour de soi. Ce fut une longue descente aux enfers. Puis il y a eu la première crise d’hyperphagie. J’ai fait un peu de boulimie vomitive, mais sur une courte durée. Ensuite, j’ai vraiment fait place à l’hyperphagie dans ma vie. Mais ce mot était encore moins connu à l’époque que maintenant. J’ai fait plusieurs fois la démarche d’aller consulter, d’aller chercher de l’aide.

– Tu avais donc quand même conscience que quelque chose n’allait pas ?

soigner l'hyperphagie

Sombrer dans l’hyperphagie sans la moindre aide médicale

– Oui. Quand tu commences à manger en cachette, que tu quittes le travail plus tôt pour acheter 15 € à la boulangerie et les manger dans ta voiture avant de rentrer, quand tu le fais 1 fois, 2 fois… tu ne peux pas ne pas le remarquer. Les premières crises sont inconfortables, mais tu passes vite à autre chose. Quand elles deviennent répétitives, à un moment donné tu prends conscience que quelque chose cloche. Ce qui fut compliqué à cette époque-là, c’est aussi que je ne compte pas le nombre de médecins que je suis allée voir. Je ne saurais dire le nombre de fois où on m’a dit : « Marjorie, un peu de courage, un peu de volonté. Si vous avez faim, Marjorie, il faut manger ! – Oui, mais j’ai un problème de poids… – Et bien alors, si vous avez faim, mangez un chewing-gum ou buvez un grand verre d’eau. ». Ça, si tu savais combien de fois je l’ai entendu… Comme j’explique aux personnes que j’accompagne : « Quand tu as envie de faire pipi, tu vas faire pipi. Pourquoi, quand tu as faim, tu ne manges pas ? Tu as faim, tu manges. Tu as soif, tu bois. Tu as envie de faire pipi, tu fais pipi. Tout ça, c’est pareil : ce sont des besoins. ». Ce fut vraiment un parcours chaotique et turbulent, jusqu’à réussir à soigner l’hyperphagie dont je souffrais. Il faut déjà beaucoup de courage, pour arriver à prendre son téléphone, prendre rendez-vous, pousser la porte d’un inconnu et te mettre à nu. Quand nous souffrons d’hyperphagie et que nous en parlons à quelqu’un, nous lui confions nos pires démons. Ces crises, qui font perdre les pédales, qui font oublier ce que nous sommes, ce sont des moments qui nous plombent vraiment. À ce praticien, tu lui expliques que tu as mangé 6 000 calories, que ce qui t’a fait arrêter c’est que tu avais trop mal au ventre et que tu peinais à respirer, qu’après ça tu t’es écroulée à cause du pic de glycémie, que tu ne pouvais pas dormir parce qu’il fallait caler ce ventre avec des coussins… Mais là, il t’est souvent répondu que : « Ce n’est rien. Vous ne souffrez pas d’un rapport malsain avec la nourriture. D’une part, vous n’êtes pas maigre donc vous n’êtes pas anorexique. D’autre part, vous ne vous faites pas vomir, donc vous n’êtes pas boulimique. Il faut un peu de volonté, Marjorie. ». Il faut savoir qu’avec un trouble du comportement alimentaire, l’estime de soi et la confiance en soi sont très basses. Quand nous sortons de consultation de ce type, nous sommes donc réduits à néant.

– Bien sûr… Je suis marquée par ce que tu disais sur le courage qu’il faut prendre à… 4 mains presque, pour arriver à prendre ce rendez-vous et à parler de cette part de soi si honteuse, si cachée, y compris à l’entourage, généralement. « OK j’ai besoin d’aide, il faut que quelqu’un m’accompagne pour soigner l’hyperphagie qui me détruit. » Mais, finalement, tu en ressors encore plus laminée. C’est ça, que tu nous dis ?

– C’est exactement ça.

– De plus, il t’est répété une fois encore que non, ce n’est pas une maladie, ce n’est pas un trouble. C’est juste toi qui n’as pas de volonté.

– Oui… C’est compliqué. Là je parle de moi, mais il y a des milliers de personnes qui sont dans le même cas. Au plus bas, la dépression peut aussi arriver, parfois très violente et suivies d’idées suicidaires.

– Bien sûr, puisque rien ni personne ne semble pouvoir aider.

