Alimentation de bébé, une approche bienveillante

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Cannelle :

Bienvenue dans ce nouvel article de mon podcast sur l’alimentation, « La pleine conscience du pouvoir ». Cet article, qui porte sur l’alimentation de bébé et de l’enfant en général, est le fruit d’un échange avec Rhitta Ezzroura. Elle est éducatrice de jeunes enfants, sophrologue et auteure du podcast Parentali’clés, dans lequel j’ai eu le plaisir d’être invitée. Nous avons toutes les 2 un intérêt commun pour l’accompagnement à la parentalité : dans ma pratique de psychothérapeute, j’ai longtemps accompagné des parents et leurs enfants. Inviter Rhitta dans mon podcast, c’était l’occasion d’aborder ici le sujet de l’alimentation de bébé et de l’enfant, ce que je n’ai pas encore fait ! Nous allons parler de la nourriture et des repas des enfants et tout particulièrement de la DME, la diversification menée par l’enfant.

L’accompagnement de jeunes enfants et sophrologie

– Bonjour Rhitta !

– Bonjour Anne.

– Bienvenue, à ton tour, sur mon podcast, « La pleine conscience du pouvoir ». Est-ce que tu veux bien te présenter, pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

– Avec grand plaisir ! Merci de m’inviter sur ton podcast, je suis ravie de participer à cette aventure ! Je m’appelle Rhitta, je suis éducatrice de jeunes enfants, depuis 2013. Je fais donc partie de la grande famille qu’on appelle les travailleurs sociaux. L’éducateur du jeune enfant est le travailleur social spécialisé dans l’accompagnement du développement du jeune enfant, mais aussi de la systémie familiale. Ce second point englobe tout ce qui touche à la parentalité, au lien parent-enfant et au développement de celui-ci. Depuis un peu plus d’un an maintenant, j’ai choisi de me former à la sophrologie. C’est une approche thérapeutique psychocorporelle qui me permet d’accompagner les enfants et les familles de façon beaucoup plus globale. Ça rajoute un aspect thérapeutique à mon travail, qui en était dénué jusque-là. Mon approche est désormais plus holistique et je trouve cela beaucoup plus qualitatif. 😊 J’exerce à Lyon et je travaille dans un cabinet pluridisciplinaire avec des sage-femmes, une ostéopathe, une psychologue et une diététicienne. Encore une fois, le but est d’accompagner les patients d’une façon globale. Mon cœur de métier de base, nous l’avons vu, c’est l’accompagnement du développement de l’enfant et de la systémie familiale. Mais, en tant que sophrologue, j’accompagne tout le monde : enfants, adolescents, adultes, parents ou non, futurs-parents ou non. Ils peuvent souhaiter faire face à une problématique en particulier ou améliorer leur quotidien face à des problématiques globales, transversales. Le but est de retrouver un état de bien-être en allant chercher les ressources et potentialités de chacun et chacune pour les mettre en lumière. J’aide mes clients à travailler dessus au quotidien, pour les faire ressortir et, éventuellement, se libérer d’une problématique ou avoir un lien plus serein avec celle-ci.

– Dans ce podcast, qui traite de la relation avec l’alimentation, la dimension corporelle est aussi prise en compte, comme dans la sophrologie. C’est un sacré sujet et l’approche de la sophrologie est aussi un… je n’aime pas trop dire « outil », je n’aime pas ce que tu en penses ? C’est plutôt une approche.

– Je comprends ce que tu veux dire. Quand nous parlons d’outil, nous avons tendance à penser « caisse à outils », « pratico-pratique », en vue d’obtenir un résultat précis…

– Voilà ! En tout cas, je trouve que l’approche de la sophrologie est un versant intéressant, quand on travaille sur la relation avec l’alimentation, ainsi que sur la relation au corps, qui en fait partie. Je n’avais pas réalisé que, du coup, tu accompagnes aussi des adultes, des ados, des personnes de tous âges, sur différentes problématiques. Mais revenons au vaste sujet de l’alimentation de bébé et de l’enfant. Nous en avions parlé ensemble dans ton podcast Parentali’clés et nous avions notamment évoqué l’intuition de l’enfant. Il s’agit de cette possibilité qu’il a, dès la naissance, de savoir ce qui est bon pour lui en matière d’alimentation. L’arrivée de la diversification est un vaste sujet pour les parents. Elle soulève beaucoup de questionnements. L’un des défis que nous pouvons rencontrer, en tant que parents, c’est de la maintenir autant que possible. Mais dans le même temps, c’est nous, parents, éducateurs, qui sommes là pour proposer des aliments à l’enfant et pour le guider. Est-ce que tu as aussi envie que nous parlions du nourrisson ? Comment commence-t-elle ? Comment se passe la relation avec l’alimentation chez le nouveau-né ?

