Sport et alimentation | Le témoignage de Mathilde

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Bienvenue dans ce nouvel article de mon podcast sur l’alimentation, « La pleine conscience du pouvoir ». Aujourd’hui, vous allez entendre le témoignage de Mathilde, qui mêle sport et alimentation. À 26 ans aujourd’hui, Mathilde est devenue coach de vie et accompagne les femmes à sortir du réflexe de faire d’abord plaisir aux autres et de la comparaison permanente lorsque cette dernière leur pourrit la vie. Mathilde a toujours eu un rapport compliqué avec son image corporelle. Depuis l’enfance, elle se sentait différente, hors norme. La comparaison, le regard des autres, les remarques, le fait d’être en dehors de la courbe, le chiffre sur la balance : tout ça a creusé le lit d’un mal-être vis-à-vis de son corps. Un changement de vie en 2012 a eu un impact sur son comportement alimentaire. Mathilde explique que la nourriture a alors commencé à venir combler des manques, devenant une nourriture-doudou, une nourriture-réconfort. A débuté ensuite une période de régimes et de yoyo, le cycle infernal que nous connaissons bien. Partie vivre un an à Berlin pour ses études, Mathilde est devenue végétarienne et a commencé à faire du sport. C’est la découverte de la musculation qui lui a permis de se reconnecter avec son corps, de commencer un chemin d’amour et d’estime d’elle-même et de se réconcilier avec la nourriture. Je vous laisse découvrir notre échange.

« J’ai l’impression d’avoir toujours eu un rapport compliqué avec l’alimentation. »

« Par rapport à mes copines, j’avais toujours la sensation d’être plus ronde, en fait. »

« Quand on est une jeune fille et qu’on est au collège, la comparaison est constamment là. »

« Je voulais combler le manque qu’il y avait, je voulais faire en sorte que tout le monde aille bien. »

« La nourriture-doudou, la nourriture-confort, ça a commencé à s’installer là. »

« C’est parti en vrille, on s’est perdu dans les chocolats et on ne s’en est jamais sorti ! »

« Il y avait tellement de liens, d’affects que je mettais dans la nourriture que toucher à ça, c’était impensable. »

« Quand j’ai découvert la musculation, ça a été le moyen de me reconnecter avec mon corps. J’ai commencé à apprendre à m’aimer avant de vouloir le changer. C’est ça, pour moi, la clé. »

« Le message que je veux faire passer, c’est celui que moi, j’aurais aimé entendre. C’est : « Ça va aller, tu vas aller bien. Te taper dessus, ça ne te servira pas, et là, tout de suite, tu fais comme tu peux. » »