– J’ai eu, plusieurs fois, ce genre de pensées. Je me disais que : « De toute façon, Marjorie, personne ne te comprend. Tu le vois bien, après ces X rendez-vous que tu as fait… Tu es limite folle, ma pauvre fille et tu n’as pas de volonté. Alors à quoi bon vivre, puisque tu es incomprise du monde ? Tu es dans une souffrance immense, mais il n’y a aucune solution. ».

– Je suppose que pesait aussi le fait de penser que tu étais seule à vivre ça. En tout cas, tu ne connaissais personne vivant la même chose. N’est-ce pas ?

– Bien sûr que non, puisque ce n’est pas connu, encore une fois ! Aujourd’hui, c’est moins vrai. Mais il y a 10 ans, 20 ans en arrière, il s’agissait d’un comportement pour lequel il n’y avait pas de mot. Tu te rends compte ? C’était… un enfer.

– Oui, avec des réponses disant que ce n’est pas de l’anorexie, ce n’est pas de la boulimie… Et tu continuais à enchaîner, en yoyo, des périodes de restriction. Elles auraient pourtant pu mettre sur la piste d’un problème. N’est-ce pas ?

– Oui, bien sûr. Mais il ne m’a jamais été demandé si je faisais des régimes. Tous les médecins que j’ai vus, et la liste est longue, ne m’ont jamais demandé si j’avais fait des régimes. Ils me disaient seulement que c’était dans ma tête et qu’il fallait de la volonté et du courage. Parfois aussi, on me disait d’arrêter de m’écouter. J’ai été conditionnée par cette règle qui a dicté dans mon enfance. J’ai été élevée par des parents très courageux qui nous ont inculqué, à mes frères, à ma sœur et à moi, de ne pas nous écouter. Nous en entendions tous les jours, toutes les semaines : « Arrête de t’écouter, ne t’écoute pas. Tu as mal là ? Serre les dents, ça va passer. ». Alors qu’en fait, notre corps et nous-même ne doivent faire qu’un. Je me souviens des moments où j’ai commencé à m’intéresser au développement personnel et qu’on me disait : « écoute-toi ». Je me demandais ce que ça voulait dire. Je ne comprenais pas. Comment s’écouter quand on ne nous a jamais appris à le faire ?

Soigner l’hyperphagie en partant à la recherche de soi-même

– C’était même plutôt le contraire… Du coup, comment en es-tu arrivée à trouver de l’aide dans tout ce marasme médical ?

– Je pense que ce marasme m’a aussi fait grandir. À un moment donné, j’ai quand même compris que le problème n’était pas dans mon assiette et qu’il y avait certainement d’autres pistes à explorer et à comprendre. J’avais 30 ans, je crois, à l’époque. J’avais une kinésiologue qui me faisait énormément de bien. Je me souviens qu’un jour, elle m’a demandé : « Mais qui êtes-vous, Marjorie ? ». Là, ce fut une crise de larmes. Je me suis dit : « J’ai 30 ans, je suis Marjorie, blonde aux yeux bleus, mais qui je suis ? Qu’est-ce que j’ai ? Qu’est-ce qui m’anime ? ». En fait, c’était vide. C’est quoi mes passions, quelles sont mes hobbies ? Qu’est-ce qui m’anime vraiment, qu’est-ce qui me fait vibrer ? Non pas la jeune fille ou la femme qu’untel veut que je sois, mais moi, qui je suis, qu’est-ce qui résonne pour moi et rien que pour moi ? Toutes ces questions m’ont assaillie. À partir de là, je suis partie en quête de moi-même et ça m’a pris 6 ans, car il n’y avait pas encore toutes les techniques qui existent aujourd’hui. J’ai beaucoup lu, j’ai beaucoup effectué de recherches. C’est moi qui ai posé le mot « hyperphagie » sur moi-même. Dans la semaine qui a suivi, je suis allée voir mon médecin en lui disant : « J’ai compris, je sais de quoi je souffre. C’est de l’hyperphagie. ». Mais il ne connaissait pas. Ce fut une succession de portes qui se fermaient et s’ouvraient. Je me suis dit : « Marjo, nous sommes sur Terre et nous avons tous une mission de vie. Si ça t’est tombé dessus, c’est que tu es capable d’en faire quelque chose, de remonter la pente et de combattre. ».

– Quelque chose avait basculé, s’était transformé. Je ressens bien le fait que tu avais besoin de faire quelque chose de cette prise de conscience.

