Poids et santé : et si on changeait de point de vue ?

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Indépendance
Cannelle :

Bienvenue dans ce nouvel article de mon podcast sur l’alimentation, « La pleine conscience du pouvoir ». Je vous propose de poursuivre une réflexion entamée dans un précédent article, autour des liens poids-santé vus par notre société. Précédemment, je vous avais parlé des déterminants du poids, de l’historique de l’IMC et de l’origine de notre envie de perdre du poids. Maintenant, nous allons aborder plus en détails la notion de poids santé. Souvent, le poids est présenté comme étant corrélé à la santé, et la perte de poids intentionnelle peut être prescrite dans l’idée d’améliorer celle-ci. Nous allons donc discuter ensemble des dangers d’une perte de poids rapide pour lemental et le physique, et des liens entre poids et santé.

Pourquoi je vous propose de réfléchir au lien poids-santé ?

Ma position de thérapeute

Tout comme je l’ai fait pour l’article 33 sur la perte de poids, j’ai envie de commencer par une parenthèse pour préciser ma position. Je ne suis pas médecin, nutritionniste, diététicienne ni spécialiste de la physiologie. Je vous parle avec ma posture de psychothérapeute accompagnant des personnes souffrant de leur relation avec leur alimentation. Je joins à cela toutes les informations que j’ai pu regrouper jusqu’à ce jour au travers de formations, discussions, articles, livres, etc. Je ne détiens pas la vérité, loin de là… D’autant que la « vérité » sur la santé et la science est souvent remise en question. Je vous prie d’avance de ne pas me tenir rigueur de possibles incertitudes ou inexactitudes. Je partage ces informations dans cet article de la même façon que je les partage avec les personnes que je suis dans mon accompagnement Indépendance Cannelle. Mon but est de vous aider à avancer dans la pacification de votre relation avec l’alimentation, à adopter un regard différent, à prendre de la distance avec tout cela.

Les impacts du contrôle de son poids

Rentrons maintenant dans le vif du sujet avec une première question : pourquoi est-il dangereux de chercher à contrôler son poids ? Nous en avions déjà parlé dans l’article sur les dangers des régimes : l’une des raisons, c’est qu’ils ne fonctionnent pas à long terme. Je vous laisse découvrir ou redécouvrir cet article pour en savoir plus !

Ce que vivent de nombreuses personnes qui se lancent dans les régimes, c’est le phénomène du yoyo. Je pense que plusieurs d’entre vous le connaissent bien ! C’est le fait de perdre du poids, grâce à un régime, un plan alimentaire, un jeûne, une détox, etc., puis d’en reprendre… voire de vous retrouver avec un poids légèrement supérieur à votre poids de départ. De nouveau, vous vous mettez au régime, vous perdez du poids, si bien que vous finissez par arrêter ce régime. Là, vous reprenez du poids, une nouvelle fois. Ces yoyos peuvent, entre autres, impliquer une élévation du poids au fur et à mesure du temps : vous perdez, vous reprenez un peu plus qu’au départ, vous reperdez, mais pas forcément tous les kilos, puis vous remontez de nouveau un peu au-dessus de votre précédent poids, etc. Il a été démontré que ces yoyos sont plus néfastes pour la santé physiologique qu’un poids stable, même si ce dernier est au-dessus de la normale. Ils dégradent le métabolisme et la physiologie naturelle du corps. Ainsi, de nombreuses personnes assimilent à tort les régimes à la notion de poids-santé.

De plus, une perte de poids rapide, telle que celle engendrée par une chirurgie bariatrique ou un régime drastique, est délétère pour la santé physique. Elle engendre une libération fulgurante dans l’organisme des polluants stockés par les cellules graisseuses. Le corps est bien fait : les cellules graisseuses ont, entre autres, comme utilité de retenir les polluants. Or, s’ils sont libérés d’une manière très forte, cela augmentera rapidement leur présence dans le sang, entraînant des répercussions sur la santé physique. Encore une fois : un poids stable, quel qu’il soit, est garant d’une meilleure santé que des variations de poids !

Quels sont les dangers d’une perte de poids rapide pour la santé mentale ?