Extraits du témoignage de Mathilde

Présentation de Mathilde et de notre rencontre autour de l’alimentation

  • Bonjour Mathilde ! Je suis ravie de t’accueillir aujourd’hui dans ce nouvel article de « La pleine conscience du pouvoir », mon podcast sur l’alimentation. Je suis ravie parce que ça fait des années que nous nous suivons sur Instagram. Nous nous sommes rencontrées via ce merveilleux réseau. Que de rencontres j’y ai fait, au fil des mois et des années ! Nous, nous sommes rentrées en contact il y a environ 3 ans. Au fil du temps, je t’ai suivie, tu m’as suivie, nous avons discuté de nos parcours, tant sportifs qu’alimentaires. Nous avons toutes les 2 vécu des évolutions sur ces sujets-là au fil de notre vie. Nous nous sommes rencontrées physiquement il y a quelques semaines et ce fut vraiment merveilleux ! Les relations à distance, c’est chouette, mais quand on peut se rencontrer en vrai, c’est encore mieux. 😉 Aujourd’hui, tu viens contribuer à mon podcast et je te remercie infiniment de prendre de ton temps pour partager avec nous ton expérience autour de l’alimentation. Avant d’entrer dans le vif du sujet, peux-tu te présenter à nous, Mathilde ?
  • Bien sûr ! Pour commencer : Anne, je te remercie et je te retourne tout ce que tu as dit ! C’est un vrai plaisir partagé pour moi d’être là et d’avoir pu te rencontrer en vrai. Je te rejoins totalement sur le fait qu’Instagram est un réseau merveilleux quand on en fait un bon usage. Quand on connecte vraiment avec les gens, on peut faire de supers rencontres et tu en fais partie. Petite présentation maintenant : je m’appelle Mathilde et je vais avoir 26 ans dans à peu près 1 mois. Quand tu m’as proposé de parler de mon rapport à l’alimentation, je me suis tout de suite dit : « Ouh… Bon. Gros sujet. » Avant même de rentrer dans ce thème-là, j’ai envie de dire que j’ai opéré une reconversion professionnelle et qu’actuellement, je suis coach de vie. J’accompagne des femmes qui sont plutôt introverties et people-pleaser, c’est-à-dire qu’elles ont tendance à toujours vouloir faire plaisir aux autres… ce qui est un comportement assez fréquemment valorisé. Je les aide notamment à s’affirmer dans leurs relations.
  • Je pense que ça parle à beaucoup d’entre nous ! Je peux me reconnaître il y a quelques années… et même encore parfois maintenant, dans ce « fais plaisir ».
  • D’ailleurs, j’y pense… En tant que poeple-pleaser repentie (mais qui l’est encore avec certaines personnes en particulier 😉) je pense que ce trait de caractère a un lien très fort avec le rapport que j’ai eu avec les thématiques corps, sport et alimentation. Voilà pour la petite présentation !
  • Tu as déjà commencé à nous mettre l’eau à la bouche… Je suis maintenant impatiente que tu partages avec nous l’histoire de ta relation avec l’alimentation et avec le sport. Les 2 sujets sont hyper importants et peuvent être très liés. Par où as-tu envie de commencer ?
  • L’ordre chronologique me convient bien, parce que j’ai un esprit structuré. Quand je réfléchis à mon enfance, j’ai l’impression d’avoir toujours eu un rapport compliqué avec mon alimentation. Plus globalement, le rapport au corps, au sport, etc., ça a toujours été tout feu tout flamme. Dans mon enfance, bizarrement, je n’ai pas tant de souvenirs que ça. Je me souviens juste de petites réflexions qui faisaient que je savais que j’étais « bonne vivante », que j’étais une enfant un peu rondelette, que j’avais de bonnes joues. Ce dont je me souviens, ce sont des souvenirs d’écoles. En primaire, le rapport aux autres s’est très vite fait ressentir. La comparaison était toujours présente. Par rapport à mes copines, j’avais toujours la sensation d’être plus ronde. Avec le recul, je me rends compte que c’était en partie vrai… mais pas tant que ça. Mais, dès très jeune, j’ai toujours eu cette sensation, cette impression. Peut-être était-ce une image qui m’était renvoyée entre autres par des choses auxquelles je n’ai pas accès consciemment on va dire. Mais quoiqu’il en soit, j’ai toujours eu cette sensation d’être « plus » que les autres, au niveau du corps. Ça se ressentait parfois au travers de moments tout bêtes, comme des jeux physiques. J’étais moins à l’aise… Je ne saurais pas décrire cela précisément, mais j’ai ces souvenirs qui me reviennent parfois comme des flashs. Dans ces moments-là, il y avait tout de suite cette idée que je n’étais pas comme mes copines.