– Exactement, même si ça m’a pris du temps, je ne vais pas te mentir ! À 30 ans, je ne t’aurai jamais dit que j’allai changer de voie professionnelle. Il y a tout un parcours derrière tout ça. Un jour, je me suis promis quelque chose : « le jour où je m’en serais sortie, je ferais tout pour aider les gens à soigner l’hyperphagie ou le TCA dont elles souffrent et pour les aider à sortir du silence ». La grande majorité des personnes que j’accompagne ne parlent pas de leur trouble du comportement alimentaire. Elles ont honte et elles se sentent incomprises. Quand, d’une séance à une autre, l’une d’entre elles me dit : « Marjorie, j’ai fait un repas avec mes collègues et je leur en ai parlé. », je me dis qu’aujourd’hui, il est possible de faire bouger les choses.

– Et oui ! Nous pouvons sortir du silence. Je repense à ce que tu disais, sur le fait que ton médecin ne connaissait pas cette maladie quand tu lui en as parlé. A-t-il fait quelque chose de cette information ?

– Vis-à-vis de moi, non, rien du tout. Il m’a redonné des antidépresseurs… Je suis une ancienne préparatrice en pharmacie, donc je sais que les béquilles, c’est bien temporairement, mais ça ne résout pas la problématique profonde, présente à l’échelle de toute une vie.  

– Rappelons qu’il y avait quand même eu un diagnostic de dépression, dont tu as parlé tout à l’heure. N’est-ce pas ? Mais rien de plus n’avait été prescrit que ce traitement médicamenteux. Il ne t’a pas conseillé de travail psychologique…

– En effet. Il y a eu les médicaments et j’ai aussi eu recours à quelques psychologues, mais ce n’étaient pas les bonnes personnes. Ils ne connaissaient pas ce trouble. Ce qui m’aidait, c’était de me faire du bien pour essayer de calmer mes pulsions. C’était tout un travail pour comprendre qui je suis, en comprenant mon histoire. J’ai vraiment eu besoin de comprendre par où j’étais passée, car je me demandais : « Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Pourquoi on me met ça sur le dos ? D’où ça vient ? ». Je pense qu’il y a d’un côté les causes de la maladie et d’autre part les déclencheurs des crises. Ce sont 2 éléments qui se rejoignent mais restent distincts. Je pense que, pour sortir de ses cauchemars et soigner l’hyperphagie ou un autre trouble, il est nécessaire de comprendre son histoire.

– Comment as-tu pu suivre ce chemin vers la compréhension ? Qu’est-ce qui t’a aidée ?

– La kinésiologue que j’ai évoquée tout à l’heure fut importante. Nous n’utilisions pas forcément de mots, mais il y a beaucoup d’images et de diverses autres choses qui se sont révélées. Ensuite, j’ai eu 3 coachs de vie. Ça, c’était plus sur la fin. Disons qu’à un moment donné, j’avais tous les outils qu’il me fallait, mais j’avais besoin d’aide pour tout poser et mettre à plat. J’étais un peu comme une écolière ayant tout appris, avec un cartable plein de classeurs, de bouquins, de feuilles volantes, etc. J’ai eu besoin d’aide pour me poser et ranger tous ces dossiers.

– Il s’agissait de faire du tri.

– Exactement. J’ai fait beaucoup de séances de kinésiologie et des soins énergétiques. J’ai commencé le yoga aussi. Autour de moi, on m’a parfois dit : « Je comprends que tu aimes le yoga ! ». « Ah oui, pourquoi ? » ai-je répondu. « C’est pour les gens dépressifs. »…

– Bon… D’accord. Mais au-delà de ce cliché, en quoi est-ce que le yoga t’a aidée ?

– Ça m’a permis de me poser et d’accepter le silence, chose que je fuyais avant. J’avais besoin d’être toujours entourée et dans le bruit. J’ai d’ailleurs longtemps vécu à Paris et ça me rassurait. Aujourd’hui, je vis presque dans les montagnes. On voit le chemin parcouru ! 😉 Désormais, j’apprécie de me poser sur ma terrasse, avec un thé et d’écouter les oiseaux et la Nature. Avant, c’était source d’angoisse pour moi, parce que ça impliquait de me retrouver avec moi-même. Je me retrouvais avec une inconnue et c’est toujours inconfortable, comme situation.

