Vaincre une anorexie grave | Le témoignage d’Alixe

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Cannelle :

Bienvenu dans ce nouvel article de mon podcast sur l’alimentation, « La pleine conscience du pouvoir », dans lequel vous allez découvrir le témoignage d’Alixe. Aujourd’hui coach en amour de soi, elle a longtemps eu une relation compliquée avec son alimentation. Petite, il lui était souvent reproché d’être trop gourmande et un rapport complexe avec la nourriture a commencé à se construire. À 13 ans, adolescente imbibée d’images de corps minces, Alixe a voulu perdre du poids. La spirale de l’anorexie s’est mise en route avec une première période de 13 à 15 ans, une semi-guérison, puis une rechute pendant sa seconde année d’études supérieures dans une anorexie grave. A commencé ensuite un parcours de guérison que nous détaille Alixe dans son témoignage. Aujourd’hui, elle peut affirmer, avec toute l’énergie de vie qu’elle incarne, avoir réussi à vaincre son anorexie grave, au point, vous allez le voir, d’accompagner d’autres femmes à sortir des TCA et à se réconcilier avec la nourriture. Je vous laisse découvrir notre conversation !

« Quand j’étais petite, j’étais très très gourmande et ça, on me l’a souvent reproché, dans ma famille. »

« Du coup, je me suis dit : ben en fait, je vais montrer aux autres que je ne suis pas juste l’intello de la classe, je vais perdre du poids et montrer à tout le monde que je peux le faire. »

« Pour moi, l’anorexie et les troubles alimentaires, c’est un suicide, un peu. »

« Je mangeais très très peu, et j’ai périclité hyper rapidement. »

« Arrivée en septembre, mon corps a dit : stop ! »

« J’étais incapable de monter mes étages certains jours. Je mettais 20 minutes. »

« Je me suis dit : y a quand même un truc qui cloche. »

« Faut vraiment que je change tout dans ma vie, en fait. Et c’est ça qui m’a vraiment aidé à refaire surface. »

« Comme si j’attendais ce bien-être, ce lâcher-prise depuis… mathusalem. »

« Même si la guérison peut être très difficile, il faut se rappeler tous les matins, quand on se lève, ce qu’il pourrait y avoir derrière. »

« Dans 2 ans, comment tu t’imagines ? Tu vivras ta best-life, comment ce sera ? Incarnez déjà cette personne guérie du futur. »

« Cette flamme de vie, je pense qu’il faut la partager quand on l’a. »