L’omniprésence, dès l’enfance, de la comparaison dans son rapport au corps

  • C’était donc quelque chose autour de la différence ?
  • Exactement. Quand je réfléchis à la période d’après, préadolescence et adolescence, donc collège et lycée, je remarque que ça s’est exacerbé. En plus d’être des périodes relativement compliquées dans le développement humain, quand on est une jeune fille et qu’on est au collège, la comparaison est constamment là. Que ce soit dans la façon de s’habiller, dans le corps de femme qui commence à se constituer… dans plein de domaines, en fait. Là aussi, je me souviens très clairement d’avoir eu en tête ces pensées : « je suis plus ronde », « je suis plus grosse que les autres », etc. et d’avoir eu du mal à m’habiller et à me trouver belle. Ça, c’était constamment là. Je me rends compte, avec le recul, qu’en fait, je n’avais pas de problème. J’ai toujours eu un IMC au-dessus de la moyenne, par contre. Je me souviens très bien de la courbe de poids chez le médecin, la fameuse courbe qui complexe… J’ai toujours eu un problème avec ça, parce qu’on est enfant, mais on comprend quand même. On comprend qu’on n’est pas dans le cadre, pas dans la norme, que quelque chose ne va pas. Je suis convaincue que ça, ce sont des choses qui sont intériorisées dès le plus jeune âge.
  • C’est très intéressant ce que tu dis là ! J’y ai déjà pensé en y étant confronté moi-même par rapport à mes enfants. Je n’avais, à l’époque, pas notion de l’impact que ça a, de stigmatiser ainsi, au travers notamment de cette courbe, avec le trait au milieu sur lequel il faudrait idéalement se situer. Sans compter les 2 lignes autour, qui indiquent qu’on est dans les normes mais qui impliquent quand même un léger « pas assez ceci » ou « un peu trop cela ». Surtout avec le poids ! La taille, les médecins regardent moins. Mais le poids, le poids, le poids… et l’IMC également, c’est très surveillé.
  • Et oui… J’ai souvenir de moments où les médecins avertissaient gentiment mes parents, en leur disant de faire attention. Sport et alimentation sont vraiment des domaines pour lesquels on est très encadrés très tôt. J’ai commencé très jeune à avoir cette crainte d’aller chez le médecin et d’être pesée. C’était une corvée et à chaque fois, ça m’impactait énormément. Ça a duré jusque très récemment. Maintenant, j’ai un rapport totalement différent aux chiffres sur la balance, mais je pense que les dégâts qu’ils ont pu causer dans mon adolescence et le début de ma vie de jeune adulte viennent aussi de ce genre d’événements. Du coup, je dirais que sur la période collège-lycée, c’était assez fluctuant, mais très orienté sur l’autre. « Qu’est-ce que se disent les autres sur moi ? » Le regard des autres avait énormément d’impact à ce moment-là. En plus de ça, psychologiquement, étant justement people-pleaser, j’étais dans un état compliqué. La période du collègue, je me suis rendu compte que ce fut la période la plus difficile de ma vie, jusqu’à présent. C’est là que j’ai le plus souffert. Je n’ai pas été harcelée en soi, mais j’ai été manipulée, j’étais dans des relations toxiques, dans des schémas relationnels totalement dysfonctionnels, etc. À côté de ça, dans mon rapport à mon corps, je n’étais pas super à l’aise. En plus, à cette période-là, il y a un rapport au corps qui est en lien avec le début de la sexualité et qui est assez présent. Moi en tout cas, à mon époque, je l’ai pas mal ressenti. On voit son corps évoluer en tant que femme et on se rend compte que notre corps est une enveloppe qui attire le regard.
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Une vision troublée de son image corporelle à l’adolescence

  • Oui, c’est un objet de désir.
  • Exactement, c’est un objet de désir. J’ai très vite eu des formes et donc, je me rendais bien compte que le regard des garçons changeait… mais moi, j’avais toujours cette perception que je n’étais pas assez mince. J’étais « trop », c’était toujours ce « trop ». « Tu n’es pas comme les autres, tes copines sont plus minces que toi… ». Ce truc était toujours là, même quand il fallait faire les boutiques entre copines par exemple. C’était hyper gênant pour moi, je détestais ça. À l’époque, j’avais notamment une amie qui était l’archétype du canon de beauté, blonde aux yeux bleus, qui plaisait énormément, etc. Quand je devais aller en soirée avec elle, j’étais la meilleure amie un peu invisible, pas très sociale, et qui, en plus, ne rentrait pas dans une taille 34/36…
  • Alors que c’est presque une taille d’enfant !
  • Exactement ! Maintenant je m’en rends compte, mais à l’époque je complexais déjà. Je me souviens de moments avant qu’on sorte, où elle essayait de me passer des vêtements… mais ça ne m’allait pas ! Ce n’était juste pas ma taille, mais à ce moment-là, je voyais juste que je ne rentrais pas dans les vêtements.
  • Tu voyais que c’était toi qui n’étais pas normale, qui n’avait pas un corps normal.
  • Je me suis rendu compte que ça, ce sont des vécus qui m’ont pas mal poursuivie. Ça, c’était la période adolescente. Pour autant, à cette période-là, la problématique s’axait sur le rapport au corps, pas tellement sur des questions sport et alimentation. Je n’ai aucun souvenir de mon alimentation à cette époque-là. Je sais juste que mes parents me disaient souvent que j’aimais tout. Je me suis toujours dit « je mange de tout », j’aimais bien me resservir, j’avais un bon coup de fourchette, mais je n’avais pas de problématique. Je ne faisais pas attention, je n’ai pas souvenir que mes parents m’aient mise au régime. Et l’EPS, n’en parlons pas… Ce qu’on appelle « éducation physique et sportive », ce n’est pas ça qui m’a donné le goût du sport ! 😉 En résumé, durant cette période, la comparaison et le rapport aux autres étant très présents. Là où il y a vraiment eu un tournant, c’est en 2012, lorsque mes parents ont divorcé. J’avais 17/18 ans. J’habitais en région parisienne et j’ai déménagé avec ma mère et mon frère à Lyon. Total changement de vie, changement d’environnement, changement de schéma familial…