– Déjà, ce qu’il est important de savoir, et nous en parlions un peu dans l’épisode enregistré ensemble pour Parentali-clés, c’est que le nourrisson est doté d’une intuition alimentaire. D’ailleurs, le nourrisson est intuitif sur tous les plans, et pas seulement pour l’alimentation. Que nous choisissions un allaitement naturel ou un allaitement au biberon, ça ne rentre presque pas en ligne de compte. Le nourrisson sait exactement ce dont il a besoin et ce dès tout petit, qu’il soit nourri au lait dit artificiel, industriel ou au lait de la maman ou de la personne nourricière en général. Sur ce point, j’ai constaté que les parents sont parfois formatés dès l’avant-naissance par des pensées qui disent que : « il faut faire attention à ce que va consommer l’enfant ». Avec ces règles sociétales, diffusées par le corps médical ou l’entourage familial, s’instaure cette croyance qu’il faut contrôler, dès la naissance, ce que mangera l’enfant. Il « faut qu’il mange bien » parce que c’est un petit être fragile, et effectivement, il y a une certaine fragilité. Mais nous avons tellement envie de bien faire, nous avons tellement envie que l’enfant « mange bien », avec des guillemets, que nous entrons déjà dans un système de règle. Et cela alors que l’enfant sait ce dont il a besoin… Bien sûr, je ne parle pas de cas pathologiques, de présence de difficulté alimentaire, de malformation ou de naissance prématurée. Mais dans les cas où la grossesse, l’accouchement et le développement du nouveau-né se passent bien, il y a déjà cette forme d’hyper vigilance autour de l’alimentation de bébé. Avec le temps, ça se transforme en injonctions, même pour le tout-petit. J’imagine que tu as observé la même chose dans ta pratique.

– Oui. Je vois moins de nourrissons qu’avant, mais ça me fait notamment penser aux règles données pour les horaires des tétées ou des biberons. « Il ne doit pas manger plus de X fois par jour. Il faut les espacer de tant de temps. Il faudrait que… etc. » Ces règles existent toujours ?

Les angoisses liées à l’alimentation du nourrisson

– Oui. En plus de ça, je constate souvent une espèce d’angoisse que l’enfant ne mange pas assez. Je suppose que ça a toujours été présent dans l’inconscient collectif… Mais à cause de ça, il y a encore des parents qui réveillent leur tout-petit pour lui donner à manger. J’ai aussi observé des parents, des mères plus particulièrement, qui pèsent l’enfant avant et après la tétée. Ce contrôle se veut rassurant et bienveillant, mais, en fait, c’est anxiogène. Encore une fois : je parle bien entendu des cas où l’enfant va bien et se développe bien.

– Bien sûr, nous parlons là de cas exempts de prescription médicale de ces pesées. Pour la petite histoire, avant de devenir psychothérapeute, j’ai été bénévole dans une association de soutien à l’allaitement et à la parentalité. Quand les mamans étaient angoissées par le fait que l’enfant ne mange pas assez, je parlais de la surveillance des couches. Mon mari se moquait de moi avec ça, mais je disais tout le temps : « si ça sort, c’est que ça rentre » ! 😉 Si la couche est mouillée et s’il y a des selles, ça veut dire que l’enfant se nourrit suffisamment. Du coup, je confirme que j’ai souvent croisé cette anxiété que l’enfant ne mange pas assez, ou ne prenne pas suffisamment de poids – hors pathologie, encore une fois. À l’inverse, j’ai aussi croisé des enfants dont on disait qu’ils mangeaient trop, ou qu’ils grossissaient trop vite…

– Oui. Ça, nous l’observons beaucoup avec les enfants qui sont allaités au sein. Ces bébés ont souvent de bonnes petites joues – ce qui, bien sûr, ne veut pas dire que ceux qui sont nourris au biberon n’en ont pas. Dans leur développement, nous pouvons souvent remarquer une grande poussée de croissance, puis une stagnation et encore une grande poussée de croissance. Lors de ces poussées, il arrive que les bébés soient vraiment tout rond, même s’ils vont très bien ! Là, il y a des personnes qui peuvent dire que « mais ton enfant est gros ! ». Cela peut augmenter le stress, alors que les parents ont déjà tendance à être angoissés concernant l’alimentation de bébé et le fait de nourrir leur enfant… Et c’est normal que ça les angoisse : c’est anthropologique. Dans l’imaginaire collectif, un enfant mal nourri, soit trop soit pas assez, est un enfant en danger, en mauvaise santé. Cela est vrai pour la grosseur comme la maigreur. Nous avons cité les enfants qualifiés de gros, mais nous entendons souvent aussi : « ton enfant est trop maigre, on dirait une crevette ». Ce sont des termes que nous entendons régulièrement. Tout ça, entre autres, s’ajoute à l’anxiété parentale.