– Et oui, parce qu’alors nous sommes très gênés. Nous ne savons pas quoi lui dire, nous ne savons pas comment entamer la discussion… C’était un silence épouvantable, de toi à toi. Tu disais juste avant que, finalement, il y avait 2 axes sur lesquels tu avais eu besoin de travailler : la compréhension de ton histoire et les éléments déclencheurs des crises. Est-ce que tu veux bien revenir un peu plus en détail là-dessus ?

soigner l'hyperphagie

S’écouter pour se connaître, se respecter et répondre à ses besoins

– Oui. Pour soigner l’hyperphagie qui était mienne, j’ai eu besoin de comprendre ce qui déclenchait mes crises. Comme beaucoup de personnes, c’était la fatigue, le stress, la frustration… J’ai aussi travaillé sur mes valeurs et j’ai compris que l’une de mes valeurs fondamentales, c’est la liberté. En pharmacie, j’étais enfermée, privée de ma liberté, et j’avais souvent des crises au boulot. J’ai compris que le fait que cette valeur, fondamentale chez moi, soit non-respectée avait tendance à déclencher des crises. Je ne me sentais pas libre et je ne me sentais pas moi-même. Pour ce qui est de la fatigue, il se trouve que je suis une personne qui a besoin d’un grand nombre d’heures de sommeil et il faut l’accepter. Moi, je ne l’acceptais pas, parce que je voulais profiter à fond de mes journées et, encore une fois, que j’avais été enlevée avec des « tu es jeune, lève-toi, fais ci, fais ça ».

– L’éternel refrain de l’efficacité, de la productivité, etc.

– Exactement ! Tout ça sans m’écouter. Nous savions très bien que le sucre est notre premier carburant. C’est lui qui nous donne le plus d’énergie. C’était donc normal que mon corps en réclame ! Pour ce qui est du stress, ce n’était pas évident pour moi de gérer mes émotions, que je ne connaissais pas, d’ailleurs. À l’époque, je pensais qu’il faut toujours être heureux et que pour être heureux, il faut en permanence être dans la joie. Au fil du temps, des années et d’un travail acharné, j’ai compris que toutes les émotions sont nécessaires. J’ai réalisé qu’il n’y en a pas des « positives » et des « négatives », mais des « agréables » et d’autres « désagréables ». Ça, ce sont des notions que j’ai eu besoin d’accepter et que je transmets aujourd’hui. Il y a une phrase que je dis souvent : tout passe, dans la vie. Que ce soit la colère, la joie, la tristesse, l’excitation, etc., tout passe. Tout est toujours en perpétuel mouvement. Ce qui déclenchait mes crises, c’était le stress, la fatigue et la frustration. OK. Je me suis donc demandé : qu’est-ce qui, aujourd’hui, génère ça dans ma vie ? Puis, que puis-je faire pour apaiser, atténuer ou transformer ses sentiments ? À partir de là, j’ai pu me composer une vie plus en rapport avec mes besoins.

– Exact. Nous retrouvons ce lien essentiel, déjà évoqué, entre les valeurs et les besoins.

– Tout à fait. Moi, je suis une personne qui a besoin de liberté. Aujourd’hui, professionnellement, j’ai trouvé mon équilibre. J’étais une personne souvent stressée et angoissée. J’ai mis en place des activités et des fréquentations qui font que je me trouve dans un contexte zen, agréable et dans lequel je me sens en sécurité. Concernant la fatigue, je sais que j’ai besoin de me respecter. J’ai besoin de dormir suffisamment. Si un soir, je ressens le besoin de me coucher à 20 h 30 parce que je suis fatiguée, c’est OK. Je l’accepte.

– Nous en revenons vraiment à ce que tu évoquais : comment s’écouter ? J’entends que tu as vraiment trouvé le bon canal pour ça. 😉 Ce fut un long travail, un long processus, mais aujourd’hui, tu peux entendre ce que ton corps et tes besoins te disent et tu peux y répondre, ce qui est fondamental.

– Je pense qu’il faut aussi, mais ça se fait par la suite, dissocier une crise d’une envie, ou encore d’un excès de gourmandise, par exemple.

– Ce que tu veux dire, c’est qu’il ne faut pas qualifier de crise d’autres événements qui n’en seraient pas. C’est ça ?

