J’ai guéri de l’hyperphagie | Le témoignage d’Émilie

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Cannelle :

Dans ce nouvel article de mon podcast sur l’alimentation, « La pleine conscience du pouvoir », nous allons rencontrer Émilie. Âgée de 31 ans, elle souffre d’hyperphagie depuis à peu près 18 ans. Elle a fait son premier régime à 9 ans, prescrit par un médecin. Arrivée au collège, Émilie a subi du harcèlement, des humiliations, et s’est réfugiée dans la nourriture. Les premières compulsions ont commencé, c’était le début d’un cercle infernal dans le dégoût de soi et l’envie de disparaître. Après l’échec de la chirurgie bariatrique, grâce à des recherches personnelles, Émilie a compris que ce dont elle souffrait était bel et bien une maladie, un trouble du comportement alimentaire : l’hyperphagie compulsive. Dans ce témoignage, elle nous raconte le chemin de travail sur elle-même qui lui permet aujourd’hui de dire : « j’ai guéri de l’hyperphagie », de pouvoir s’accepter, se réconcilier avec la nourriture, vivre et ne plus manger ses émotions.

« J’ai suivi tous les régimes possibles et imaginables, tout ce qui existe. »

« J’ai subi du harcèlement, des humiliations, des insultes. J’essayais de me réfugier dans la nourriture, mais plus je mangeais, plus je grossissais et plus je subissais d’insultes, plus je mangeais quand même… C’était un cercle sans fin, ça ne s’arrête jamais ! »

« Je me suis dit : « il faut que je fasse quelque chose, je n’ai plus le choix, parce que je sinon, si je continue comme ça, je vais finir par mourir ou finir dans un fauteuil roulant et ne plus rien pouvoir faire et je ne veux pas ! » Du coup, je me suis tournée vers la chirurgie bariatrique. Sauf que, avec la sleeve, on opère l’estomac mais on n’opère pas le cerveau. »

« C’est là que je suis tombée sur le terme d’hyperphagie et là je me suis dit : je suis malade. »

« Je sais que l’hyperphagie m’a sauvée. »

« Maintenant je sais que, peu importe ce qu’il se passe dans ma vie, je n’ai pas besoin de manger pour ça. »

« Soyez en paix avec vous-même, vous êtes unique, vous êtes magnifique. Il faut croire en vous, en votre guérison. Le chemin est très long, mais si vous arrivez à aller jusqu’au bout de ce chemin, ce sera un très beau cadeau que vous pourrez vous faire. »

Un trouble remontant au collège

  • Bonjour Émilie ! Je suis ravie de t’accueillir dans ce nouvel épisode de mon podcast sur l’alimentation, « La pleine conscience du pouvoir ». Comment vas-tu ?
  • Bonjour Anne. Ça va bien, et toi ?
  • Ça va bien, je te remercie. Je vais commencer par expliquer la façon dont nous nous sommes connues : nous avons toutes les deux des comptes Instagram et le tiens, qui s’appelle « Hyperphagie et moi », si je ne me trompe pas, m’a permis d’entrer en contact avec toi et de découvrir qui tu es et ce que tu as vécu, dans ta relation avec l’alimentation, jusqu’à pouvoir dire « J’ai guéri de l’hyperphagie ». Est-ce que tu veux bien te présenter, maintenant ?
  • Je suis Émilie, j’ai 31 ans et je suis aide-soignante en soins palliatifs. J’ai un petit garçon de 3 ans, j’habite en Normandie. Je suis atteinte d’hyperphagie depuis très très longtemps, quasiment 18 ans, même si je ne savais pas pendant tout ce temps que c’était de l’hyperphagie.
  • Est-ce que tu veux bien partager avec nous ce parcours ? Peut-être dans l’ordre chronologique ? Comme tu le sens.
  • J’étais âgée d’à peu près 9 ans quand j’ai fait mon premier régime. J’étais un peu rondelette, par rapport à tous les autres enfants, du coup les médecins ont alarmé mes parents, en leur disant « olala attention à son poids, il faut qu’elle maigrisse ! » Donc mes parents ont suivi, nous avons fait les régimes des magazines… C’était vraiment super restrictif, pas de gras, etc. J’ai fait tous les régimes possibles et imaginables, sans graisse, sans sucre… Bref, tout ce qui existe.
  • Et tout ça à 9 ans !
  • Les premiers vers 9 ou 10 ans grand maximum oui. C’était très très jeune. Malheureusement, comme avec tous les régimes : on perd du poids puis on prend le double, donc ça ne m’a pas aidée du tout. Ensuite, je suis rentrée au collège. Étant donné que j’étais plus grosse que les autres, comme les enfants, entre eux, c’est un peu l’enfer… j’ai subi du harcèlement, des humiliations, des insultes, etc. C’était des insultes du genre « Cours pas ça va faire un séisme ! », « Attention, Poids-Lourd arrive ! »… C’était des choses vraiment pas super…
  • Même hyper violentes ! Je trouve qu’il y a beaucoup de violence dans ces propos.
  • Oui, c’était vraiment très très violent. Je n’avais pas beaucoup de copines et celles que j’avais essayaient de me défendre, mais ce n’est pas facile quand on a quasiment tout un collège contre soi… Ce n’était pas évident. De là, je me suis repliée sur moi-même. Je me suis réfugiée dans la nourriture, clairement. Ce fut le début des compulsions, avec tout ce que ça engendre de dégoût de soi. Je me détestais, je voulais disparaître. Je voulais qu’on arrête de me voir. J’essayais de me réfugier dans la nourriture, mais plus je mangeais, plus je grossissais et plus je subissais d’insultes… mais plus je mangeais quand même. C’était un cercle sans fin, ça ne s’arrête jamais.
  • Tout ça, c’était tout au long de la fin de ta primaire et durant tout le collège ? Peut-être même durant le lycée aussi ?