L’impact psychologique et alimentaire du divorce des parents

  • Avec le recul, je comprends que le divorce de mes parents a eu un impact sur moi. Mais, à l’époque, je faisais tout pour rester dans un « non ça va, ça va ». Je voulais combler le manque qu’il y avait, je voulais faire en sorte que tout le monde aille bien. Je voulais faire plaisir à tout le monde, que ça allait pour tout le monde, voire sauver tout le monde, etc. En somme, je voulais endosser un rôle qui n’était pas le mien et que personne ne m’avait demandé d’endosser d’ailleurs, mais que j’ai quand même pris. Je me souviens que j’ai commencé à avoir un rapport à l’alimentation totalement différent quand j’habitais à Lyon avec ma mère et mon frère. Il m’arrivait, par exemple, de me resservir à outrance, notamment quand j’étais seule chez moi. Je ne comprenais pas pourquoi je faisais ça… mais je le faisais. Je me faisais, entre autres, de grosses quantités de pâtes avec de la sauce Maggie©. Plus tard, je me suis rendu compte qu’il y a dedans des additifs qui font que ça devient addictif et que ça a joué, en plus du côté « réconfort »… Quoiqu’il en soit, je me souviens de m’être préparé des plâtrées de pâtes avec de la sauce Maggie© et d’en avoir mangé 3 assiettes dans le même repas. C’était comme si je voulais combler quelque chose.
  • C’est avec le recul que tu vois tout ça, je suppose ? Ce processus se mettait en place à ton insu.
  • Totalement. À l’époque, je ne le voyais pas du tout comme ça. Je me disais juste que j’avais plus faim que les autres. À ce moment-là, mon rapport au corps allait de pire en pire, car je me voyais prendre du poids. Je ne me pesais pas pour autant, je constatais seulement une prise de poids. Mais, encore une fois, c’est avec le recul que je m’en rendais compte, notamment avec les photos. Je pense que c’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à développer des comportements anormaux, si je puis dire, avec la nourriture. C’est à cette époque-là aussi que j’ai commencé à débuter des expériences dans mon rapport l’alimentation. Je précise que j’ai toujours connu ma mère dans les régimes. Elle a eu d’énormes prises et pertes de poids. Quand je suis née, elle était en surpoids. Après, elle a perdu énormément de poids grâce à Weightwatchers© en l’occurrence. J’ai toujours connu mon père en surpoids aussi. Lorsque nous avons déménagé à Lyon, c’était difficile. Quand elle rentrait le soir, elle était fatiguée. Nous ne cuisinions pas souvent, nous grignotions par-ci par-là, etc. C’est aussi pour ça que c’est à cette époque que j’ai commencé à grignoter et à ne pas tout le temps prendre des repas équilibrés. Se rajoutait le fait que le divorce de mes parents, je le sais avec le recul, a eu un impact fort, psychologiquement parlant.
  • Il y a différents comportements qui se sont installés à cette époque. Aujourd’hui, tu peux les relier à « l’encaissement » de ce divorce, pour lequel tu as pris le rôle de celui qui fédère, qui « éponge ». J’ai cette image qui me vient, d’une mousse qui absorbe tout.
  • C’est exactement ça ! Je trouve que le terme d’éponge est très pertinent, par rapport à la situation que j’ai vécue. Je me souviens que lorsque je rendais visite à mon père, là aussi je voulais qu’il aille bien. J’ai compensé toute l’énergie que je dirigeais vers l’extérieur en me réfugiant dans la nourriture, dans laquelle je trouvais un réconfort. La nourriture-doudou, la nourriture-confort, ça a commencé à s’installer là.
  • Et oui, parce que toi aussi, tu avais besoin qu’on prenne soin de toi, et c’est cette façon-là que tu as trouvée.
  • Exactement. Vers 2013-2014, quand j’avais 18/19 ans, j’ai commencé à parler de ça, de poids donc, avec ma mère. Elle faisait du yoyo et se rendait souvent à des réunions Weightwatchers©. Elle m’y avait emmenée, une fois, car je le lui avais demandé. Là, ce fut le début des régimes pour moi – au sens de régimes structurés, cadrés. Avec le recul, je n’en veux pas du tout à ma mère car elle-même était dans son propre carcan. Elle ne savait pas, je pense, comment gérer ça et elle était dans son propre problème. Elle voyait que je n’allais pas très bien, je lui en avais parlé et la solution fut naturellement : « viens avec moi, on va le faire ensemble ». Ça donnait presque un air de jeu à la situation, puisqu’on le faisait ensemble. Avec le divorce de mes parents, ma mère et moi avons énormément gagné en complicité. Nous sommes devenues fusionnelles, nous faisions tout ensemble.
  • C’était aussi un moyen de renforcer la relation, de vous souder.

