Une relation saine avec la nourriture | Le témoignage d’Anne

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Cannelle :

Dans ce nouvel article de « La pleine conscience du pouvoir », mon podcast sur l’alimentation, vous allez découvrir dans son témoignage comment Anne a travaillé pour obtenir une relation saine avec la nourriture. Elle a fait partie des pionnières de l’accompagnement Indépendance Cannelle, que je propose aux femmes qui souhaitent reprendre le pouvoir dans leur relation avec l’alimentation. Anne a commencé à 15 ans à vouloir contrôler l’apparence de son corps, surtout pour ne pas grossir, en raison de réflexions de sa grand-mère maternelle. Elle avait développé une vision comptable de son alimentation, dirigée par un ange et un démon sur ses épaules, qui tentaient de gouverner ses choix alimentaires et les compensations, sportives ou caloriques, à mettre en place. Pendant notre accompagnement, elle a travaillé sur elle-même pour retrouver une relation saine avec la nourriture et libérer l’espace mental qu’elle occupait. Elle vous raconte comment elle a fusionné l’ange et le démon, comment elle s’est libérée de la météo émotionnelle de la balance et comment elle a relié sa tête et son corps.

« D’abord, je n’ai jamais été en surpoids, quelques kilos de trop, mais jamais de réel surpoids. En revanche, j’ai toujours reçu des réflexions, depuis l’âge de 15 ans. Ces réflexions ont été faites par ma grand-mère maternelle : « Tu ne vas pas mettre un maillot de bain 2 pièce, il faut mettre un maillot de bain 1 pièce », etc. »

« Dans mon pauvre cerveau, la partie « alimentation », je ne sais pas, ça devait prendre… une place phénoménale de savoir « est-ce que j’ai le droit de manger ça, ou ça », ou « qu’est-ce que j’ai le droit de faire ». »

« Je pense que j’aurai pu aller me peser jusqu’à plus de 10 fois par jour. »

« Réfléchis à ce que tu fais, remets ta tête sur ton corps et les choses vont pouvoir commencer à avancer. »

« Quelque chose d’aussi basique, toute seule, j’étais incapable de le faire sans être accompagnée, finalement. »

« En fait, ça fait faire une sacrée réflexion sur soi-même. Ça m’a fait réfléchir sur beaucoup de choses. »

« C’est du délire que l’alimentation soit un brouhaha perpétuel. Ça n’a pas de sens. »