Un dégoût de soi et une relation compliquée avec la nourriture qui continuent au lycée

  • L’entrée au lycée, ça a été, pour moi, un renouveau, en fait. J’avais 16 ans, je pesais à peu près 130 kilos. Je m’étais dit « olala mon Dieu, ça va être horrible ». Je m’attendais déjà à subir tout un tas de choses ! Et finalement… pas du tout. Ça a été même l’inverse. J’ai eu plein d’amis, des gens qui me respectaient, qui ne se moquaient pas de mon poids, qui n’en avait presque rien à faire… Ils me prenaient pour Émilie, et pas pour un poids. C’est là que j’ai, pour la première fois, suivi une diététicienne, qui m’a fait perdre 30 kilos. C’était bien ! Sauf que, les diététiciennes de l’époque, et même certaine encore maintenant, malheureusement, donnent un programme alimentaire, avec des poids de légumes, de féculents, etc. à respecter dans son assiette… du coup, on reste dans le contrôle. Et quand, à un moment donné, on lâche un peu du leste, ça repart ! Donc j’ai repris du poids…
  • Ça ne venait pas travailler à la source du problème, en fait.
  • C’est ça. Ça m’a appris à faire des plats équilibrés, à manger de façon équilibrée, mais le problème de base restait là. J’avais toujours des compulsions alimentaires, je mangeais toujours en cachette… La source n’était pas du tout prise en compte, donc ça a marché quelque temps mais pas sur la durée.
  • J’entends que cette rentrée au lycée, ça a permis, au niveau social, de souffler, de trouver des personnes qui t’acceptaient, comme tu dis parce que tu étais toi, Émilie, qui acceptaient ta personne toute entière. Ça devait déjà être tellement plus confortable que ces années de collège ! Mais comment tu vivais ça, toi, les compulsions ? J’imagine que tu ne mettais pas ce mot-là là-dessus ? Comment tu vivais ce qu’il se passait avec la nourriture ?
  • Je ne sais pas bien comment expliquer. Je me détestais, d’un point de vue physique. Je ne pouvais pas me voir en photo. Je m’insultais, je ne me supportais pas, j’étais un monstre. Clairement, je n’avais aucun amour de moi-même, rien. La nourriture restait un refuge, dont j’avais besoin, c’était comme une drogue. La relation avec la nourriture était très compliquée, j’y pensais tout le temps. Quand il y avait quelque chose à manger, je ne pouvais pas m’empêcher de le manger, même si je n’avais plus faim. Il fallait que je mange. Mais en même temps, manger en public, c’était compliqué, à cause du regard des autres. C’est toujours pareil quand on est gros… Même quand on mange une glace au bord de la plage, même en pleine canicule, il y a toujours des regards, toujours des gens qui rigolent… Ce qui rend les choses compliquées.
  • La relation était compliquée, de par le regard que tu avais sur toi-même et de par le regard que les autres pouvaient avoir sur toi en train de manger ou sur toi d’une manière générale. C’est bien ça ?
  • C’est tout à fait ça. Le regard des autres est très dur, parfois.
  • Il y a eu ce parcours avec cette diététicienne, qui t’a permis de perdre pas mal de kilos. Mais il s’agissait de restrictions, donc ça ne travaillait pas la source du problème. Comment ça a évolué, après, du coup ?
j'ai guéri de l'hyperphagie