La période des régimes et de l’alimentation émotionnelle

  • C’est ça, c’était un lien supplémentaire, au travers de ce sujet. Quand je réfléchis maintenant, je me dis que c’est quand même incroyable : j’étais complexée, je pesais 77 kilos… certes, j’avais 17/18 ans et j’étais en surpoids d’après les courbes de poids, mais franchement, ça allait. Ça allait ! J’ai commencé ce régime Weightwatchers©, j’ai dû perdre 5 kilos sur les 6 mois de régime… et je me souviens qu’arrivées à Pâque, nous avons vrillé. Nous n’en pouvions plus du système de points, de comptage. Nous nous sommes perdues dans les chocolats et nous n’en sommes jamais sorties. Aujourd’hui on en rit, mais on en rit, c’est devenu une blague entre nous. C’est là que j’ai pu mesurer les effets de la culture du régime. Un régime, c’est un ensemble de restrictions. Ça marche tant que tu te restreins. Mais quand tu l’arrêtes… c’est catastrophique. Le Pâques de cette année-là, je me suis vue prendre du poids, puis je me suis vue continuellement prendre du poids, de 2014 je dirais, à environ 2016. Pendant 2 ans, je me suis vraiment vue prendre du poids. Évidemment, il y a aussi eu du yoyo : « allez on s’y remet » et puis ça durait 2 semaines et j’arrêtais parce que je n’y arrivais plus. À côté de ça, le sport et moi c’était vraiment : on ne se connaît pas. « Qui êtes-vous ? Je ne sais pas et je ne suis pas du tout intéressée pour faire votre connaissance ! » 😉 Bref, inconnu au bataillon. Quand je suis arrivée à Lyon, je rentrais en classe de terminale. En 2015/21016, je suis rentrée à Paris pour mes études. Là, je suis partie vivre chez mon père et ma belle-mère. Là, c’était totalement différent. Il y a eu une phase difficile, car j’étais très attachée à ma maman, mais j’avais dû partir. Là, je suis retombée dans l’alimentation émotionnelle, parce que je me retrouvais chez mon papa, avec ma belle-mère, avec un nouveau cadre de vie, une nouvelle école, etc. Je me souviens juste que j’ai continué à me voir prendre du poids, sans essayer de faire quoi que ce soit pour arrêter ça. Ce n’était pas un sujet. Je mangeais, je mangeais, je mangeais. En résumé, toutes ces années-là, c’était vraiment : inexistence du sport et alimentation émotionnelle et troublée. Je me réconfortais là-dedans et c’était comme ça.
  • Tu faisais comme tu pouvais aussi, avec tout ça…
  • Exactement ! C’est pour ça qu’à l’heure actuelle, j’ai énormément de bienveillance avec moi-même. Ça fait partie de mon chemin de vie, j’ai fait comme j’ai pu, comme tu dis, avec les ressources que j’avais à ma disposition. À cette époque-là, chez mon père, c’était différent parce que ma belle-mère cuisinait énormément. Elle est marocaine et nous avions toujours des plats typiquement marocains… donc nous mangions bien. 😉 Nous mangions en quantité, là-dessus c’était totalement différent. Chez ma mère, à l’inverse, nous grignotions souvent, on préparait de petits trucs par-ci par-là…
  • C’était déstructuré en fait, alors que là, tu retrouvais une structure. C’est ça ?
  • C’est ça ! Je retrouvais une structure… mais très riche, par rapport à ce que je faisais comme activité. Je pense que là, il y a eu un basculement. J’ai vécu 1 an chez mon père, puis je suis partie à l’étranger toute seule. J’ai vécu à Berlin et pour moi, ce fut la libération. J’ai commencé ma transition vers le végétarisme, par le biais notamment d’Esther Taillifet. Je me souviens très bien de la dernière fois que j’ai mangé de la viande. C’était à mon anniversaire et j’ai juste voulu faire plaisir, encore une fois, à mon père qui m’avait préparé des côtelettes d’agneau. À ce moment-là, je savais d’avance que je ne voulais pas en manger, mais j’en ai mangé pour lui faire plaisir. Il y a énormément de choses que j’ai mangées pour faire plaisir. C’est même un schéma dans lequel je suis encore aujourd’hui. Quand je suis invitée, j’ai du mal à m’arrêter de manger, parce que je veux faire plaisir. Ça, c’est mon sujet du moment, parce que quand je suis invitée, je retombe dans cet ancien travers de ne pas réussir à dire non.
  • C’est le défi que tu travailles actuellement, d’accord. Du coup, je suis impatiente de savoir quand le sport arrive !
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L’arrivée du duo sport et alimentation saine