Extraits du témoignage d’Anne

Les origines de mon rapport compliqué avec la nourriture

  • Bonjour Anne. Je suis ravie, et presque excitée, que nous enregistrions cet épisode de « La pleine conscience du pouvoir », puisque tu as fait partie des pionnières de l’accompagnement Indépendance Cannelle. Nous avons commencé ce travail ensemble en décembre 2020 et nous voici maintenant, en mai 2021, à la fin de ton parcours vers une relation saine avec la nourriture ! Je suis vraiment touchée, déjà parce que tu m’as fait confiance en tentant cette aventure parmi les premières, mais en plus parce que tu viens nous en parler là ! Tu viens témoigner à la fois de ta relation avec l’alimentation avant cet accompagnement, mais aussi du parcours que nous avons effectué ensemble. Je te remercie beaucoup beaucoup ! Est-ce que tu veux bien te présenter à nous ?
  • Tout à fait ! Je m’appelle Anne, j’ai 50 ans et je suis orthophoniste. Toi et moi, nous nous sommes d’abord rencontrées dans le cadre professionnel, dans un cadre de supervision de la pratique professionnelle. Si, finalement, j’ai tenté cette expérience, c’est parce que je te connaissais. C’est quelque chose qui, au départ, me faisait un peu peur et que je n’aurai jamais tenté avec quelqu’un que je ne connaissais pas. Toi, je t’accordais une confiance totale.
  • Ce qui est intéressant, dans ce que tu dis, déjà, c’est que cette confiance était là et ça me touche. Mais en plus, tu parles du fait que venir explorer cette relation avec l’alimentation, c’est quelque chose de tellement personnel et intime, qu’il y a vraiment besoin d’être dans une relation de confiance. C’est important que tu le soulignes. Il y a quelque chose qui tient de la proximité. Du coup, que l’on se connaisse fut un élément facilitant pour toi. Est-ce que tu veux bien partager avec nous, d’une manière chronologique peut-être, cette relation avec l’alimentation ? Qu’est-ce qui a fait que c’est devenu compliqué et que tu es arrivée jusqu’à moi ?
  • D’abord, je n’ai jamais été en surpoids. J’ai eu quelques kilos de trop, mais jamais de réels surpoids. En revanche, j’ai toujours reçu des réflexions, depuis l’âge de 15 ans, de la part de ma grand-mère maternelle : j’étais trop grosse, avec un petit ventre, etc. Comme nous passions nos vacances au bord de la mer, elle m’assénait aussi des réflexions comme : « Tu ne vas pas mettre un maillot de bain 2 pièces, il faut mettre un maillot de bain 1 pièce », etc. Finalement, je ne me suis jamais trouvée à mon goût. Quand je reprends les photos de ces années-là, ça me fait bien sourire maintenant car je me dis que j’étais pas mal ! Finalement, je pense que c’est quelque chose qui est familial. En discutant, il n’y a pas très longtemps, avec ma maman pour lui expliquer le travail que nous faisions ensemble, elle m’a avoué qu’elle avait eu les mêmes réflexions, étant plus jeune. C’est quelque chose qui a toujours été tabou. Ensuite, forcément, en avançant en âge, je me rêvais dans des tailles de vêtement qui n’étaient pas les miennes et donc, j’ai commencé à faire des régimes. Je n’ai pas le sentiment d’avoir fait des régimes drastiques. Par contre, je m’interdisais beaucoup d’aliments, culpabilisais en permanence, dès que je mangeais un éclair au chocolat ou un autre aliment interdit et tabou. J’avais en permanence un ange sur l’épaule gauche et un diable sur l’épaule droite… Mais ce diable était quand même un petit peu gentil, un peu séduisant, un peu plus fun que l’ange 😉 J’étais tout le temps tiraillée entre ce « bien » et ce « mal » et à un moment donné, c’est devenu trop envahissant. Dans mon pauvre cerveau, la partie « alimentation », savoir si j’avais le droit de manger ça ou ça, savoir ce que j’avais le droit de faire, ça occupait une place… phénoménale ! J’en suis arrivée, même chez moi, à me faire des repas différents des autres.