– C’est très intéressant ce que tu soulignes là. Je n’avais pas pensé à la dimension anthropologique, c’est-à-dire ancrée en nous, de génération en génération.

– Et oui, c’est inhérent à notre espèce.

– Finalement, il n’y a pas si longtemps que, dans nos sociétés occidentales, nous avons potentiellement suffisamment à manger pour que nos enfants ne meurent pas de malnutrition. Passons maintenant au moment où la diversification arrive. Explique-nous : qu’est-ce que la diversification menée par l’enfant ?

alimentation de bébé

La diversification menée par l’enfant

– La diversification alimentaire menée par l’enfant, ou DME, c’est tout simplement le fait de proposer à l’enfant une alimentation qui ressemble à la nôtre. Elle implique de ne pas forcément préparer des petits pots ou des aliments mixés exprès pour l’enfant. Aussi et surtout, il s’agit de suivre l’évolution de l’enfant et de favoriser son intuitivité alimentaire. Comment ça se met en place, concrètement ? Ça commence à partir des 6 mois de l’enfant. Certaines règles de sécurité sont à respecter, comme le fait qu’il puisse se tenir assis et bien droit sur une chaise haute ou sur les genoux d’un parent. Cela nécessite une certaine tonicité ! Cette partie du développement moteur de l’enfant est importante pour que la DME se réalise en toute sécurité. Si votre enfant commence à mettre les mains dans votre assiette ou qu’il essaie de choper le gâteau dans vos mains, par exemple, cela montre un intérêt de sa part. Il a envie de découverte, de développement, voire d’autonomie. À partir de ce moment-là, nous allons tout simplement proposer des morceaux à l’enfant, qu’il ait des dents ou pas. Évidemment, il ne faut pas que ce soit n’importe quel morceau ! On ne propose pas un morceau de carotte cru à un enfant de 6 mois… Ça parait logique, mais c’est un fait que je préfère rappeler. Souvent, quand je parle de la DME, on me répond : « Mais… si je propose des morceaux à un enfant de 6 mois… Il va s’étouffer ! ».

– Et oui, ça fait peur.

– Effectivement, et nous pourrons reparler après de cette peur de l’étouffement et de l’accompagnement du parent. Je disais donc : nous commençons à proposer des morceaux adaptés à l’enfant. Pourquoi ? Parce qu’à partir de 6 mois, l’enfant peut écraser les aliments avec sa mâchoire. Il n’a pas besoin de dents pour malaxer, pour commencer la digestion qui se fait au niveau de la bouche. Il faut donc proposer des aliments qui ont une texture bien spécifique, appelée fondante. Cela signifie que l’aliment doit pouvoir s’écraser facilement entre le pouce et l’index. Par exemple, si vous prenez une banane mûre, vous n’avez pas besoin de force pour l’écraser avec vos doigts. C’est donc adapté à l’enfant, car il pourra, lui aussi, l’écraser sans forcer avec ses mâchoires. Là encore, ce sera intuitif pour lui. À cet âge, il aura l’instinct de fermer les mâchoires pour écraser l’aliment. Ce peut aussi être, par exemple, de la pomme de terre cuite à l’eau, de l’avocat bien mûr…

– Pour en revenir aux carottes de tout à l’heure : quand elles sont cuites, c’est bon !

– Tout à fait ! Rôties au four avec un petit filet d’huile, par exemple, nous pouvons en proposer. Pour ce qui est de la texture, ce doit donc être fondant. Concernant l’aspect, nous allons découper l’aliment en morceaux en forme de bâtonnet. Ainsi, l’enfant pourra l’attraper avec sa petite main. Je vais vous donner un repère. Vous voyez les bâtons de colle que nous avons tous utilisés à l’école ? Ce doit être à peu près de cette longueur et ce diamètre-là.

– D’accord, donc il faut quand même que ce soit un peu gros. C’est pour qu’il puisse le saisir, c’est ça ?

– Oui, il faut qu’il puisse le saisir. Le diamètre ne doit pas être inférieur à environ 2 cm. Pourquoi ? Parce que c’est le diamètre de la trachée de l’enfant. Du coup, par sécurité, nous proposons quelque chose de plus gros, pour que ça ne se bloque pas là en cas de fausse route. Ça fait partie des règles de sécurité de ce type d’alimentation de bébé, qu’il est important de respecter. Si vous avez envie de proposer des boulettes, comme des accras de morue par exemple : fiez-vous à la taille du point de l’enfant. Comme ça, il pourra les saisir et, souvent, les écraser.