  • Justement, il est arrivé à Berlin ! Quand je vivais toute seule chez moi, j’ai vraiment ressenti l’envie de m’occuper de mon alimentation, du sport, etc. Juste avant de partir à Berlin, j’avais commencé à me renseigner un petit peu sur ces sujets. C’est aussi pour ça que je m’étais orientée vers le végétarisme. Au départ, c’était pour des considérations de santé uniquement. Après, la cause animale est également devenue importante, mais au départ c’était pour des raisons de santé. À ce moment-là donc, je me suis informée et j’ai commencé à cuisiner. Ça c’est quelque chose que je n’ai pas encore dit : moi, jusque-là, je ne savais pas cuisiner. Je savais préparer une omelette, et encore, un peu trop cuite. 😉 Mes parents ne m’ont pas vraiment appris ça. Je ne l’avais jamais fait de moi-même non plus, et encore moins en vivant avec ma belle-mère. Je n’ai jamais été très inspirée par ça et là, à Berlin, ce fut l’occasion de me retrouver seule dans une cuisine et d’apprendre. J’avais commencé à tester quelques petites choses chez mon père. J’allai courir un petit peu aussi, de temps en temps. Sport et alimentation commençait tout doucement à prendre un meilleur chemin chez moi, mais, je le faisais encore sans savoir pourquoi. Je le faisais juste parce que je comprenais que c’était ça qui me ferait perdre du poids. C’est à ce moment-là que le sujet de la perte de poids est arrivé dans ma vie, disons plus « officiellement » qu’avec Weightwatchers©. À Berlin, je me suis vraiment prise en main, j’étais pleine de volonté et j’ai commencé à me mettre vraiment au sport. Par contre, il y a eu un revirement de situation dans le sens où j’ai fait un déni par rapport à l’alimentation. Je l’ai totalement mise de côté. Je disais souvent : « je ne veux pas toucher à mon alimentation pour perdre du poids ». C’était trop émotionnel, il y avait tellement d’affects, de liens que je mettais dans la nourriture, que toucher à ça, c’était impensable.
  • C’était vraiment ton système de protection, comme tu le disais tout à l’heure.
  • Exactement. À l’occasion d’allers-retours à Lyon pour voir ma mère, nous prenions des photos avant/après avoir testé des programmes de sport tel que celui de Valérie Orsoni, mais ça ne changeait pas ! Je ne comprenais pas pourquoi je ne perdais pas de poids. C’est seulement au bout de… au moins 8 mois, que je me suis rendu compte que je n’allai pas avoir d’autres choix que de regarder aussi du côté de l’alimentation. Mais pendant très longtemps, c’était « non non, on n’y touche pas, non non non je ne ferais que du sport ». J’avais commencé à aimer le sport, mais je ne voulais pas toucher à la nourriture parce que, comme tu dis, c’était mon moyen de défense.
  • Oui, c’était le réconfort…
  • Et oui. Autant au début je n’étais pas du tout sport et j’avais commencé à regarder du côté de l’alimentation avec le végétarisme… Autant, à partir du moment où j’ai habité toute seule, j’étais 100 % sport et je ne voulais plus toucher à l’alimentation. J’ai pas mal fait d’allers-retours comme ça. J’ai suivi le programme de Valérie Orsoni, ce qui m’a permis d’apprendre à rééquilibrer mon alimentation. Mais, ce qu’il s’est passé, c’est que je mangeais très équilibré, il n’y avait pas de souci là-dessus… mais il y avait un problème avec les quantités. J’avais comme une sorte de phobie de restreindre les quantités. J’ai toujours eu ça. Dès que je voyais une petite assiette, ça me déprimait d’avance. Il y avait vraiment quelque chose qui clochait au niveau des quantités…
  • « Touche pas à mon assiette ! » quelque part… 😉 Nous n’avons pas le temps de développer ça là, mais ce serait intéressant de creuser le lien avec le comptage de points, qui a peut-être engendré une période pendant laquelle tu avais constamment faim sans t’en rendre complètement compte. Le non-respect de tes sensations a peut-être, entre autres, déréglé tout ça.
  • Oui oui ! À ce moment-là, j’étais totalement déréglée ! Je mangeais des porridges, des bowls-cakes, etc. ce qui est considéré comme sain par la communauté « healthy »… Mais si tu en manges 4 par jour, rien qu’avec ça tu manges déjà plus que ce dont ton corps a besoin. Mais je n’avais aucune idée de ce dont il avait besoin. J’avais totalement désaligné ma tête et mon corps. Je n’étais plus dans mon corps.