Les impacts de la sleeve et de la grossesse

  • J’ai fini par arrêter de voir cette diététicienne, parce que j’ai changé de ville. Je suis partie de chez mes parents à 18 ans, pour habiter dans un appartement pour suivre mes études. Du coup, j’ai arrêté de la suivre. Les compulsions étaient toujours là et j’ai décidé de laisser vivre. Je me disais que de toute façon, je ne pouvais rien y faire, que c’était comme ça, tant pis. Ce qui fait qu’à 25 ans, je pesais 160 kilos. Je ne me pesais quasiment plus, mais le jour où j’ai vu 160 s’afficher sur la balance, ça a été un choc pour moi. Je me suis dit : « Il faut que je fasse quelque chose, je n’ai plus le choix parce que si je continue comme ça, je vais finir par mourir ou être coincée dans un fauteuil roulant et ne plus rien pouvoir faire et je ne veux pas, je ne peux pas ». Je me suis tournée vers la chirurgie bariatrique. J’ai fait une sleeve en 2015 et j’ai perdu 60 kilos, grâce à la sleeve. J’étais très contente, sauf que… avec la sleeve, on opère l’estomac, mais on n’opère pas le cerveau. Il y a une phase, qu’on peut appeler « phase lune de miel », pendant à peu près 1 an, où tout va bien. On peut manger tout ce qu’on veut, on s’en fou, on perd du poids, il n’y a pas de problème. Mais les crises finissent par revenir et j’ai repris du poids. J’ai repris plus de 30 kilos. Ça a été très difficile à gérer. 2 ans après la sleeve, je suis tombée enceinte et j’ai eu mon fils. Là, j’ai eu une prise de conscience du fait que je suis malade, que les crises, ce n’est pas rien. J’ai fait pas mal de recherches et je suis tombée sur le terme d’hyperphagie. Là je me suis dit : « Je suis malade ». Ce ne sont pas juste des crises parce que je le veux bien, ce n’est pas ma volonté, ce n’est pas moi qui le veux… Je suis malade. Ça a changé ma vision des choses.
  • Ça veut dire que, finalement, au niveau médical, personne n’avait constaté cela ? Avant et après la sleeve, il y a des suivis médicaux et même psychologiques, si je ne me trompe pas… Mais personne n’avait mis le doigt sur le problème de comportement ?
  • Avec la chirurgie bariatrique, il y a un petit suivi avant, avec une psychiatre. Mais la psychiatre, on lui dit ce qu’on veut ! J’avais déjà toutes ces crises-là, mais je n’en ai pas parlé. Je voulais me faire opérer, donc je n’ai pas parlé de ce dont je souffrais. Quant au suivi après-opération, c’est pareil : c’est au bon vouloir du patient. Je suis retournée voir la diététicienne une fois, je crois, après l’opération. Comme tout allait bien, que je perdais du poids, je n’ai pas vu l’utilité de continuer. Du coup, je n’ai revu personne après ça. Le suivi médical, si le patient ne s’y astreint pas, il n’y a rien. Moi, je ne l’ai pas fait. J’ai peut-être eu tort, mais je ne l’ai pas fait.
  • Tu parlais aussi de cette « lune de miel ». Est-ce que ça veut dire que pendant cette année qui a suivi la sleeve, les compulsions avaient disparues ?
  • C’est ça. Je n’avais plus de compulsions. Je ne sais pas pour quelles raisons, mais je n’avais plus de compulsions. Mais ça n’a pas duré !
  • Je trouve que ton expression de « lune de miel » est vraiment très parlante. Tout d’un coup, il y avait une adéquation entre la façon dont tu te sentais et la façon dont tu perdais du poids. C’était comme un cercle vertueux ?
  • C’est tout à fait ça. C’était : « c’est très bien, je mange ce que je veux ! » En petite quantité évidemment, parce qu’au début, après l’opération, on mange très très peu, mais je pouvais manger du chocolat, des viennoiseries… Pour un peu, j’aurai pu me dire « j’ai guéri de l’hyperphagie ». Même si je ne mangeais pas équilibré sur ma journée, je perdais quand même du poids. Ce qui fait, finalement, qu’au fil du temps, on intègre l’idée que « de toute façon, quoi que je mange, je m’en fiche, je perds ». Mais au bout d’un moment, ça ne marche plus comme ça ! Malheureusement, ça ne marche pas comme ça et du coup les crises sont revenues, et beaucoup plus fortes. C’était pire qu’avant l’opération.
  • J’ai en tête l’image d’un boomerang !
  • C’est tout à fait ça ! On se reprend tout en pleine face et on recommence, en pire.