Les régimes sont une porte d’entrée vers les TCA

Parlons maintenant des dangers de la perte de poids, surtout rapide, pour la santé mentale. Nous avons déjà vu ensemble que les régimes peuvent être une porte d’entrée vers les TCA (troubles du comportement alimentaire) ou, plus largement, vers une alimentation troublée. Ces derniers, pour moi, font partie d’un spectre, à la façon du spectre des troubles autistiques. Pour l’alimentation, le spectre, selon moi, commence avec des préoccupations par rapport à ce que l’on met dans son assiette. De simples pensées peuvent commencer à nous faire sortir de l’alimentation intuitive et naturelle, car nous commençons alors à mentaliser notre façon de nous nourrir. Ensuite, cela peut devenir de plus en plus obsédant et occuper un espace mental de plus en plus grand. In fine, cela peut mener jusqu’à un trouble du comportement alimentaire diagnostiqué par un professionnel de santé, conformément à la liste des caractéristiques décrites dans le DSM 5, le manuel des troubles psychiatriques. Mais, sans en arriver jusque-là, de nombreuses personnes souffrent d’une alimentation troublée ou d’un espace mental considérablement occupé par cela, peut-être sans se rendre compte que ce n’est pas normal. Ces inquiétudes relatives aux notions de poids et santé représentent le principal danger des régimes pour le bien-être mental.

C’est néfaste pour l’estime de soi

Par ailleurs, une perte de poids rapide peut être très préjudiciable pour votre estime de vous. En allant d’échec en échec, en constatant que vous n’arrivez pas à tenir un régime sur le long terme, vous finirez sans doute par conclure que vous n’avez pas de volonté, que vous êtes nul, etc. À force, votre estime de vous s’usera, voire s’effondrera.

De plus, la restriction conduit aux compulsions. Plus vous vous interdirez de manger un aliment ou une catégorie d’aliments, plus ça deviendra obsessionnel. Cela fonctionne de la même façon qu’un petit-enfant auquel un adulte a interdit de toucher à une prise de courant ou d’ouvrir un tiroir dangereux. Il aura comme seule idée en tête d’aller regarder ! Plus vous aurez d’interdits et plus vous aurez envie de les manger. Nous sommes humains et c’est ainsi que nous fonctionnons ! Les compulsions sont le résultat des privations, à la fois au niveau physiologique (à cause de la sous-nutrition) et au niveau psychologique. La frustration engendrée par la restriction sera de plus en plus difficile à tenir, et vous finirez par vous jeter sur les aliments interdits et entrer dans des raisonnements de type “foutu pour foutu…”. Là encore, l’impact sur votre estime de vous peut être conséquent, notamment à cause de culpabilité qui accompagne souvent les compulsions et ce type de pensées.

Pour finir sur l’impact sur la santé mentale d’une perte intentionnelle de poids, je me dois de parler de la restriction cognitive. Cela correspond à toutes les pensées que vous avez à propos des régimes et de l’alimentation au sens large. Ça englobe tout ce qui mentalise votre alimentation avec notion de restriction… or, de nombreuses idées reçues de ce type existent dans notre société autour du lien entre poids et santé !

D’éventuels troubles de l’identité peuvent apparaître

De manière plus insidieuse, une perte de rapide peut avoir des conséquences dangereuses sur l’image que vous avez de vous-même. Ainsi, par exemple, les personnes ayant subi une chirurgie bariatrique peuvent avoir du mal à se reconnaître dans la glace, à cause de la rapidité avec laquelle elles ont minci. Leur mental a souvent du mal à suivre. Elles peuvent éprouver des difficultés à reconnaître leur image corporelle, telle qu’elles la voient dans la glace ou en photos, car celle-ci aura changé trop rapidement. J’ai pu expérimenter cela moi-même : je continuais à voir mon corps gros après avoir perdu du poids. Il m’est arrivé de ne pas réussir à voir que j’avais minci. Cela peut être délétère à plusieurs niveaux et, là encore, mener aux troubles du comportement alimentaire. Une image déformée de vous-même vous fera adopter des comportements alimentaires qui n’iront pas dans un sens bénéfique pour votre santé psychique et physique.