Corps, émotions, sport et alimentation : là où j’en suis aujourd’hui

  • Qu’est-ce qu’il s’est passé après, au fil de cette relation au sport et au corps ?
  • J’ai vu que j’étais capable de perdre du poids… mais que j’en reprenais aussi. Après être partie de Berlin, j’avais atteint un poids qui m’allait plutôt bien, mais je voulais continuer à perdre. Je suis retournée chez mon père, j’ai commencé à bosser et je suis retombée dans l’alimentation émotionnelle. J’avais un rythme de fou furieux : j’étais en stage, je mettais une heure et demie pour m’y rendre, une heure et demie pour rentrer… Pour compenser cette charge mentale conséquente, je me réfugiais encore dans la nourriture quand ça n’allait pas. Pourtant, je faisais du sport. J’avais commencé des programmes de sport et débuté la musculation. C’est là que ma vie a vraiment changé, c’est quand j’ai découvert la musculation. Avant, je faisais du cardio, du HIIT, des vidéos de fitness sur Youtube, etc. Mais la découverte de la musculation, ce fut pour moi le moyen de me reconnecter avec mon corps. Avec du temps, du cheminement, j’ai commencé à y prendre du plaisir parce que, en pratiquant ce sport, je ressentais mes muscles. Je sentais mon corps et c’est là que j’ai commencé à devenir ma propre meilleure amie. En plus de ressentir mon corps, j’étais vraiment beaucoup plus confiante. Évidemment, là j’en parle comme ça, mais ça m’a pris plusieurs mois. C’est comme ça que j’ai commencé à me reconnecter. De plus, quand j’ai commencé la musculation, c’est comme ci elle avait tout impacté ! Je suis tombée sur les body-détox, entre autres. J’ai commencé à être plus alignée avec moi-même. La muscu m’a sauvée, en fait. Ce n’est qu’à partir de là que j’ai vu mon corps évoluer et que j’ai commencé à apprendre à m’aimer avant de vouloir le changer. C’est ça, pour moi, la clé.
  • Ce que j’entends aussi, c’est que ça t’a permis de repasser par les sensations. Tu parlais de « sentir tes muscles », presque comme s’ils s’incarnaient. Ça me donne l’impression de quelque chose comme ça.
  • C’est tout à fait ça. Je me souviens que c’était la joie de monter les escaliers, de pouvoir palper mes quadriceps et me dire « Ah mais j’ai des muscles en fait ! Il n’y a pas que du gras, il y a d’autres choses ! ». C’est comme ça que j’ai commencé à apprécier mon corps. C‘est tout le travail que j’ai fait au travers de la musculation qui a introduit en moi la confiance en soi, l’estime de soi. J’ai commencé à comprendre que je méritais de prendre soin de moi, que je méritais l’amour de soi. Aussi, vers 20/21 ans, j’ai fait des voyages, notamment en solo. Ça a bouleversé ma vie et ce sont toutes ces choses-là qui ont fait que j’ai vraiment pu m’aimer. C’est ça qui a fait que les choses ont réellement commencé à bouger. Quand mon corps a commencé à changer, j’ai voulu faire plus, faire mieux… pour lui, pour moi.
  • On est loin de cette adolescente liée au regard de l’autre, qui se compare, qui est moins ou plus que… Tu es arrivée à quelque chose de très incarné, du moins c’est mon impression.
  • Totalement. Après cela, ce cheminement bien-être, sport et alimentation a continué. Je suis tombée sur un groupe de nanas sur Instagram, qui prônaient un message totalement différent des autres. C’était un message de capacité. L’idée était d’être forte au sens de s’accepter comme on est, de viser la performance au lieu de chercher l’esthétique. Ce message de capacité est véhiculé par la Strong Women Factory. Ce sont 3 nanas, Pépita, Ludivine et Amélie, qui ont des comptes Instagram hyper inspirants et une chaîne Youtube commune. Elles montrent une image du corps et du rapport au corps complètement différents de ce que l’on reçoit d’habitude.
  • Au travers de tes mots, j’entends la force physique, mais j’entends aussi la force mentale. « Puissance » est le mot qui me vient à l’esprit. Avec tout ça, où est-ce que tu dirais que tu en es aujourd’hui ?
  • Avec tout ça, je dirais que j’ai réalisé pas mal de boulot. Mais, il y a encore des points sur lesquels il faut que je… Enfin non, déjà il ne faut pas que je dise « il faut que », parce qu’en disant ça je me mets une pression qui, franchement, n’est plus utile. 😉 J’ai fait la paix avec mon corps, c’est-à-dire que je ne cherche plus forcément à ce qu’il soit plus mince. J’apprends à l’aimer comme il est et à avancer main dans la main avec lui. Au niveau de l’alimentation, j’ai encore des troubles. Pendant un moment, je me suis demandée si je n’avais pas des TCA, même si je ne me suis jamais fait diagnostiquer. Je me suis notamment questionné sur l’hyperphagie. C’est ce que ressemble le plus à ce que je vivais. Je n’en ai pas parlé, mais j’ai eu des périodes où j’avais des crises. Je rentrais chez moi après le boulot, je passais à Franprix© et, comme j’habitais toute seule dans mon petit appartement, j’achetais tout ce qui me faisait envie et je mangeais jusqu’à ne plus rien pouvoir avaler. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que j’avais un problème avec l’alimentation, même si je faisais de la musculation. Au niveau de l’alimentation, aujourd’hui, je fais moins de crises, mais je me rends que tout n’est pas réglé. Cependant, maintenant j’ai plus de conscience, c’est-à-dire que je me vois faire. Si j’ai envie d’engloutir un paquet de granolas par exemple, je choisis de le faire, consciemment. Je me dis « OK, là j’en ai envie et je choisis de le faire ». J’ai encore des impulsions de ce type, mais je me vois les avoir et je choisis de me laisser faire. Pour moi, ça a énormément d’impact sur la vision de mon propre comportement. En agissant consciemment, je ne vais pas me juger, je ne vais pas m’en vouloir.
  • Ça n’a rien à voir, en effet.
  • Oui. Maintenant je me dis que : « À ce moment, c’est la seule façon que tu avais pour gérer la situation, pour gérer ton émotion. Ça ne veut pas dire que tu es moins bien, ni que tu ne vas jamais t’en sortir, ni que tu ne vaux rien. Ça signifie juste que là, c’est la seule solution que tu as trouvée pour régler ça. ».