La prise de conscience que l’hyperphagie est une maladie et la rencontre avec la bonne diététicienne

  • Puis, il y a eu la naissance de ton fils. Ce n’était peut-être pas complètement en même temps, mais en tout cas il y a eu une prise de conscience, un moment où tu t’es dit « ce n’est pas normal, y a un truc, il faut que je creuse ». Qu’est-ce qu’il s’est passé, à ce moment-là ?
  • Je faisais pas mal de recherches, parce que je me disais que c’était bizarre. Je me disais : « Ce que je vis, ce que je ressens, ça se rapproche de la boulimie, mais je ne me fais pas vomir. Est-ce que moi je suis aussi malade ? Ou est-ce que c’est vraiment moi qui n’ai pas de volonté, comme on me le dit depuis tout le temps, que je grossis parce que je le veux bien… ? » Je me suis posé la question : est-ce que je suis réellement malade ? Pour répondre, j’ai fait des recherches. Ce fut compliqué, parce que l’hyperphagie, on n’en parle pas beaucoup, vraiment pas beaucoup. C’est aussi pour ça que j’ai créé ma page Instagram : je voulais qu’on en parle et que les gens qui le vivent se sentent moins seuls. On parle beaucoup de l’anorexie, on parle de la boulimie… Ce qui est très bien ! Il faut en parler ! Mais l’hyperphagie, c’est beaucoup moins connu. D’ailleurs, quand j’ai découvert ça, j’en ai parlé à mon médecin traitant… et la première chose qu’elle a faite, c’est me mettre sous anxiolytiques. Clairement, ça n’a rien fait. À part me faire prendre 5 kilos de plus en 3 semaines, ça n’a rien fait…
  • Ce que tu soulignes aussi là, c’est qu’il y a vraiment une méconnaissance de cette maladie. Tu poses ce mot-là, de pathologie, tout comme pour l’anorexie et la boulimie… Du coup, ça devrait pouvoir être diagnostiqué et expliqué par les médecins. Mais je suis d’accord avec toi : il y a comme un désert, un creux autour de ce sujet-là et qu’on a vite fait de dire aux personnes que « c’est du grignotage », que c’est du manque de volonté comme tu dis… Alors que non, il se passe autre chose, psychologiquement. Nous en étions aux anxiolytiques.
  • Oui, les anxiolytiques ne servent à rien, ou en tout cas moi ça ne m’a servi à rien. Ce n’est vraiment pas ce qu’il me fallait. À partir de là, j’ai pris les devants. J’ai recherché une diététicienne qui serait peut-être un peu plus calée sur les troubles du comportement alimentaires, qui pourrait m’aider et me correspondre un peu plus. Je suis tombée sur Mylène, qui est la diététicienne qui me suit maintenant depuis 2 ans. Elle m’a tellement aidée ! Lors de nos rendez-vous, nous parlons d’alimentation et de poids seulement les 5 dernières minutes, sur une demi-heure de rendez-vous. D’ailleurs elle me pèse vraiment à la fin. Tout le reste de l’entrevue, nous parlons de moi, de ce que je ressens, de ce que je vis, de comment je le vis, de mon passé… De tout ce que j’ai besoin d’évacuer. Elle a joué pour moi un rôle de psy, de coach. C’est vraiment une perle rare pour moi. Elle m’a conseillé de faire de l’hypnose, de la kinésiologie, c’est-à-dire de vraiment travailler sur moi, sur mon passé, sur tout ce qui m’a blessée, etc. On ne m’avait jamais suggéré ça avant et moi-même je n’y avais pas pensé. Je sentais que j’avais besoin de faire autre chose que juste des leçons de nutrition. J’avais besoin de quelque chose de plus… pas de plus violent, ce n’est pas le mot, mais en tout cas de vraiment faire autre chose, de faire un travail un peu plus profond. L’hypnose m’a vraiment beaucoup aidé, la kinésiologie que j’ai faite après aussi. Avec l’hypnose, on a rendu visite à la Émilie-ado, si je puis dire ça comme ça, pour que je puisse me pardonner, me consoler, vider tous les bagages que je portais depuis plus de 18 ans, que je vide toutes les émotions, les sentiments, la colère, etc. que j’avais gardé en moi.
  • C’est comme un travail de nettoyage ? C’est le mot qui me vient, quand tu parles de vider, de creuser. Sans pour autant être en train de tourner en rond à ressasser le passé. Tu parlais de quelque chose de plus « violent », moi ça m’évoque quelque chose de plus pointu, de plus précis, j’entends quelque chose qui vient nettoyer, qui vient prendre soin de l’émotionnel.
  • C’est ça. Il s’est passé telle chose dans ma vie, mais c’est passé, maintenant je veux avancer donc je clos ce chapitre. On va travailler dessus, pour que je n’ai plus toutes les émotions que j’avais encore, comme de la colère et de la tristesse. Il ne s’agit pas d’effacer, mais presque. On efface toutes les émotions qui restent et qui me gâchaient la vie. C’est un travail de nettoyage oui, tout à fait.