– Oui, il patouillera… Voilà une autre peur dont nous pourrions parler : celle que l’enfant se salisse.

– Effectivement ! Pour rebondir sur cette notion de « patouiller » : avant de porter l’aliment à sa bouche, l’enfant va systématiquement le découvrir avec ses mains, ses yeux, son nez, etc. Il y a donc de grandes chances que, lorsqu’il l’amènera à sa bouche, il n’ait plus exactement la forme initiale… 😉 Ce sera sans aucun doute tout écrasé !

La pleine conscience dans l’alimentation de l’enfant

– En t’écoutant, je réalise qu’en fait, l’alimentation de bébé et du jeune enfant est une alimentation en pleine conscience.

– Complètement !

– Il mange avec tout ce que perçoivent ses sens : le toucher, via la bouche mais aussi les mains, l’odeur, la texture, peut-être même le bruit, etc. Il découvre ça avec toute la curiosité dont nous parlons dans l’approche de pleine conscience. Il mange comme si c’était… et c’est souvent, de fait, la première fois. Nous retrouvons là tout ce que nous avons perdu : la curiosité et l’émerveillement. Je repense tout particulièrement à mon fils, avec lequel j’ai réalisé une diversification plus « menée par l’enfant » que « classique ». Le premier aliment qu’il a goûté, c’était de la poire. Nous pouvions vraiment voir son excitation. Vous savez bien comment ils sont, dans ces moments de découverte de quelque chose de nouveau ! Ce que je trouve très important aussi, dans ce que tu dis, c’est le fait d’attendre que l’enfant soit demandeur. Cela correspond aussi à un stade de développement moteur. Le principe est le même pour la propreté : quand l’enfant n’est pas prêt au niveau moteur, physiologique, ça ne sert à rien d’essayer de forcer. Pour la diversification alimentaire, ça peut être vraiment intéressant de suivre ça, d’attendre vraiment que l’enfant soit demandeur. Ça peut être un peu avant ses 6 mois, comme ça peut être un peu après, mais ce n’est pas grave ! Nous ne grandissons pas tous de la même façon. Mais je digresse ! Nous en étions à la peur de l’étouffement.

– Oui. La peur de l’étouffement est inhérente à la diversification et ce, quelle que soit la diversification que nous décidons de mener. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’en Occident, nous choisissons souvent la diversification dite classique, avec des textures évolutives. Au début, nous proposons des textures très lisses. Après, nous passons à des textures hachées avec de petits morceaux. Ensuite, nous amenons des morceaux fondants. Nous en sommes alors aux environs des 10 mois de l’enfant, si nous nous référons à la théorie. Dès que l’enfant a plusieurs dents, nous commençons à proposer des morceaux plus croquants, à mâcher. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que la diversification répond non seulement aux besoins de découverte, d’éveil, de curiosité et d’autonomie de l’enfant mais qu’elle permet aussi de stimuler la zone oro-motrice. Il s’agit de toute la zone de la bouche, des mâchoires, de la déglutition, etc. Cette stimulation vient de la libre expérimentation qui est permise à l’enfant. Naturellement, il restera dans ce qui sera la juste expérimentation pour lui : ce n’est pas nous qui allons le stimuler, c’est lui qui choisira ce qui est bon pour lui. Encore une fois, nous en revenons à cette notion d’intuition et de pleine conscience. Ce n’est pas toujours facile à accepter, pour un adulte, parce que plein de choses nous déconnectent de ça… Mais, en tant qu’être humain, nous pouvons travailler à nous reconnecter à notre intuition. Cette petite voix existe. Aller chercher cette intuitivité en tant qu’adulte est beaucoup plus difficile, parce que nous avons grandi en étant déconnecté, mais c’est possible. Lorsque nous y arrivons, nous pouvons expérimenter d’une façon beaucoup plus juste pour nous.