Le rôle de l’ange et du démon sur mes épaules

  • C’est-à-dire que tu avais mis en place tout un tas de règles, qui étaient dictées… je ne sais pas si c’était par l’ange ou par le démon, tiens, ou par autre chose ? Est-ce que tu aurais des exemples de phrases qu’ils pouvaient te raconter, l’un et l’autre, pour illustrer un peu ça ? Tu dis que le diable avait quand même un côté un peu séduisant. C’est plutôt lui qui te disait « allez, mange-le cet éclair au chocolat ! », c’est ça ?
  • Le diable, c’était « Allez, tu manges, de toute façon après tu trouveras une solution ! Tu iras faire un peu plus de sport, ou demain tu mangeras un petit peu moins. Tu verras, tout ira bien ! » Au contraire, l’ange disait « Mais non, si tu fais ça, tu n’es pas sur la bonne pente. Après ça va être compliqué ! » Sauf que moi, je suis quand même assez gourmande, donc c’était souvent le diable qui l’emportait. C’est pour ça qu’il était plus fun.
  • Il était très en lien avec la culpabilité, du coup, le diable. Tu mettais en place des stratégies, liées au sport. C’est de la course à pied et de la natation, que tu pratiques, n’est-ce pas ? Le diable te disait que tu courras un peu plus ou que tu nageras un peu plus… Il t’incitait à développer des stratégies. Du coup, tu en étais arrivée au point où une énorme partie de ton espace mental était occupée par ses règles-là. N’est-ce pas ?
  • C’est ça. Pour moi, l’alimentation, c’était une vision comptable. C’est-à-dire que ça donnait, par exemple « OK, j’ai mangé trop de choses « pas bonnes », donc maintenant il va falloir contrebalancer pour annuler ces choses « pas bonnes », que je n’aurai pas dû manger ». C’est vrai que, au niveau de l’espace mental, c’est une dépense d’énergie – qui pour le coup ne fait même pas maigrir 😉 – qui est complètement phénoménale. À un moment donné, je me suis dit que je ne pouvais pas continuer à vivre avec ça. Quand j’ai vu le programme que tu proposais, sur le coup, je me suis dit « oh non, je ne rentre pas dans les cases de ce programme ». Je n’avais pas nécessairement de surpoids – d’autant que je sortais d’un régime, j’avais un peu perdu et mon poids se stabilisait… Puis, finalement, en lisant le programme en détails, je me suis « ah ben… si. Je colle parfaitement à ce programme ». J’ai eu envie d’essayer, pour essayer quelque chose d’autre qu’un énième régime, quelque chose qui serait durable dans le temps. De plus, ça profiterait à mon alimentation, mais aussi à plein de choses, comme la confiance en soi par exemple.
  • Est-ce que tu te souviens de ce qui t’a fait te dire « ah ben si finalement c’est pour moi » ?
  • Ce qui m’a fait me dire ça, c’est que je me rendais bien compte que je ne pouvais pas rester dans ce système qui consistait à me mettre au « régime-légumes » tout le temps, parce qu’à un moment donné, ça ne durerait pas. Je savais que je ne pouvais pas rester dans un système qui me faisait préparer un plat pour mon mari et mes enfants et un autre pour moi. Je me suis dit : « il y a un moment où ça va déraper, où je vais envoyer tout promener… Et les kilos perdus, je vais en reprendre le double ! » Ce qui m’inquiétait aussi, c’est que j’ai 50 ans. Je me disais « olala, 50 ans, préménopause peut-être bientôt, après ce sera impossible de perdre 1 gramme… » Voilà, il s’agissait de croyances stupides, donc je me suis dit qu’il fallait que j’essaie quelque chose qui soit autre qu’un énième régime, qu’il fallait que je trouve un moyen d’avoir une relation saine avec la nourriture de façon durable.
  • Oui, en fait, tu te rendais compte, tu étais conscience de la place que ça prenait et du « brouhaha » que ça générait à l’intérieur de toi.
  • Oui, c’est ça, le terme de « brouhaha » est parfait.
  • L’espace mental était très occupé, très préoccupé. J’entends aussi la certitude, presque, que tu ne pouvais pas continuer comme ça, qu’à long terme ce n’était pas tenable de rester dans ce contrôle, dans cette vision comptable de l’alimentation. On imagine ce qui rentre, ce qui sort, la balance énergétique, etc. De tes mots, je retiens aussi cette obsession de la balance pour se peser.
Relation saine avec la nourriture