Le rôle des remarques dès l’enfance et des magazines féminins

  • Bonjour Alixe ! Je suis vraiment ravie de faire cet épisode avec toi, d’autant plus que tu m’accueilles chez toi. Je suis venue à Paris pour que nous enregistrions ensemble cet épisode. Merci de ta confiance et merci de bien vouloir partager avec nous ton parcours. Merci aussi de m’ouvrir ta porte et de m’accueillir chez toi alors que nous ne nous connaissons ni d’Ève ni d’Adam ! Alixe, est-ce que tu voudrais bien te présenter ?
  • Bonjour Anne. Merci de t’être déplacée, de m’accueillir sur ton podcast et de me permettre de partager mon parcours pour vaincre mon anorexie grave. Ça me fait vraiment très plaisir. Je m’appelle Alixe, je suis coach en amour de soi et donc j’accompagne des personnes à être mieux dans leur peau et dans leur tête surtout. Comme nous allons en parler, j’ai eu des soucis avec mon alimentation, mon corps et qui je suis. Mais aujourd’hui, je suis une jeune femme épanouie, j’adore voyager, prendre soin de moi, sortir avec des amis, profiter de la vie et exercer un métier que j’aime et qui me tient à cœur.
  • J’entends vraiment ton désir de partager, de transmettre quelque chose, au travers de ton métier, comme au travers de cet échange que nous allons avoir là.
  • Oui, c’est vraiment le partage qui guide, je pense, toutes les sphères de ma vie, j’oserai dire.
  • C’est ce que j’entends oui. Du coup, est-ce que tu veux bien partager avec nous ton expérience avec l’alimentation ?
  • Oui ! Pour revenir au tout début… Quand j’étais petite, j’étais très très gourmande. Ça, on me l’a souvent reproché, dans ma famille, le fait que je mangeais beaucoup de sucre, que je prenais vraiment plus de parts de gâteaux que les autres, etc. Je pense que ça a commencé à fonder une relation particulière avec l’alimentation. Il y avait vraiment des paroles comme : « Alixe, elle est gourmande », « Tu ne manges pas trop ceci parce que tu veux plus de gâteau », etc. Maintenant, je fais super attention à ce genre de paroles, même quand j’entends des gens dirent certaines choses à un enfant, parce que ça m’a touchée. Je trouve que c’est vachement important de laisser les enfants avec leur propre relation à l’alimentation.
  • C’est clair ! Nous sommes d’accord là-dessus.
  • Ensuite, j’ai toujours eu un rapport à mon corps assez normal. Dans ma famille, nous ne sommes pas spécialement pudiques. Pour ça, ça allait très bien. Mais, c’est vrai que j’étais grande et que je n’avais pas une morphologie fine, donc j’enviais beaucoup les jeunes femmes autour de moi, surtout mes copines, etc. Alors que je n’étais pas du tout grosse ! Mais on me faisait souvent des remarques, dans ma famille : « Tu as de bonnes fesses, tu as des bonnes cuisses »… Ce n’était pas méchant, mais moi, ça me titillait un peu. Arrivée à l’adolescence, évidemment, ça s’est amplifié. Je commençais à prendre des formes, et là, je me suis dit : « Ah OK… Donc il va falloir changer les choses ». J’étais très intéressée par tout ce qui est magazines féminins, etc. Là, ça a été la décadence, vraiment. Tout ce qu’on pouvait me dire sur mon physique et sur mon alimentation, c’était amplifié par 10 dans mon cerveau et c’était très mal reçu. J’avais 13 ans, il y avait plein de choses dans ma vie qui n’allaient pas : le décès de mon grand-père, ma grand-mère avait un cancer… Rien n’allait. Du coup, je me suis dit : « je vais m’occuper un peu de moi, je vais montrer aux autres que je ne suis pas juste l’intello de la classe, je vais faire quelque chose pour ressembler à toutes celles auxquelles j’ai envie de ressembler, je vais faire un régime drastique, on va y aller bien comme il faut, je vais perdre du poids et montrer à tout le monde que je peux le faire ».

Le besoin de prouver et les premiers effets de l’anorexie

  • Il y avait une notion de devoir prouver, surtout aux autres, de quoi tu étais capable. C’est ça, n’est-ce pas ?
  • Oui, c’est vraiment ce qui ressort. En ce moment, je suis en train d’écrire un livre sur mon histoire. En faisant une énorme introspection pour écrire ce livre, je me rends compte que l’anorexie, c’est vraiment tout sauf un problème de poids. Il y a beaucoup de choses qui se cachent derrière. Chez moi, il s’agissait vraiment du fait de prouver aux gens que j’étais capable d’être forte et de faire quelque chose. Ce régime, c’était vraiment ça : c’était montrer aux gens que je peux tenir, que je peux maigrir, que je peux me transformer, que je peux devenir celle que j’ai envie d’être. Il s’agissait de renvoyer aux gens une certaine image que je voulais modeler… alors que finalement, on en parlera après mais j’étais tout sauf en contrôle de tout ça. J’ai donc fait ce régime et je suis tombée très très vite, très très bas. Mes proches ne s’en sont pas rendu compte très rapidement, en revanche. C’est plus compliqué quand on voit la personne tous les jours, et puis personne n’a envie de voir son enfant dépérir.
  • Ça veut dire que tes parents ne se rendaient pas compte de ce qu’il se passait ?
  • Non, mes parents ne se rendaient pas compte. Ma mère a fait beaucoup de régimes quand elle était jeune, donc elle se disait : « Oh c’est chouette, elle fait des régimes, elle va perdre du poids… ».
  • C’était presque normal, entre guillemets…
  • Malheureusement… Mon père faisait pas mal de régimes à cette époque-là aussi, car ma grand-mère avait un cancer, donc il faisait tous les régimes anticancers et blablabla… J’étais dans un monde rempli de régimes.
  • C’est ça ! À cette époque-là, j’ai aussi découvert les réseaux sociaux. Je suis tombée sur des groupes qui ne parlaient que de ça, Doctissimo et tout le tralala… Là, c’était vraiment pire que tout. Je passais mon temps dans ma chambre, sur mon ordinateur, à regarder les calories de ceci, les calories de cela, le nouveau régime machin… Je faisais tous les nouveaux régimes en même temps !
  • C’était une compilation de régimes, en fait…