– Et oui ! Pour en revenir au développement de l’enfant : il existe aussi ce biais qui, en tant que parents, nous poussent à vouloir qu’il grandisse plus vite qu’il ne grandit réellement. « Vite vite, il faut qu’il mange des morceaux ! Vite vite, il faudrait qu’il marche ! Vite vite, il faudrait qu’il se sépare de moi, etc. »

– Mais en même temps, à d’autres moments c’est : « Oh il a grandi trop vite ! ». 😉

La gestion des aliments dans la DME

– Oui ! C’est ambivalent… Ce que je souhaitais souligner en disant ça, c’est qu’il est important d’essayer de suivre son rythme à lui. J’aimerais revenir un peu en arrière, au moment où tu parlais des aliments à proposer à l’enfant. Tu as cité les accras de morue en exemple et j’imagine d’ici les yeux ronds que ça peut susciter. Ce que je comprends de ton discours, c’est qu’il n’y a pas forcément d’ordre spécifique quant aux différents types d’aliments. Il n’y a pas forcément d’ordre, même avec des aliments comme l’huile, la viande, etc. Comment ça se passe, à ce niveau-là ? Comment suivre l’enfant sur ce point ?

– Pour commencer, sachez qu’au niveau du PNNS (Programme national nutrition santé), il n’y a plus de recommandation d’introduction tardive des allergènes depuis 2019 ou 2020. Jusque-là, il était recommandé de les introduire le plus tardivement possible, pour éviter de développer des allergies. Mais aujourd’hui, les études en nutrition du monde entier ont montré que c’est l’inverse. Plus nous exposons tôt l’enfant à tout type d’aliment, plus son immunité à ce niveau-là a des chances de se faire et donc moins le risque est grand. Ainsi, dans une diversification alimentaire, menée par l’enfant ou pas, nous pouvons proposer de la viande à l’enfant dès 6 mois. Par contre, il y a un contrôle à avoir sur le plan des besoins nutritifs, notamment sur l’apport en protéines. Néanmoins, à l’instar de cette notion que tu abordes avec l’alimentation intuitive : il n’y a pas d’alimentation meilleure qu’une autre. Par contre, il y a des quantités à adopter en fonction de notre corps. Ainsi, nous pouvons proposer un quartier d’ananas bien mûr à un enfant à partir de 6 ou 7 mois. Nous pouvons aussi proposer, par exemple : une biscotte de « pain des fleurs », pour ceux qui connaissent, avec du beurre de cacahuète ou de la purée d’avocat. Ce genre d’aliments était considéré comme très allergènes au début de l’alimentation de bébé. Ça reste très allergène, attention, je ne dis pas le contraire. Mais nous pouvons les proposer à l’enfant. Ça n’augmentera pas le risque d’allergie de les proposer dès le début de la diversification alimentaire.

– D’après ce que je comprends, concernant le choix des aliments, le conseil est de suivre au maximum ce que mangent les parents. Ensuite, il s’agit d’observer ce que pioche l’enfant. C’est bien ça ?

– C’est ça. La diversification alimentaire menée par l’enfant a le grand avantage de réduire la préparation des temps de repas. En effet, il n’y a pas forcément de compote et de purée à préparer en plus. Nous utilisons les mêmes aliments que pour notre préparation à nous. Par exemple : si vous cuisinez des courgettes farcies pour vous, il est tout à fait possible d’en préparer à l’enfant à partir de votre plat. Par contre, vous les couperez différemment. Dans le même plat que vous, vous mettrez simplement une demi-courgette coupée avec un peu d’huile. Puis, avec votre farce, vous ferez 2 boulettes, que vous poserez à côté. Là où il est nécessaire de concocter 2 préparations, c’est lorsque vous utilisez de l’alcool, comme dans un coq au vin, par exemple. Vous pourrez utiliser les mêmes aliments, mais sans la sauce. De plus, la DME permet aussi de retrouver cet instant convivial pendant lequel tout le monde partage la même chose. Cela aussi, participe à éveiller le lien social et l’intérêt du repas qui, parfois, peut être un peu perdu lorsque nous avons une énorme charge mentale.

La place des règles sociétales liées aux repas

– Tout à fait. Qu’en est-il des injonctions que nous pouvons entendre quand les enfants sont un peu plus grands, comme : « finis d’abord tes légumes, tu auras ton dessert après » ? Tu vois de quoi je parle : toutes ces règles que nous avons sans doute entendues aussi étant enfant, et que nous avons peut-être nous-même dit à nos enfants. Et ce n’est pas grave, je tiens à le redire : nous faisons du mieux que nous pouvons, en tant que parents ! Quoiqu’il en soit : qu’en penses-tu ?