Cette problématique engendre également des conséquences sur la notion d’identité. Quelqu’un ayant longtemps eu une identité de personne grosse n’arrivera pas, ou difficilement, à adapter son identité à la nouvelle forme de son corps, si celui-ci change trop vite.

poids santé

Un surpoids est-il forcément un signe de mauvaise santé ?

La minceur n’est pas forcément synonyme de bonne santé

Après les dangers des régimes et de la perte de poids, surtout rapide, venons-en plus concrètement au sujet délicat du lien entre poids et santé. C’est un sujet discutable et discuté… mais je tiens à l’aborder avec vous.

Notre poids, en fait, n’est pas forcément le reflet de notre état de santé. Une personne mince n’est pas obligatoirement en bonne santé. De même, de nombreuses personnes en surpoids sont en très bonne santé. Une personne grosse ne souffre pas forcément d’une alimentation troublée. À l’inverse, une personne mince, voire très mince n’est pas forcément aux prises avec un trouble du comportement alimentaire. Gros n’est pas synonyme d’alimentation dysfonctionnelle, ni de sédentarité. Je suppose que vous le connaissez, ce cliché de la personne grosse qui mange n’importe quoi toute la journée, qui s’empiffre de gâteaux industriels… Pourtant, ce n’est pas forcément le cas ! De même, il est possible d’être gros et actif. Nous avions évoqué cela dans l’article avec Camille, autour du mouvement intuitif. Certaines personnes en surpoids sont très actives, et même beaucoup plus actives que certaines personnes minces. Par conséquent, elles peuvent avoir bien meilleure santé qu’elles !

La santé est loin de ne dépendre que du poids

Contrairement à la vision que nous en avons, il existe d’autres causes au surpoids et à l’obésité que l’alimentation. Les déterminants du poids sont bien plus nombreux que les seuls « manger et bouger ». Il en est de même pour la santé ! Ces composants sont très variés, plus encore que ceux du poids. Détacher les notions de poids et santé peut être une très bonne idée pour permettre aux personnes grosses d’être mieux soignées. Cela est important à considérer et je tenais à vous parler de la grossophobie médicale. Je n’y ai jamais été moi-même confrontée (quoique… il faudrait que je fouille dans mes souvenirs), mais j’ai entendu et lu de nombreux témoignages dessus. Elle se définit par toutes ces situations où un professionnel de santé dit à une personne grosse qu’il faudrait qu’elle commence par maigrir. Ce faisant, le professionnel ne creuse pas le problème que son patient lui présente. Quels que soient les symptômes dont elle souffre, la personne grosse se verra répondre qu’elle doit perdre du poids, car c’est lui la cause. L’accès aux soins peut alors être retardé, puisque ces personnes devront revenir, le problème n’ayant pas été traité. Et encore, à supposer qu’elles aient le courage de revenir ! Certaines ne l’osent pas, car elles savent que le sujet de leur poids sera de nouveau abordé, peut-être même avant le reste. Les symptômes peuvent alors se développer de plus en plus, jusqu’à ce que sa gravité amène enfin un professionnel se préoccupe suffisamment du motif de consultation.

J’ai également appris, il y a peu, que les personnes grosses développent plus facilement de l’hypocondrie que les autres. À force de s’entendre répéter que leur poids engendrera des problèmes de santé, le moindre petit symptôme les alerte. S’il nous est martelé à longueur de temps que le surpoids favorise les troubles cardio-vasculaires, les AVC, une mortalité plus précoce, l’hypertension, etc., alors la possibilité de devenir hypocondriaque devient assez logique. Ainsi, l’importance de certains symptômes peut ne pas provenir du lien réel entre poids et santé, mais du stress provoqué par le culte de la minceur.

Enfin, je ne développerai pas cela dans cet article-ci, mais il me semble intéressant de se demander ce qu’est la bonne santé. Qu’est-ce qu’être en bonne santé ? Par ailleurs, est-ce une vertu ? Nous avons tendance à élever la bonne santé à une nécessité, or je pense que chacun devrait avoir le choix de décider de cela. Mais c’est un autre débat ! 😉

Le lien entre poids et santé n’est pas si simple

Encore aujourd’hui, il y a un manque de données probantes sur l’effet causal d’un poids élevé sur la santé. Le discours ambiant sur le poids est culpabilisant pour les personnes grosses. L’idée étant qu’elles n’ont qu’à manger moins et bouger plus, elles peuvent très facilement penser que leur mauvaise santé est de leur seul fait. Cette logique place le poids comme le déterminant central de la santé. Effectivement, il existe une corrélation entre certains problèmes de santé et le poids. Mais, et la nuance est importante : ce n’est pas une causalité. Quelle est la différence ? Une corrélation est un lien statistique qui lie 2 faits par une dépendance nécessaire, sans que nous nous demandions quelle variable agit sur l’autre. Une causalité est un lien qui affirme qu’une variable agit sur une autre.