– Oui. Je pense que, quand nous sommes sur le chemin de la guérison, les crises deviennent de plus en plus petites. Ce ne sont plus des crises, ce sont juste des réponses à un besoin. Nous avions parlé de ça avec Alizée de @encore_un_pas : nous avons vraiment la sensation que l’hyperphagie, c’est comme une petite bille dans la tête. Cette bille a une place plus ou moins importante. Quand elle est toute riquiqui et qu’elle fait dodo : c’est bon, tu es sur le bon chemin ! Par contre, quand elle commence à se réveiller et que, par exemple, tu retournes dans des schémas de pensées constants sur la nourriture ou que tu as de nouveau beaucoup envie de sucre, c’est qu’il y a des questions à se re-poser. Aujourd’hui, je considère ça comme un indicateur.

Le mot de la fin : soigner l’hyperphagie et sortir du silence est possible

– Je suis d’accord. J’en parle dans un autre article, dans lequel je fais un résumé de ce qu’est l’alimentation intuitive. Lorsque la relation avec l’alimentation repart un peu dans l’autre sens, si nous pouvons le dire ainsi – et sans connotation péjorative, il est bon de se demander : « OK, qu’est-ce qu’il se passe pour moi, en ce moment ? ». Je vois que nous arrivons à la fin de l’épisode, Marjorie. Comme toujours, il pourrait encore y avoir tellement de choses à partager… Mais, avant que nous nous quittions, est-ce que tu aurais un dernier message essentiel à transmettre ?

– Ce que j’espère vraiment, c’est que cet enregistrement aidera des personnes à sortir du silence, à demander de l’aide et à ne jamais baisser les bras. Nous sommes légitimes à demander un accompagnement.

– Par rapport à ce que tu dis au sujet du découragement… Je sais que ce processus peut prendre du temps. Tu parlais de tes 6 années et du fait que c’est normal que ça prenne du temps, de soigner l’hyperphagie. Tu es d’accord avec moi, n’est-ce pas ? Bien sûr, c’est différent pour chaque personne, mais c’est normal que ça soit long, qu’il y ait des vagues, des paliers, etc. C’est aussi cela que j’entends, dans ton témoignage.

– Tout à fait ! 😊

– Merci beaucoup, Marjorie. Je suis vraiment ravie de cet échange que nous avons eu. Je suppose que les lecteurs de cet article peuvent te contacter s’ils le souhaitent, pour échanger et découvrir ce que tu proposes comme accompagnement ? Ton compte Instagram est le meilleur moyen de te contacter, n’est-ce pas ?

– Bien sûr !

– N’hésitez pas à nous dire, à elle et/ou à moi, ce que vous aurez pensé de cet échange. Je te souhaite une belle suite, tant dans ton parcours personnel que professionnel et encore merci d’avoir échangé avec toi.

– Merci à toi Anne, et courage à tout le monde !

Merci d’avoir lu ce témoignage jusqu’au bout. J’espère qu’il vous aura aidé à réaliser que soigner l’hyperphagie et trouver un chemin de réconciliation avec votre alimentation est bel et bien possible. Mon accompagnement Indépendance Cannelle a été conçu dans ce but. Je suis disponible pour toutes vos questions sur mon compte Instagram ou via le formulaire de contact de mon site internet.

3 réponses

  1. Un immense merci à Anne pour ton travail, ça fait tellement de bien d’écouter semaine après semaine ces témoignages, tous poignants et dont la valeur est immense. Pouvoir entendre la diversité des parcours personnels autour des troubles alimentaires m’aide à me sentir moins seule. Merci

    Un immense merci aussi à Marjorie pour son témoignage qui fait résonner en moi énormément de choses, oser en parler, désacraliser la soi-disant “volonté” et pouvoir nommer cette maladie. Lorsque j’écoute, mon cœur se réchauffe et je sors quelque temps de la solitude de cette maladie. Merci

    1. Merci beaucoup Aude pour ce partage. Je suis très touchée que ce travail sur le podcast puisse t’accompagner dans ton processus.
      Oh que oui c’est tellement précieux de ne pas se sentir seul.e dans ce cheminement !!
      Je transmets à Marjorie 😊

    2. Bonjour Aude
      Merci pour ton message … je suis heureuse si cela ai pu t apporter un peu de douceur et de réconfort., et ainsi t’aider dans ton cheminement.
      Belle journée

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

💬 Besoin d'infos supplémentaires ?