La météo émotionnelle de la balance

  • La balance, c’était horrible. Je pense que je ne l’ai jamais fait, mais à mon avis j’aurai pu me peser jusqu’à 10 fois par jour. C’était surtout concentré le matin. Ça ressemblait à : je me lève, je me pèse, je vais aux toilettes, je me repèse, on ne sait jamais, des fois que, je me pèse avant la douche, après la douche, je prends un petit-déjeuner et je me pèse après… C’était quand même l’enfer. Je pense que j’ai quand même pas mal masqué ça, car je l’ai avoué récemment à mes enfants et à mon mari et ils ne le soupçonnaient pas. En rentrant du travail, je me pesais avec les chaussures, sans les chaussures… Avec le recul, je me dis que c’est d’une stupidité !
  • D’un autre côté, tu sais, je ne sais pas quel terme tu emploierais, mais moi ça me laisse un sentiment de souffrance. J’y entends la souffrance dans laquelle ça te mettait. Pendant l’accompagnement, nous avions parlé d’une sorte de météo émotionnelle qui dépendait de ça.
  • Effectivement, si le chiffre était « sympa », je me disais « tien, je vais pouvoir manger un aliment entre guillemets interdit ». Alors que si le chiffre n’était pas « sympa », là c’était « là ma pauvre, régime-légumes, pas le choix ! » C’était vraiment un diktat.
  • Finalement, il y avait toutes ses règles, telles que les règles nutritionnelles, que tu avais peut-être entendues avec tes régimes ou à droite à gauche, comme nous le faisons toutes, mais il y avait aussi les règles de la balance. Du coup, tu n’avais plus aucun « baromètre interne » disons.
  • C’est ça. C’est comme si ma tête et mon corps étaient complètement désolidarisés et que j’avais une tête qui, au lieu de faire partie de moi, était posée à côté. Je visualise très bien le dessin, mentalement : une espèce de corps sans tête, et une tête posée à côté.
  • C’est fort, quand tu le dis comme ça et qu’on imagine le dessin ! Ça me fait penser, au cours du parcours que nous avons fait, à ce moment où tu avais dessiné l’ange et le démon. Tu es quelqu’un qui fonctionne beaucoup en images. Passer par le dessin est très puissant chez toi.
  • Sachant qu’en fait, je fonctionne beaucoup en images, mais pourtant, je dessine extrêmement mal. C’est très simpliste, mais j’ai pris plaisir à dessiner cet ange et ce démon… et finalement, j’ai arrêté de les dessiner au moment où ils se sont alliés pour former ce que j’ai appelé un « di-ange », au moment où j’ai réalisé qu’il y a moyen de s’entendre.

Les étapes de l’accompagnement pour une relation saine avec la nourriture

Se questionner, s’observer

  • On ne peut pas voir ton geste, mais on comprend bien dans ta gestuelle qu’ils se sont reliés, ensemble, pour ne former qu’un. Est-ce que tu veux bien partager avec nous ce processus, que tu as vécu pendant 6 mois, pour obtenir une relation saine avec la nourriture ? Quelles sont les grandes étapes qui t’ont amenée là où tu en es aujourd’hui ?
  • Au début, il s’agissait, dans toutes les « expériences » que je constatais en moi, de déterminer qui l’avait emporté : « Est-ce l’ange qui l’a emporté ce coup-là ou est-ce que c’est le diable qui a parlé » ? Je me suis beaucoup questionnée, aussi. Dans mon travail, j’ai des patients adorables qui m’abreuvent de chocolats en décembre, donc à la période où nous avons commencé ce travail. Finalement, ce fut une sacrée prise de conscience car il y a eu une fois où, à cause d’un désagrément dans le boulot, je me suis rué sur une boîte de chocolats. Puis, en discutant avec toi, j’ai pu me demander pourquoi j’avais fait ça et réaliser que si j’avais fait ça, c’était parce qu’il y avait eu ce souci-là, à ce moment-là. En prenant progressivement conscience de tout ça, j’ai pu me dire « Réfléchis à ce que tu fais, remets ta tête sur ton corps et les choses vont pouvoir commencer à avancer ». Ça s’est fait progressivement, de prendre l’habitude de me demander : « Es-tu sûre que c’est la bonne chose, ce que tu es en train de faire ? Réfléchis à ce que tu fais. » Passer systématiquement par la réflexion, ça peut paraître épuisant… mais finalement non. Moi, ça m’a beaucoup aidée à travailler en conscience. Ce qui est hallucinant, c’est de se dire que quelque chose d’aussi basique, toute seule, j’étais incapable de le faire. Il fallait que je sois accompagnée.
  • Quand tu dis « quelque chose d’aussi basique », c’est qu’avec le recul, tu peux réaliser combien c’est simple. C’est ça, n’est-ce pas ?
  • Oui, car, finalement, dans toutes les expériences de régimes que j’ai vécues, sans même avoir fait de régime draconien, j’ai toujours trouvé qu’il y avait des contraintes, à un moment ou à un autre. Forcément, quand il faut manger des courgettes bouillies au lieu d’une tablette de chocolat, ce n’est pas hyper fun… 😉 Alors que là, à aucun moment je n’y ai vu de contraintes et, en fait, ça m’a fait procéder à une sacrée réflexion sur moi-même. Réflexion, certes, au niveau de l’alimentation et de ce que c’est vraiment qu’une relation saine avec la nourriture, mais finalement il n’y a pas que ça. Moi ça m’a fait réfléchir sur beaucoup de choses.
  • Oui, c’est ce que tu disais juste avant : il y avait une question d’alimentation, ça c’était OK, mais c’est quelque chose de plus global qui s’est dessiné pour toi.
  • Oui, parce que moi, je n’ai pas tellement confiance en moi. Finalement, de faire tout ce travail, qui est parti de l’alimentation, ça m’a aussi aidée à avoir un petit peu plus confiance, même si tout n’est pas gagné. J’ai pu assoir un peu plus certaines positions et c’est bien ! Tout est parti de ce travail-là.