– Avant de travailler en libérale et d’être entrepreneuse, j’étais directrice de crèche. Dans ces établissements, il y a toujours des projets mis en place autour des temps forts comme le repas. Plus généralement, c’est un moment qui cristallise beaucoup de choses pour l’humain et cela vaut pour les enfants autant que pour l’équipe ou pour les parents. Dans toutes les crèches où je suis intervenue, j’ai mis en place le projet du plateau-repas. Ça impliquait, par exemple, qu’en fonction de son développement, l’enfant avait la possibilité de se servir et donc de choisir la quantité qu’il souhaitait. Évidemment, nous les accompagnions ! Il s’agissait alors d’enfant ayant au moins 18 mois. À cet âge-là, certains enfants ont déjà cette peur de manquer et ont tendance à se servir des montagnes dans leur assiette. Dans ces cas-là, par exemple, nous pouvions accompagner, en expliquant qu’il y en a et qu’il y en aura assez et que donc, il peut se servir quelques cuillères seulement.

– Déjà ! Je suis désolée de t’arrêter, mais je réalise qu’à cet âge, le rapport à l’alimentation de bébé peut déjà être troublé.

– Et oui. Nous pouvons déjà observer ce genre de réaction. Nous voyons parfois des enfants remplir vite vite vite leur assiette, avant que les copains aillent se servir. Nous constatons alors que cette intuitivité alimentaire peut être déjà brouillée. Mais bien sûr, tout n’est pas perdu ! Nous pouvons encore accompagner l’enfant, même à cet âge, et même l’adulte. Je disais donc que, dans ces cas-là, nous apprenions à l’enfant à se servir des quantités plus justes, car nous avons quand même une idée de ce qui est inadapté pour lui. L’idée du plateau-repas, c’est aussi que l’enfant puisse manger dans l’ordre qu’il veut. C’est assez fascinant à observer : certains respectent les règles sociétales et commencent avec l’entrée, avant de passer au plat puis au dessert. Ils peuvent même expliquer aux copains que « Non, tu n’as pas commencé par l’entrée ! ». Il y a aussi des enfants qui commencent par le dessert… ou pas ! Nous avons souvent cette croyance que l’enfant va automatiquement commencer par le dessert. Mais en fait, ce n’est pas si fréquent que ça. Et quand l’enfant commence effectivement par le dessert, il mange aussi le reste, ou au moins il goûte le reste, même s’il ne finit pas forcément toute son assiette. Penser que commencer par le dessert bloque le repas, c’est une fausse croyance. C’est une peur que nous avons en tant qu’adulte, parce que nous redoutons que l’enfant ne mange pas assez ou pas assez bien.

– Cela est aussi lié à la place du dessert comme étant une récompense…

– Ou quelque chose de diabolisé.

– C’est ça. C’est lié au fameux « tu ne le mangeras que si tu as encore faim ».

– Ou au : « si tu n’as pas faim pour le plat, tu n’as pas faim pour le dessert ». Alors que personnellement, si je n’ai plus faim pour mes épinards, je peux quand même avoir faim pour une Danette©. Il n’y a pas de problème ! 😉

– Tout à fait ! Dans la thérapie d’alimentation intuitive, nous parlons de satisfaction alimentaire. Nous pouvons être rassasié, ou être rassasié d’un aliment en particulier, mais ne pas être satisfait et donc, d’avoir besoin de manger un autre type d’aliment. Pour en revenir à l’enfant, comment ça pourrait s’adapter en famille, ce plateau-repas ? Comment conseilles-tu ça ?

alimentation de bébé

L’importance de la culture et aux besoins de chacun

– Ça dépend des codes de la famille. Il y a aussi une dimension culturelle qui se joue. Certaines choses peuvent être très importantes parce qu’elles tiennent de notre identité culturelle. Je pense que si ça ne vient pas d’une injonction mais bien d’une notion d’identité : gardez votre fonctionnement ! Si je prends mon exemple : je suis née en France mais je suis d’origine marocaine. La grande majorité des plats, nous les mangeons dans une seule et même assiette. Dans la culture française, c’est complètement différent. Personnellement, avec ma famille, ça ne me viendrait pas à l’esprit de me prendre une assiette « à moi ». Ça serait hors cadre, incohérent. Par contre, quand je suis au restaurant ou chez moi, je suis contente de me préparer une petite entrée, un plat, un dessert, etc. Je pense que c’est important de respecter la part d’identité culturelle qui est inhérente aux repas. Cependant, vous pouvez aussi faire le choix de tester le plateau-repas et l’inclure à l’alimentation de bébé ou de vos enfants plus grands. Ce sera judicieux si vous avez envie d’encourager l’enfant à expérimenter ou si vous remarquez que cette règle entrée-plat-dessert amène des tensions dans le repas. En crèche, nous utilisions des plateaux avec des compartiments comme dans les self, mais vous pouvez utiliser une ou plusieurs assiettes, l’idée étant de tout proposer en une seule fois. Attention : quand le fonctionnement entrée-plat-dessert est ancré, ça demande du lâcher-prise. Il faut arriver à se dire que notre enfant n’est pas « mal élevé », et je mets de gros guillemets, s’il commence par son dessert. Votre enfant saura très bien s’habituer aux règles de la société, quelle qu’elles soient d’ailleurs. D’une manière générale, ils savent très bien s’adapter ! Si vous l’amenez en Inde par exemple, il y a fort à parier qu’en quelques jours il saura comprendre leurs règles alimentaires. Faites confiance à votre enfant dans cette capacité à s’adapter et à comprendre qu’en fonction des situations, les règles peuvent changer. Ce n’est pas parce que vous faites ainsi à la maison qu’il n’aura pas la possibilité de respecter certains codes ailleurs. Pour finir, j’ai envie de dire : essayez, allez-y… Allez-y ! Je pense que le plus important, c’est de travailler avec soi-même sur toutes ses croyances, telles que « mon enfant ne saura plus ce que c’est qu’une entrée, un plat, un dessert », « il ne saura plus comment faire en société », « il commencera par le dessert et ne voudra plus rien après », etc.