Ma vision des troubles du comportement alimentaire comme une forme de suicide

  • Exactement. J’en étais au point de ne manger, certains jours, que 2 petits Lu et une pomme. Le midi, au collège, je disais « non je ne mange pas, ce n’est pas bon ». Le soir, à la maison, je disais « ah non non c’est bon, j’ai bien mangé ce midi ». Il y avait donc des journées où je mangeais 2 Petits Lu, une pomme et puis peut-être un yaourt le soir, et c’est tout. Forcément, j’ai perdu très très vite du poids, surtout que je faisais beaucoup de sport à côté. J’ai aussi très très vite commencé à avoir des problèmes, du coup : malaises, problèmes de santé, etc. Mes parents s’en sont aussi rendu compte par rapport à ça, évidemment. C’est difficile à cacher quand on a cet âge-là.
  • Et puis ton corps commençait à ne plus pouvoir suivre.
  • Oui. Mon corps et même mon esprit. Mes parents se rendaient compte qu’il y avait des choses qui ne tournaient pas rond. J’avais toujours été très perspicace, très souriante, heureuse, joyeuse… Et là : plus rien. L’anorexie et les troubles alimentaires, ça prend notre poids, mais ça prend aussi notre joie de vivre, notre envie de vivre, en fait. On devient juste un corps un peu vide, qui a juste envie d’atteindre son but de perdre du poids, de se montrer qu’on peut y arriver. Mais derrière, il n’y a plus rien, plus rien qui nous donne envie. Pour moi, l’anorexie, les troubles alimentaires, c’est un suicide, en fait. On se cache, c’est progressif mais on se laisse mourir. Vaincre une anorexie grave, ce n’est pas seulement réapprendre à manger normalement.
  • Aujourd’hui, avec tout le recul que tu as pris, c’est vraiment cette fuite en avant vers la mort, que tu peux conscientiser. Même s’il n’y a pas cet objectif-là derrière, conscient en tout cas, c’est ce vide que tu y vois.
  • Oui. Cette envie de disparaître, ou de mourir même, était encore plus forte quand j’ai rechuté. J’ai été malade de 13 à 15 ans, avec une petite hospitalisation, dans un service de pédiatrie. Ensuite, j’ai changé d’établissement. Je suis allée dans un lycée où je ne connaissais personne, donc j’ai pu me reconstruire. J’avais envie de renvoyer une image parfaite, je faisais encore des régimes mais ça ne se voyait pas trop. J’arrivais vraiment à jongler. Je disais à mes parents : « j’ai bien mangé ce midi », ou « j’ai mangé à l’extérieur » et je disais à mes amis « je vais bien manger ce soir », ou « j’ai pris un trop gros petit-déjeuner ». Il faut savoir que, étant petite, je mentais très peu. Aujourd’hui aussi, je ne sais pas mentir. Mais pendant l’anorexie, on est tellement une autre personne… Je mentais à tour de bras. Je cachais de l’alimentation, je la jetais… J’étais capable de mettre en place de sacrés stratagèmes. Même moi, je m’en rendais compte, mais je ne savais pas comment l’éviter.
  • C’était plus fort que toi. C’était comme s’il y avait une 2e Alixe, différente, qui était là.
  • Oui. D’ailleurs, ma mère disait toujours, et elle le dit encore aujourd’hui : elle voulait qu’on lui rende sa fille. Elle me disait que ce n’était plus la même personne : plus de joie de vivre, mensonges fréquents… C’était une autre personnalité qui prenait le contrôle et dictait certaines choses. Maintenant je sais que ce n’est pas tout à fait une 2e personnalité. C’est la partie blessée de soi qui se manifeste et qui essaie de protéger la partie de soi qui est plus saine, mais qui a mal aussi et qui ne sait pas comment faire. Malheureusement, ce n’est pas une très belle protection.
  • Elle est assez maladroite, oui…
vaincre une anorexie grave