Se libérer des contraintes pour apaiser les compulsions

  • J’aimerais revenir sur ce que tu disais autour de l’espace mental qui a été, pendant un certain temps, très occupé à réfléchir. Tu disais que ça peut semblant « barbant », que ça peut prendre beaucoup de place… mais finalement, cette place était déjà prise, par ses préoccupations. Ce que moi je vois, dans ces moments où on met de la conscience dans ce que nous sommes en train de faire, où nous observons ce que nous sommes en train de faire, c’est que ça prend de la place et de l’énergie, mais dans un cercle vertueux, dans un cercle qui nous serre. Alors que le cercle d’avant nous desservait. Tu vois cela aussi comme ça ?
  • C’est ça. Effectivement, ces exercices mentaux nécessitaient une bonne dose d’énergie. Petit à petit, ça a balayé le reste. Si je devais prendre une représentation de mon pauvre cerveau, je dirais que l’aspect alimentation, avec toutes ses notions de contraintes et de brouhaha, occupait peut-être les 2 tiers de mes pensées. Avec le travail que nous avons réalisé, ces 2 tiers ont reculé, reculé… Je ne vais pas dire que, maintenant, c’est inexistant. Mais n’empêche que ça représente une partie totalement infime. C’est-à-dire qu’à un moment donné, j’ai eu un déclic en me disant : « Je vais essayer de manger comme les autres, je verrais bien ce qu’il va se passer. » Et j’ai vu que c’est quand même plus plaisant ! Progressivement, l’ange et le démon disparaissaient et, surtout, je n’avais plus de frustration, ce qui est un élément indispensable d’une relation saine avec la nourriture. Au déjeuner, c’était facile de ne pas manger comme les autres, car j’étais dans le rush du boulot, je n’avais pas forcément faim, etc. Mais le soir, c’est un moment convivial en famille, et j’étais avec ma soupe de potiron… Bon, j’aime bien ça, mais voilà, il y a des moments où le plaisir n’était pas là avec des légume seuls… Du coup, quand arrivait le repas-plaisir de la fin de semaine, car j’y tenais, et bien je me ruais sur ce repas, à m’en rendre… pas malade, mais en mangeant plus que de raison. Quand j’ai décidé d’essayer de manger comme les autres en écoutant ma faim, et en essayant, si j’ai décidé de manger des pâtes, de ne pas manger une assiette énorme si je n’ai pas faim, je me suis rendu compte que, sur le repas-plaisir de fin de semaine, je réduisais sacrément les quantités.
  • C’est intéressant ce que tu dis par rapport à ce repas-plaisir. Ce que tu expliques et qui est flagrant, pour le coup, c’est qu’en enlevant la frustration, tu réduis le fait de « lâcher » complètement au moment de ces repas-plaisir, jusqu’à être dans quelque chose de complètement irraisonné, avec le cerveau qui se débranche… C’est vraiment le phénomène de la privation, qui entraîne la compulsion. Du coup, en remettant de la permission dans tes semaines, en particulier dans les repas du soir qui, avant étaient pris avec la règle « pas de glucide le soir, mais des légumes, des légumes, des légumes » (même si tu adores les légumes), ça a une répercussion sur ce repas du week-end, du dimanche, en famille, pendant lequel il n’y a plus besoin de « lâcher les chiens ».
  • C’est ça !