L’hyperphagie fut un moyen de défense

  • Aujourd’hui, tu relis bien ces blessures émotionnelles et le comportement alimentaire.
  • Oui, clairement. Je sais que ces crises d’hyperphagie, ça m’a permis de me sauver, en fait. Ça a été mon échappatoire. Ce n’était pas forcément la bonne solution, mais c’est la seule que moi j’avais à ce moment-là et ça m’a aidé. Ça a été mon moyen de défense. Clairement, elle m’a sauvé la vie. J’aurai pu faire pire. J’avais pensé à faire pire, mais je ne l’ai pas fait, heureusement. Clairement, je sais que l’hyperphagie m’a sauvée. Je ne sais pas ce que j’aurais pu faire si je n’avais pas eu ça. C’était mon moyen de me consoler, de me rassurer… Ce n’était pas forcément une bonne chose à faire, mais ce n’est pas grave.
  • Je trouve ça vraiment précieux ce que tu dis là, ce que tu expliques de la façon dont ça t’a sauvé la peau. C’était ce que tu avais trouvé pour pouvoir avancer.
  • C’est ça, c’est la seule échappatoire que j’ai trouvée pour me sentir encore vivante malgré tout ce que je vivais. Quand une crise se déclenchait, au moment où elle démarrait, j’avais ce sentiment d’envie irrépressible de manger, comme un alcoolique avec sa bouteille d’alcool, comme un drogué avec sa drogue… C’est la même chose. Quand on cède, quand on accède à ce sentiment de « ça y est, je vais mieux, je me sens apaisée… », ça permet de se sentir vivant. Après s’en suit la culpabilité et tout un tas de choses, mais ce court moment de « je vais mieux, ça va aller », ça m’a sauvée.
  • C’était pour pouvoir vivre ces moments-là, ces moments de soulagement, en fait, que ces crises arrivaient. Je reste avec la sensation de moments où tu prenais soin de toi. D’une manière qui n’était pas forcément celle que tu aurais voulu, puisque comme tu dis, après il y a la culpabilité et tout ce qui se passe pendant et après les crises. Mais dans ces moments-là, tu pouvais ressentir ce soulagement, où tu pouvais te sentir vivante, jusque dans le corps, j’ai l’impression.
  • Oui, ça fait vivre un certain apaisement, surtout quand on a dû attendre avant de pouvoir y accéder. J’arrive à ne plus avoir de crise depuis un petit moment, mais quand j’en avais, avant que je puisse céder à la pulsion, il pouvait y avoir de l’impatience. Je ne peux pas criser quand il y a quelqu’un dans la pièce, donc il y avait des moments d’impatience : « Quand est-ce que je vais me retrouver toute seule ? Quand est-ce que je vais pouvoir ? » C’est l’image du lion en cage, qui tourne en rond. On essaie de s’occuper, mais ça ne fonctionne pas… Puis vient ce moment où on peut criser, où on peut manger ce qu’on veut manger et tout de suite il y a ce sentiment d’apaisement. Après, derrière ça ne va plus du tout, mais c’était l’apaisement qui était recherché.
  • C’est cette grande tension que tu décris, qu’on peut mettre en parallèle, comme tu disais, avec l’alcool, avec n’importe quelle drogue finalement, cette tension, cette attente, l’impossibilité de répondre à ce besoin-là, à ce moment-là… jusqu’à ce soulagement, à la fois mental, émotionnel et physique. Du coup, ce qui est compliqué quand c’est ce soulagement qui aide à avancer, c’est d’imaginer qu’il puisse y avoir autre chose à la place, ou qu’on puisse ne plus en avoir besoin ou que ça puisse être autre chose qui nous apporte ça.
j'ai guéri de l'hyperphagie