– C’est ça. « Il ne mangera plus que des desserts, toute sa vie »… D’ailleurs, ce sont souvent les mêmes croyances que nous avons quand nous commençons la thérapie d’alimentation intuitive. Nous redoutons de manger du Nutella© toute la journée si nous nous laissons faire. Alors que non, ce n’est pas ce qu’il se passe. Nous, nous pouvons retravailler cette confiance chez nous, mais l’enfant, lui, a déjà ce qu’il faut. Tout le défi est là : préserver ça chez lui ! Mais qu’est-ce que c’est difficile, de faire confiance à l’enfant et de sortir du contrôle et de la peur.

– Oui, je trouve aussi que c’est le plus difficile.

Le mot de la fin sur l’alimentation de l’enfant et du bébé

– D’ailleurs, là nous parlons d’alimentation de bébé, mais c’est vrai pour tout ce qui concerne l’enfant. Je vois que nous allons bientôt nous quitter, mais j’ai 2 questions finales pour toi, Rhitta. D’abord : as-tu des ouvrages ou des ressources à nous conseiller sur ces questions-là ? Ensuite, si tu devais résumer tout ça, ou donner le ou les conseils les plus importants à nos lecteurs, qu’est-ce que ce serait ?

– Concernant les ouvrages : très honnêtement, je n’en ai pas forcément, ni sur l’alimentation de bébé, ni sur la DME. Pourquoi ? Parce qu’il y a tout un tas de ressources que vous avez déjà, j’en suis persuadée, sur Internet, les blogs, les réseaux sociaux, etc. Souvent, les parents avec lesquels j’échange se sont déjà documentés. Pas forcément sur la DME spécifiquement, mais, en ayant désormais entendu parler de ça, il y a fort à parier pour que vous arriviez à vous documenter par la suite. Les livres sont assez accessibles. Par ailleurs, j’essaie au maximum de faire sortir la tête des livres aux parents. Non pas que je n’ai pas envie de vous instruire, mais je fais confiance à votre capacité à trouver les livres qui pourront vous plaire, et il y en a des tas. Une ressource qui peut être intéressante, c’est un épisode que j’ai créé sur la diversification menée par l’enfant, avec une autre professionnelle : Stéphanie Delalande, qui est aussi éducatrice de jeunes enfants. Elle a été formée avec des ergothérapeutes et des orthophonistes. Dans cet épisode, elle explique vraiment comment mettre en place cette diversification menée par l’enfant d’un point de vue très pratico-pratique. Si ça vous intéresse, je vous invite donc à aller sur ma chaîne Parentali’clés. Mais, et nous en arrivons à ta 2e question, ce qui est important pour moi, aujourd’hui, c’est de vous aider vous-même à vous reconnecter à votre intuition de parents. Pour cela, il faut aussi sortir la tête des livres ! Je sais que c’est un peu un gros mot, ce que je dis, et que c’est un peu flippant, surtout quand nous sommes pris par des injonctions, des angoisses, voire, parfois, par des troubles etc. Ce que j’ai envie de vous faire comprendre, c’est que, au fond, vous savez très bien ce qui est bon pour vous et ce qui est bon pour votre enfant. Ça ne veut pas dire que vous devez être seuls dans votre processus de parentalité, ni que vous ne devez jamais vous documenter. Ça veut dire que vous avez aussi tout un tas de ressources en vous. En attendant, nos peurs capitalisent sur ce que nous ne savons pas faire, sur ce que nous ne connaissons pas encore. C’est pour ça que je parie que les personnes intéressées par la DME vont très rapidement se documenter sur la question, au travers d’un livre ou d’un autre support. Aller chercher de l’information, c’est déjà une ressource précieuse. Ensuite, ce à quoi j’ai vraiment envie de vous inviter, c’est d’être plus indulgent et bienveillant avec vous-même dans votre parentalité et dans votre développement d’individu. Il faut garder à l’esprit que les « il faut » ne sont pas les mêmes en France qu’en Afrique du Sud ou au Vietnam, par exemple… Cela veut bien dire qu’ils ne sont pas universels et donc qu’ils ne sont pas inhérents à la survie de notre espèce. Nous pouvons donc faire autrement ! Essayez