La réunification de ma tête et de mon corps

  • Tu parlais de cette « tête à côté du corps », je reviens sur cette image. À quel moment tu as senti cette tête se réassembler sur le corps ?
  • Je crois que c’est au moment où je me suis dit que, pour atteindre une relation saine avec la nourriture, il fallait que je fonctionne comme les autres, car je commençais à savoir ce qu’il faut savoir pour manger comme les autres, sans pour autant avoir un poids qui s’envole. J’avais les outils pour, je savais ce qu’il faut faire, ou du moins je commençais à savoir, donc je me suis dit que, maintenant, j’allai essayer. Je verrais bien, et si ça ne fonctionne pas, et bien on chercherait une solution. Du coup, en écoutant ma faim, en me disant « je vais manger comme les autres », « si je n’ai pas faim, je ne mange pas, si j’ai faim, je mange » : je me suis rendu compte que ça fonctionnait !
  • Et que la balance, qui était encore très présente, tu nous raconteras après ce cheminement-là aussi, en fait, elle s’en fichait que tu manges des légumes ou des féculents.
  • Au début, quand j’ai commencé à manger comme les autres, j’avoue que la balance, c’était compliqué. Je me disais « olala, ça va déraper, ça va déraper ». Puis je me suis rendu compte que non, en fait, elle ne dérapait pas.
  • Sachant que, précision sur ton poids : il était stable depuis très longtemps.
  • Oui, depuis au moins 2 ans, mais avec des contraintes infernales. J’avais un poids que je trouvais bien, même si je souhaitais descendre en dessous de la dizaine la plus proche, ce qui était complètement irréaliste car je me serais retrouvée avec un poids que je n’avais pas eu depuis… quelque chose comme mes 14 ans. En faisant ce travail, je me suis rendu compte qu’au final, j’avais un poids qui était 1 kilo plus élevé que celui que j’avais au début de l’accompagnement. Il y a encore 6 mois, ça aurait été une affaire d’état. Je serais passé en mode privation… Mais là, finalement, j’ai réalisé que je me sens bien comme ça. J’ai compris que ce poids peut aussi fluctuer en fonction des cycles hormonaux ou autres, et que ce n’est pas parce que j’ai un kilo de plus que je ne vais plus rentrer dans la dernière jupe achetée et que tout le monde allait le voir, etc. J’ai fini par comprendre ça et ça me va plutôt bien !
Relation saine avec la nourriture

Là où j’en suis aujourd’hui dans mon travail pour une relation saine avec la nourriture