La chute dans une forme grave et l’importance de la sociabilisation

  • L’année où ça a été le mieux, entre mes 2 périodes, c’était l’année de terminale. J’avais 17 ans. J’en parle parce qu’il y a plein de personnes auxquelles ça arrive. Je buvais beaucoup d’alcool. C’était en soirée, c’était l’âge, etc. mais le fait est que je buvais beaucoup. Ça me désinhibait un peu, ça me permettait de ne plus penser à tout ça. Mais à côté, je faisais 2 fois plus de sport pour compenser les calories de l’alcool. Finalement, je n’étais clairement pas guérie. Après, je suis rentrée en études de médecine. La première année a plutôt été… comment dire ? C’était un peu comme la terminale en fait. Je continuais à sortir, mais moins, puisque j’étais en médecine. Et j’ai raté mon année. Cet échec, ce fut le premier gros échec de ma vie. Jusqu’à présent, j’avais tout réussi : j’avais réussi mes régimes, je n’avais jamais eu de problème pendant mes études, j’avais toujours été première de la classe… pas de soucis. Là, je me suis retrouvée avec cette première année à redoubler. Je me suis dit : « Là, ma cocotte, tu ne fais plus rien d’autre que travailler ». Je me suis coupée de mes connaissances, de mes amis et je suis redevenue cette personne très très triste, très sombre même. Là, j’ai eu beaucoup d’idées noires. Je mangeais très très peu, je ne cuisinais plus, je ne faisais plus rien pour prendre du temps pour moi. Je ne me consacrai vraiment qu’à mes cours de médecine. J’ai périclité hyper rapidement dans une anorexie grave. J’ai regardé, il n’y a pas très longtemps, des photos de l’époque et je me suis rendu compte à quel point j’avais perdu du poids. J’avais perdu 15 kilos en 2 mois… alors que je ne faisais déjà que 48 kilos, pour 1m70. Je suis descendue à un poids catastrophique. J’ai vécu comme ça pendant 1 an, 1 an et demi. En plus, je voyais très peu mes parents. Nous avions une relation particulière depuis que j’étais petite, mais encore plus depuis que j’avais été malade. Vraiment, c’était de pire en pire, je me mettais totalement de côté. Je ne voyais plus personne, donc les gens avaient du mal à se rendre compte que j’étais malade, puisque de toute façon, ils ne me voyaient pas.
  • J’imagine que c’était une période pendant laquelle tu étais extrêmement seule ?
  • Oui. J’ai toujours aimé être seule, depuis petite. Mais là, ce n’était pas une question d’avoir envie d’être seule, c’est que je ne me donnais pas le choix. De toute façon, j’avais peur, en voyant quelqu’un, de devoir boire un verre et manger un truc et ce n’était pas possible pour moi. Ou de devoir faire une promenade alors que moi, j’avais envie d’aller courir. Je me suis complètement mise de côté.
  • Oui, tu as coupé toute sociabilisation.
  • C’est aussi pour ça que je n’aime pas du tout l’approche qui consiste à hospitaliser les personnes pour vaincre l’anorexie ou plus généralement pour les sortir d’un trouble du comportement alimentaire. On se met déjà toute seule de côté, donc le fait de les enfermer – car, pour moi, c’est clairement de l’enfermement – ça n’a pas de sens. J’ai déjà visité des endroits spécialisés et je n’y suis pas allée parce que ça fait super peur ! Je pense que ce serait mieux de leur montrer qu’elles peuvent se faire un cocon chez elle, mais par contre, il faut resociabiliser rapidement. C’est super important. Le jour où on sort de 8 mois d’hospitalisation… et bien ça, c’est à faire. Je trouve que c’est vachement important de resociabiliser, d’être entourée par ses proches, etc. Ça m’a clairement aidée, par la suite. Lors de ma 2e et 3e année de médecine, c’était vraiment dur. J’avais déjà perdu 15 kilos, j’ai vécu pendant plus d’un an à un poids de 30/35 kilos, pour 1m70.
  • Tu arrivais à travailler, malgré tout ? Comment tu faisais pour gérer la concentration et l’énergie que ça demande, de suivre des études de médecine ?
  • La seule énergie que je gardais, c’était pour la musculation… Car oui, j’allais en salle de musculation, même si c’était du grand n’importe quoi. Les coachs qui me laissaient rentrer, clairement, ce n’était que pour l’abonnement…
  • Oui, parce que physiquement ça devait être assez clair, que tu étais dénutrie…