Mon message pour tous ceux qui ont une relation compliquée avec la nourriture

  • Exactement ! C’est très important, cette différence vis-à-vis de toi-même que tu soulignes. Avant qu’on ne se quitte, est-ce que tu aurais un mot pour conclure, un message que tu souhaites absolument faire passer aux personnes qui nous écoutent ?
  • J’aimerais m’adresser à toutes les personnes qui ont l’impression qu’elles ne vont jamais s’en sortir, qui se sentent désemparées. Sans forcément avoir été diagnostiquées comme souffrant d’un TCA, je pense aussi à celles qui ne se sentent juste pas bien, qui ont la sensation de manger constamment leurs émotions et pour qui sport et alimentation sereine sont presque des ennemis ou des inconnus. À toutes ces personnes, le message que j’ai envie de faire passer, c’est celui que moi j’aurais aimé entendre : ça va aller. Tu vas aller bien. Là, tout de suite, tu fais comme tu peux, mais c’est déjà OK, tu es OK, tu vaux déjà quelque chose. Te taper dessus, ça ne te servira pas. C’est ça, ce que moi j’aurais aimé entendre : c’est une main tendue. Quand on est dedans, on est dans un gouffre, on se sent vraiment seul et on n’ose pas en parler. C’est hyper tabou et je pense que c’est important que ton podcast, des contenus comme les tiens, des professionnels comme toi mettent la lumière sur tout ça. Je trouve ça profondément beau ! Merci !
  • Merci à toi ! Je suis très émue de cette conclusion que tu apportes et de ce message, tellement important. Je reste avec cette émotion que je sens présente et je te dis merci mille fois à toi Mathilde, pour tout ce que tu apportes là.

Nous arrivons à la fin de cet épisode-témoignage de Mathilde, autour de son histoire avec les notions de rapport au corps, bien-être, sport et alimentation. Merci pour votre lecture ! N’hésitez pas à partager cet échange avec des personnes que le cheminement de Mathilde pourrait inspirer. Vous pouvez la retrouver sur son compte Instagram. Pour ma part, je serais ravie de recevoir vos retours et questions via mon site internet ou mon compte Instagram, que ce soit au sujet de cet article ou de mon accompagnement pour se réconcilier avec la nourriture.

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