Quelles sont les causalités et corrélations entre poids & santé ?

Les problèmes de santé ne sont pas forcément liés au poids

Prenons l’exemple du tabac. Un fumeur peut avoir les dents jaunes et un cancer du poumon. Faut-il en conclure que les dents jaunes sont la cause du cancer du poumon, et vice-versa ? Non, bien sûr. Nous observons une causalité entre le fait de fumer et celui d’avoir les dents jaunes. C’est bien parce que vous fumez que vous êtes exposés au risque d’un cancer du poumon. En revanche, il n’y a pas de causalité entre le cancer du poumon et les dents jaunes. Ainsi, nous observons une corrélation entre certains problèmes de santé et le surpoids. Pour autant, pouvons-nous dire que le surpoids en est la cause ? Il y a, finalement, peu d’études portant sur les causalités, c’est-à-dire ce qui explique la corrélation. Ces problèmes de santé peuvent aussi être induits par :

  • les répercussions sur les personnes grosses de la stigmatisation de leur surpoids ;
  • les nombreux régimes et l’impact de l’effet yoyo sur le métabolisme ;
  • l’état de leur santé mentale et le stress,
  • les difficultés à faire du sport par manque d’adaptation de l’offre à leur morphologie ;
  • les déterminants sociaux de la santé, etc.

Les bonnes habitudes de vie sont capitales pour la santé

Ainsi, aujourd’hui, il n’y a pas suffisamment d’études de santé pour dire que la cause de ces problèmes de santé est le surpoids. Cependant, nous voyons bien une corrélation poids-santé. Une étude intéressante a été faite sur la mortalité des personnes obèses ou en surpoids. 4 habitudes de santé furent observées chez différents groupes de personnes, classées selon leur IMC. Ces 4 habitudes sont :

  • être non-fumeur ;
  • manger 5 portions de fruits et légumes par jour ;
  • pratiquer une activité physique 12 fois par mois ;
  • avoir une consommation d’alcool faible à modérée.

Les résultats ne montraient aucune différence entre les différentes catégories d’IMC. Il n’y avait pas plus de mortalité chez les personnes obèses ou en surpoids, à partir du moment où elles avaient adopté ces 4 habitudes de santé.

Une méta-analyse internationale de 2016 a démontré un taux de mortalité plus faible chez les personnes en surpoids. Le risque est augmenté de façon minime à partir d’un IMC de 32,5. Que pouvons-nous conclure de cela ? Cela nous apprend que ce sont bien nos comportements, et non notre poids, qui ont un impact sur notre santé.

Avec cet article poids & santé, le message principal que je souhaite vous transmettre est la déculpabilisation. Quel que soit votre poids, vous pouvez travailler à être en bonne santé ! Vous sentir coupable induit un stress qui vous fait entrer dans une spirale infernale qui n’améliore en rien votre état de santé. Si notre société était moins grossophobe qu’elle ne l’est à l’heure actuelle, les personnes grosses seraient mieux prises en charge et elles ne retarderaient pas le moment d’aller voir un professionnel de santé. Par ailleurs, n’oublions jamais l’incidence sur la santé mentale et sur le bien-être de la grossophobie et des régimes. Je suis preneuse de vos avis et expérience sur ce sujet ! Vous est-il arrivé qu’un lien de causalité soit fait par un professionnel entre votre poids et vos problèmes de santé ? Pensez-vous que la santé soit une vertu ? Quel lien faites-vous entre poids et santé ? Je suis à votre écoute sur mon compte Instagram ou via mon site Internet pour échanger sur ces sujets ou autour de mon accompagnement Indépendance Cannelle.

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