  • Comment tu dirais que tu te sens aujourd’hui, que ce soit avec ton poids, ton image corporelle, ces voix dans ta tête, qui ne sont plus là, de ce que tu disais, et la balance ?
  • Avec le poids, je vais dire que ça va, mais c’est vrai que si la balance, demain, me dit 2 kilos de moins, je serais contente quand même. Cependant, je ne fais plus qu’une pesée par semaine. Je ne monte plus sur la balance je ne sais pas combien de fois par jour : je le fais une fois par semaine et quand c’est fait, c’est fait. Pour ce qui est de l’image de moi, tu avais essayé, Anne, de me faire tenter l’expérience de me regarder dans le miroir, pour voir comment je me trouvais. Ce fut le plus difficile et je n’avais pas réussi à le faire, d’ailleurs. Maintenant, ça m’arrive quand même de temps en temps de le faire et de me dire « oh ba oui, là, aujourd’hui, c’est pas mal ». Je ne vais pas encore dire que c’est bien, mais c’est pas mal ! L’image de moi est donc mieux. Je prends conscience de la façon dont le regard des autres influe sur la façon dont je regarde ce que je suis. Maintenant, si on me dit, par exemple « regarde tes mains, elles sont comme ci comme ça », j’arrive à répondre que « n’importe quoi, moi je ne le vois pas comme ça ».  Je commence à prendre conscience de cela.
  • Oui, il s’agit d’avoir une image plus réaliste de ton corps et de ta silhouette, pour ne plus être cette petite fille adolescente stigmatisée par ta grand-mère, pour revenir sur ce que tu disais au début, qui ne devait surtout pas mettre de maillot 1 pièce car « mon Dieu mais tu ne peux pas montrer ce ventre ! » Les autres avaient beau te dire « mais si Anne, tu es une personne mince, tu es une femme mince », toi tu restais avec l’image que tu avais, ou en tout cas tu ne voyais pas comme une femme mince.
  • Je me voyais, entre guillemets, comme la « petite grosse de service », alors qu’en fait ce n’était pas le cas. Il faut dire aussi que j’ai aussi 2 sœurs, avec lesquelles je suis assez proche en âge, 15 mois et 2 ans et demi, et elles étaient toutes les 2 toutes menues. On me disait souvent que ce n’était pas moi qui n’étais pas dans la normalité, mais elles, car elles, elles étaient vraiment maigres.
  • Et oui, mais ça faisait quand même 2 points de comparaison… Je comprends. Où est la normalité, n’est-ce pas ? 😉