L’apprentissage du fait que vivre ses émotions autrement est possible

  • Oui, ça, ça a été compliqué. Je fais de l’hypnose et de la kinésiologie pour effacer ces crises, pour qu’elles s’arrêtent… Mais en même temps, j’ai peur : « Mais si je n’ai plus ces crises-là, comment je vais faire ? » Si je suis énervée, si je suis en colère, si je suis triste, etc., d’habitude je réagis en compulsant. Maintenant que j’ai guéri de l’hyperphagie, qu’est-ce que je vais faire ? Cette question, ça a été un peu « au secours ». Je retire ma carapace, en quelques sortes, donc je me demande comment je vais faire. Je me retrouve mise à nue. Qu’est-ce qu’il va se passer ? Comment je vais réagir ? Mais finalement, on trouve d’autres choses. On laisse les émotions venir, on les vit et ce n’est pas plus mal en fait !
  • Et oui ! Raconte-nous alors du coup, comme c’est, sans ?
  • On a l’impression d’être… pas une autre personne, mais de revivre. Je suis en colère… et bien je suis en colère, je crie, j’exprime ma colère, tant pis. Je suis triste… et bien je laisse les larmes couler et je ne les retiens pas comme je pouvais faire avant. Je vis mes émotions, où j’essaie parce que parfois il y a des contextes qui font que nous n’avons pas trop le choix. Mais j’écoute beaucoup plus ce que je ressens qu’avant. Je laisse les choses s’exprimer, je dis aux gens, quand j’ai quelque chose à leur dire, qui me plaît ou qui ne me plaît pas. Je leur dis. Je ne reste pas avec tous mes sentiments en moi, parce que sinon ils peuvent me travailler pendant très longtemps. Je dis les choses, maintenant, et ça me fait beaucoup de bien, en fait !
  • Quand tu le dis comme ça, ça a l’air tellement naturel ! Tu sembles dans une grande confiance que c’est possible de le faire. J’entends aussi ce chemin que tu as parcouru entre les deux. Peux-tu nous en dire 2 mots, de comment tu es passée de cette impossibilité à vivre tes émotions, à être capable de nous expliquer tout naturellement que si tu es en colère, tu le dis – si c’est le moment de le dire, bien sûr – et que si tu es triste, tu pleures ? J’ai presque envie de demander : c’est quoi le secret ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
  • Entre ce moment où je gardais tout pour moi et maintenant où je vis les choses, il s’est passé 2 ans pendant lesquels j’ai énormément travaillé sur moi, sur l’aspect sentimental, mais aussi sur ma vision de moi-même. J’ai appris à aimer mon corps tel qu’il est, même s’il n’est absolument pas parfait selon les critères de magazines. Il est ce qu’il est, il me permet de vivre, il me permet de faire plein de choses, donc je l’aime tel qu’il est. J’ai appris à aimer la personne que je suis, à ne plus me dévaloriser, à ne plus m’insulter en me regardant dans le miroir. J’ai appris à accepter qui je suis, j’ai appris à accepter mes émotions, etc. C’est un travail très très long, ce n’est pas arrivé comme ça, en un claquement de doigts. Ça demande de vraiment de travailler sur soi. C’est important de prendre le temps de se dire « j’ai le droit de m’aimer comme je suis, même si ça ne plaît pas aux autres. J’ai le droit de ressentir ça, même si ça ne correspond pas à ce les autres ressentent. Moi c’est mon ressenti à moi et j’ai le droit de le ressentir. Je n’ai pas à me justifier d’être triste à un moment où d’autres ne le sont pas ». Il n’y a pas de grand secret à part travailler sur soi-même, apprendre à se connaître, à se faire confiance et à s’aimer.
  • J’entends, comme tu le dis, que ce n’est pas un travail qui se fait en un claquement de doigts. Ça a été un travail de longue haleine, de ténacité, cet apprentissage de t’aimer telle que tu es, dans toutes tes dimensions, émotionnelles, physiques, mentales… dans ta complétude, en fait. C’est un immense travail que tu as fait en 2 ans.