de vous écouter. Je sais, encore une fois, que ce n’est pas facile, mais essayez. Essayez aussi de questionner vos croyances. Faites une liste des « il faut » que vous avez appris… vous constaterez d’abord qu’elle est sacrément longue ! Ensuite, si vous avez certaines connaissances sur l’alimentation intuitive, sur la nutrition de l’enfant ou sur la nutrition en général : distillez plus d’objectivité sur ces « il faut ». Essayez de voir s’il s’agit de faits scientifiques fondés, comme par exemple : en effet, il ne faut pas donner de cacahuète à un enfant de 3 mois. Là, clairement, il faut. Mais, si nous reprenons « il faut manger une entrée, un plat et un dessert » : est-ce que vraiment il faut, ou est-ce que c’est quelque chose qui vient de notre culture ou de nos croyances ? Je répète que, si ce fonctionnement est important pour vous, c’est OK ! Il s’agit juste de remettre de l’objectivité dans votre façon de voir les choses. Ça permet d’être beaucoup plus détendu et plus bienveillant avec soi. Ça aide aussi à réaliser que ces « il faut » ne viennent pas de nul part et que l’enfant dispose de tout un tas de compétences que nous ne soupçonnons pas… et que nous n’avons plus. Les pratiques comme la pleine conscience, les approches psychocorporelles comme la sophrologie, le fait de mieux respirer, de marcher en conscience, voire juste de se poser et de vivre dans l’instant présent, etc. : voyez comme c’est difficile pour nous ! L’enfant, lui, fait ça très bien. En plus de l’indulgence et de la bienveillance, je conseillerai d’adopter un peu plus d’humilité, en se rappelant que l’enfant possède bien des compétences que nous n’avons plus. Nous nous en sommes déconnectés, même s’il est possible de les retrouver, notamment grâce à notre formidable plasticité cérébrale. Comme nous possédons un savoir intellectuel beaucoup plus développé que celui de l’enfant, nous avons tendance à penser que nous sommes plus compétents, plus intelligents que l’enfant. En réalité, ce n’est pas forcément le cas. L’enfant a des compétences et est doté d’une intelligence que nous n’avons plus aujourd’hui et sur laquelle nous avons besoin de travailler pour la retrouver. Pour moi, cette humilité est la porte vers la confiance dans les compétences de l’enfant.

– Mais oui ! C’est aussi grâce à ça que nous pouvons tellement apprendre de nos enfants, juste en les observant. J’aime beaucoup ce que tu dis sur ces compétences qu’ils ont, que nous avons perdues et que nous pouvons retrouver grâce à leur enseignement à eux. C’est merveilleux ! Je te remercie beaucoup, Rhitta, d’être venue sur mon podcast pour partager ta façon de voir et de vivre les choses dans l’accompagnement que tu proposes aux parents, entre autres. Où pouvons-nous te retrouver ?

– Je suis joignable via mon site web et sur mon compte Instagram. Vous pouvez aussi me retrouver sur mon podcast, Parentali’clés, qui a pour objectif d’amener les parents vers plus de sérénité et de conscience, pour se rapprocher d’une parentalité qui leur ressemble et qui les épanouit. Si vous avez envie ou besoin d’échanger, n’hésitez pas : je suis très présente sur Instagram ! 😊 Et ce, que ce soit pour échanger sur l’alimentation de bébé ou de l’enfant, sur la parentalité ou sur votre développement d’individu en général.

– Merci encore à toi !

– Et merci à toi, je suis ravie de faire partie de cette aventure de « La pleine conscience du pouvoir ».

J’espère que cet article vous aura donné une nouvelle vision de l’alimentation de bébé. Peut-être même qu’il vous aura donné des pistes pour aborder différemment votre relation avec la nourriture ou l’organisation de vos repas en famille. Si vous vous sentez coincé par des injonctions qui troublent votre alimentation, n’hésitez pas à me contacter via mon site Internet ou mon compte Instagram ou à vous inscrire pour suivre mon accompagnement Indépendance Cannelle.

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