Mon mot de la fin : on ne termine jamais de travailler sur soi

  • Nous sommes bientôt à la fin de cet entretien ! C’est passé vite et je pense qu’il pourrait y avoir encore plein de choses à dire et d’anecdotes à raconter. Comment tu voudrais conclure ? Quel dernier message tu aimerais faire passer ? Ou comment tu aimerais résumer ce travail vers une relation saine avec la nourriture, que nous avons réalisé ensemble ?
  • Déjà, ce que je voudrais dire, à tous ceux qui peuvent écouter, c’est : franchement, ne vous lancez pas dans des régimes qui sont tous plus débiles les uns que les autres, qui vont vous pomper votre argent, dans certains cas, mais aussi votre énergie, dans tous les cas. Le plus important, c’est de faire un travail sur soi, qui, certes, même après 6 mois, n’est pas terminé, je ne sais pas s’il se terminera un jour d’ailleurs, ni même si j’ai envie qu’il se termine, mais qui, en attendant, m’a permis de trouver beaucoup de clés pour que mon alimentation soit vraiment un plaisir. Manger, à la base, c’est un plaisir. C’est du délire que l’alimentation soit un brouhaha perpétuel, ça n’a pas de sens.
  • Oui, c’est vrai que nous ne l’avons pas évoqué encore ici, mais cette notion de plaisir, c’est une notion sur laquelle tu as aussi beaucoup retravaillé. Tes contraintes enlevaient beaucoup de plaisir.
  • Tout à fait, alors qu’en fait on peut se faire plaisir en mangeant, sans se dire qu’on va prendre un poids pas possible. Ça paraît basique, mais en fait il suffit tout simplement de s’écouter, d’écouter sa faim, d’écouter ce dont on a envie. Quand on n’a pas faim, pourquoi on irait manger sous prétexte qu’on a dit qu’il faut se mettre à table à 19 h 30 ou 20 h et qu’on devait manger ? Mais non : on peut se mettre à table avec les autres et ne pas manger si on n’a pas faim. On n’est pas obligé de prendre un petit-déjeuner si on n’a pas envie de manger. Quand on entend dire que c’est le repas indispensable de la journée… j’ai envie de répondre que non. Il faut écouter ses sensations. Il n’y a que nous qui pouvons savoir ce dont nous avons besoin. Pas le voisin. C’est tout.
  • Et oui ! En fait, c’est du bon sens ! C’est valable dans les 2 sens d’ailleurs : si je n’ai pas faim, pourquoi je mangerai, mais aussi si j’ai faim, pourquoi je ne mangerai pas ou pourquoi je me limiterai à 60 g de pain ou de riz seulement… Pour conclure, tu disais que c’est un travail pour lequel tu sens que tu as beaucoup avancé. Il y a beaucoup de prises de conscience et de réduction de ce brouhaha à l’intérieur de toi et dans tes pensées autour de l’alimentation, mais c’est quelque chose qui va continuer… et tu dis même que tu es contente que ça continue, en fait.
  • Oui, car je pense que c’est mon histoire, que c’est comme ça. Je crois que j’ai besoin d’être tout le temps en questionnement. Finalement, ce genre de choses ne s’arrête jamais. Je dis ça maintenant, mais en fait j’ai peur que, si je me dis « ça y est, tout est résolu », ça me mette dans une incertitude. J’ai du mal à exprimer ça ! Je ne suis pas sûre de moi, donc j’aurai peur de prendre une assurance pas possible d’un seul coup et que ça me desserve. J’aurai peur de me retrouver à me dire « regarde tu as dérapé alors que tu étais sûre de toi ».
  • Comme s’il pouvait y avoir trop de confiance en toi, c’est ça ?
  • C’est ça, j’aurai peur d’un excès de confiance soudain, qui pourrait nuire à mon bien-être. Je pense que j’ai besoin de toujours sentir qu’il y a quelque chose qui n’est pas totalement résolu. Mais ce n’est pas pour autant que je ne me sens pas bien, au contraire même !
  • Je suis aussi dans ce perpétuel mouvement, dans de perpétuels apprentissages. J’ai vraiment la sensation que quand on commence à faire un travail sur soi, à réfléchir sur soi, à se poser des questions, etc., c’est infini ! Ça ne veut pas dire que la souffrance est là, ce n’est pas ça que ça veut dire. C’est plutôt comme si nous avions ouvert une porte, une boîte ou je ne sais quoi, et que c’est quelque chose qui continue.
  • C’est ça, c’est quelque chose qui va continuer, qui va continuer à progresser, qui va certainement entraîner des interconnections avec d’autres volets de ma vie, pas forcément liés à l’alimentation… C’est ça qui est intéressant. Nous sommes des humains, pas des « bouts de trucs ».
  • Oui, ça fait aborder la personne dans sa globalité. Je te remercie beaucoup Anne, pour ce témoignage, pour avoir pris ce temps, pour avoir fait tout ce cheminement avec moi. C’est quelque chose que nous avons réalisé ensemble, avec un accompagnement qui a continué de se construire tout au long de ses 6 mois et qui continue à évoluer.
  • Merci à toi Anne, pour ta bienveillance et pour m’avoir permis d’entrer sur le chemin de la confiance.

Merci encore à Anne d’être venue témoigner de son parcours vers une relation saine avec la nourriture, lors des 6 mois de l’accompagnement Indépendance Cannelle. Comme elle l’évoque à la fin de son témoignage : ce travail peut aller bien au-delà de l’unique question de l’alimentation, puisqu’il a touché sa personne dans sa globalité. N’hésitez pas à partager cet article s’il vous a plu, à nous laisser un commentaire, ou à échanger avec moi via mon formulaire de contact ou mon compte Instagram !

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