Le soutien est indispensable pour avancer

  • Oui, et j’ai failli baisser les bras. Je le dis clairement : plus d’une fois je me suis dit : « C’est trop dur, c’est trop compliqué, je n’y arrive pas. Je n’arrive pas à me voir jolie, à me trouver bien, à m’aimer… » Et moi j’ai la chance d’avoir ma diététicienne qui était derrière moi, qui me disait « ne lâche pas, continue, ça va venir ». Je pense qu’il faut arriver à avoir, soit un entourage familier, très proche, qui peut nous soutenir, soit un professionnel qui est là et qui nous montre qu’on vaut le coup, qu’on est unique et qu’il faut se battre pour ça. Il faut avoir un soutien en tout cas, car je pense que c’est vraiment très très compliqué de travailler sur soi tout seul. Je pense qu’il faut vraiment un soutien derrière.
  • C’est vraiment important ce que tu dis, que ce n’est pas un travail qui est linéaire. Ça peut être composé de creux, de bosses, même si ça avance. Si on regarde en arrière, on se rend compte que, vraiment, il y a eu du chemin de fait… mais il y a aussi des moments de découragements, des moments de creux. Et là, ce qui était super important, c’était qu’il y ai des personnes derrière toi, dont ta diététicienne, qui te soutiennent et qui croient en toi, qui te disent que « mais si, tu vas y arriver, tu vas voir, tu vas y arriver, ça vaut le coup ». C’est bien ça ?
  • C’est exactement ça. Ce n’est clairement pas linéaire, ce n’est clairement pas facile. C’est comme tout : on ne peut pas grimper les échelons d’une traite, il faut prendre le temps. Parfois on redescend un petit peu avant de remonter un peu plus haut et au final on arrive à atteindre le sommet. Une fois en haut, on se dit que c’est super chouette et que ça valait le coup de souffrir un peu plus par moments et de se battre. D’arriver jusqu’en haut, c’est génial !
  • J’aime bien cette image que tu prends, de gravir l’échelle ou la montagne. J’allai dire « on peut en chier », mais oui je vais le dire ! Ça peut être terrible, terriblement difficile, fatiguant… Il y a des moments où on se dit qu’on n’y arrivera jamais. Mais, une fois là-haut, la vue fait tout oublier ! Il y a quelque chose de tellement beau, une fois arrivé en haut… Je ne dis pas qu’avec un travail sur soi on arrive toujours vraiment en haut, mais il y a un avant et un après.
  • C’est tout à fait ça. Il faut grimper petit à petit, petit pas après petit pas. Il y a eu des moments où je me disais : « Ça fait 18 ans que j’ai des compulsions, ça fait 18 ans que je me déteste… Je ne vais pas y arriver maintenant, ce n’est pas maintenant, à 31 ans, que je vais me dire que je m’aime et je n’ai plus de compulsions ». Et pourtant si ! Ça fait environ 5 mois maintenant que je n’ai pas eu une seule compulsion, que je me trouve jolie, que j’aime qui je suis, que j’aime ma personnalité, etc. Ça fait très narcissique ce que je suis en train de dire, mais c’est vrai. J’apprécie qui je suis maintenant et je connais mes valeurs, je sais ce que je vaux. Maintenant on peut m’insulter dans la rue : tant pis ! Ils ne me connaissent pas, ils ne savent pas qui je suis. Je suis loin de n’être qu’un chiffre sur la balance, de n’être qu’une apparence. Ils pensent ce qu’ils veulent, moi je sais qui je suis et j’avance la tête haute. Ceux qui veulent rigoler, et bien qu’ils rigolent si ça leur fait plaisir. Tant pis, moi j’avance.
  • C’est important ce que tu dis, par rapport au narcissisme. Pour moi, ça n’a rien à voir avec ça. Ça a à voir avec l’estime que nous avons de nous-même. Ça peut être tellement mal perçu et mal vu, de dire « Je m’aime comme je suis, je prends soin de moi, je me mets en priorité, je suis importante à mes yeux, etc. » Ça peut être pris pour je ne sais pas quoi, mais c’est juste de l’estime de soi et c’est super important. C’est primordial à mes yeux, et c’est ça que tu soulignes là.
  • C’est tout à fait ça ! Nous devrions tous s’aimer tel que nous sommes, pouvoir vivre ce que nous avons de vivre et se fiche du regard des autres et de ce qu’ils peuvent penser, tant que nous, nous sommes heureux, bien dans nos baskets et que nous ne faisons pas de mal. Nous devrions tous pouvoir ressentir ça sans avoir à s’en cacher. C’est dommage, d’être dans une vie dans laquelle on se demande « mais qu’est-ce que vont penser les autres, olala… ! » C’est dommage !

Maintenant, je peux dire : « j’ai guéri de l’hyperphagie »

  • Du coup, Émilie, tu dirais que tu en es où, aujourd’hui ? Comment tu vois la suite ?
  • Aujourd’hui, je n’ai plus de crises. Je vis pour moi… enfin pour moi, j’ai quand même mon mari et mon fils ! Mais je passe un peu plus en priorité sur le reste. Quant à la suite, je ne sais pas trop. Ça ne fait quand même que 5 mois que je n’ai plus de crises, donc je sais que je ne suis pas à l’abri d’une rechute un jour. Mais maintenant, j’ai les ressources pour arriver à combattre ça. Je me dis qu’une rechute, ça arrive et que ce n’est pas dramatique. Ceci étant, il ne faut pas se laisser rembarquer dans un cercle vicieux où ça ne s’arrête pas. Si ça arrive une journée, tant pis, il ne faut pas se focaliser là-dessus, mais il ne faut pas laisser de nouveau de la place à la crise et à l’habitude. Je ne peux pas dire, dans 1 an, dans 2 ans, où j’en serais : je ne sais pas. Je sais que j’ai fait un chemin énorme vis-à-vis de mon passé et de ce que je pouvais ressentir là-dessus. C’est déjà énorme, c’est très bien. Après, j’essaie de gérer le reste différemment. J’apprends à gérer différemment.
  • Oui, ce que j’entends c’est que maintenant tu as des outils pour vivre ta vie et pour vivre les événements désagréables de ta vie autrement qu’en les mangeant.
  • C’est ça. Maintenant je sais que, peu importe ce qu’il se passe dans ma vie, je n’ai pas besoin de le manger. Ça ne me sert à rien, ça ne me sert plus à rien. Il y a d’autres manières d’exprimer ce que je ressens et ce que je vis. Après, ça peut arriver, finalement, de refaire une crise parce que là j’en ai envie… Ça reste des pulsions, on ne peut pas tout contrôler, mais j’ai tous les autres outils à côté qui peuvent m’aider pour que ça n’arrive pas souvent que je puisse m’en sortir définitivement.

Le message que j’aimerais livrer à ceux qui luttent contre un trouble du comportement alimentaire

  • Avant qu’on ne se quitte Émilie, comment voudrais-tu conclure cette conversation ? Quel message aimerais-tu transmettre à celles et ceux qui nous écoutent ?
  • J’aimerais dire, à toutes les personnes qui ont un trouble du comportement alimentaire, que ce soit hyperphagie, boulimie ou quel que soit le trouble, c’est : aimez-vous. Ce n’est pas de votre faute, vous n’êtes pas responsable, vous n’êtes pas coupable, vous ne contrôlez pas ce qui vous arrive. C’est une maladie, c’est complètement indépendant de votre volonté. Peu importe ce qu’on a pu vous dire avant : ce n’est pas un manque de volonté de votre part. Il faut vous pardonner d’avoir ce comportement. Soyez en paix avec vous-même, vous êtes unique, vous êtes magnifique. Il faut croire en vous, en votre guérison. Le chemin est très long, mais il n’est pas impossible et si vous arrivez jusqu’au bout de ce chemin, ce sera un très beau cadeau que vous pourrez vous faire. J’aimerais aussi rajouter que si vous cherchez un professionnel et que vous n’en trouvez pas, il existe la plateforme « Stop TCA ». J’en parle pas mal sur ma page Instagram. Je ne les ai pas moi-même consultés mais je sais qu’ils sont calés en troubles du comportement alimentaire et qu’ils aident énormément. Si vous hésitez, si vous ne trouvez pas dans votre coin, allez sur leur page : vous trouverez de l’aide et de l’écoute.
  • Oui ! Et puis il y a ta page aussi. Si tu veux nous rappeler le nom de ta page Instagram et ce que tu y partages ?
  • Elle s’appelle « Hyperphagie et moi », je l’ai créée il y a 2 ans maintenant, sur les conseils de ma diététicienne, encore elle ! J’y parle de mon vécu, de quand j’avais encore des crises, de comment j’ai guéri de l’hyperphagie, de ce que c’est qu’une crise, de comment je le vivais, de ce que j’ai pu mettre en place pour m’en sortir, etc. Il y a pas mal de choses. Je reçois aussi pas mal de messages, de demandes d’aide, etc. donc j’écoute aussi s’il y a besoin ! N’hésitez pas à venir me voir pour faire un point. 😉

Merci encore à Émilie pour ce témoignage inspirant. Si cet article a fait écho en vous, s’il vous permet de réaliser que vous aussi, vous avez le pouvoir de réussir à dire un jour « j’ai guéri de l’hyperphagie », ou d’un autre trouble du comportement alimentaire : n’hésitez pas à le partager autour de vous ! Émilie et moi-même sommes toujours heureuses de recevoir vos commentaires sur mon blog, via mon formulaire de contact ou sur nos comptes Instagram respectifs (celui d’Émilie ici et le mien là), que ce soit par rapport aux témoignages du podcast ou pour partager avec nous votre expérience pour se réconcilier avec la nourriture, manger en pleine conscience ou vaincre ses TCA.

3 réponses

  1. Merci beaucoup pour ce témoignage plein d’espoir et réaliste.
    Bravo pour cet énorme chemin! Je serai intéressée de savoir comment tu as réussi Émilie à accepter tes émotions et à mettre de la distance par rapport aux remarques des autres (pas les gens dans la rue ça tu nous m’expliques bien mais plutôt des remarques/réactions (pas forcément sur ton poids mais sur qui tu es) de gens proches qui peuvent te générer des émotions ? Anne nous parle souvent de pleine conscience mais toi as tu essayé autre chose ? Merci encore Anne et Émilie pour ce partage !
    Bonne journée
    Lily

    1. Merci Lily pour ce commentaire ! Je fais suivre la question à Emilie. N’hésitez pas également à la contacter via son compte Instagram @hyperphagie_et_moi

    2. Coucou ! Merci pour ton commentaire Lily !
      Pour la question des émotions, j’ai appris petit à petit a les laisser venir, et les laisser vivre ! S’empêcher d’exprimer sa tristesse par exemple n’est jamais bon. C’est un travail à faire, assez long mais au fur et à mesure on y arrive… C’est comme lâcher prise sur des petites choses du quotidien … Et il faut s’autoriser a ressentir les choses tel que tu les ressens. Tu as le droit qu’une remarque d’un proche te blesse. Et tubm as aussi le droit de lui dire !

      Quant aux diverses choses que j’ai fais, l’alimentation en pleine conscience est en cours … Mais sinon, diet, hypnose, kinesiologie, acupuncture, et en ce moment des soins d’équilibre énergétique …
      Voilà , si tu as d’autres questions n’hésite pas !

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