L’isolement et les problèmes de santé engendrés par une anorexie grave

  • Oui… Et le reste de l’énergie, c’était pour les cours. Je me souviens que j’avais un pot de miel tout le temps sur mon bureau, parce que je prenais une cuillère dès que ça n’allait pas. C’était un des seuls trucs que je m’autorisais. Sinon, ça m’arrivait de tomber de ma chaise ou de faire des malaises sur mon bureau. C’était catastrophique, mais je me disais « non je vais y arriver, je vais y arriver ». C’était vraiment une anorexie grave, mais le mental est complètement désorganisé, dans ces cas-là. Je gérais un peu comme ça : je faisais des mini-repas. J’ai commencé à faire des crises de boulimie aussi, à cette période-là. Parfois, au bout de 15 jours à ne manger que des amandes, du miel et des pommes – car c’était ça, un peu, mon régime à un moment… avec quelques légumes – je finissais par craquer. J’ai commencé à faire des crises de boulimie en 3e année de médecine, à peu près, mais c’était très rare quand même. Pendant l’été entre la 2e et la 3e année, c’était vraiment du grand n’importe quoi, j’ai fait plein plein de rando. Arrivée en septembre, mon corps a dit stop. Stop stop stop. C’était malaise sur malaise. C’était vraiment atroce, mes prises de sang étaient catastrophiques. Ils ont suspecté que j’avais un cancer du sang, tellement j’avais une grosse dégénérescence au niveau de la moelle osseuse. Je n’avais plus de production de cellules sanguines. C’était vraiment catastrophique… mais je me disais « oh ça va aller, ça va revenir ». J’habitais au 3e étage à l’époque, sans ascenseur. J’étais incapable de monter mes escaliers, certains jours. Je mettais… 20 minutes. Mais je me disais encore « oh c’est bon, ce n’est pas grave, ça arrive à tout le monde ».
  • Et tout ça en continuant tes études en fac de médecine, avec les stages… ?
  • Oui ! En plus, les profs ne me disaient rien ! Je me souviens même qu’en 3e année, nous avions des cours de nutrition. On m’a fait un cours sur l’anorexie… et le prof m’a vraiment mal regardé. En plus, c’était celui qui m’avait suivi quand j’étais plus jeune. Mes parents m’avaient extirpée de cet endroit-là, car c’était un suivi catastrophique. Il ne m’a jamais accompagnée pour vaincre mon anorexie grave, il voulait juste me mettre en psychiatrie, c’est tout. Il m’a tellement mal regardé pendant ce cours que je suis sortie en pleurant de la salle. Je me sentais encore plus mise de côté. Tous mes camarades m’avaient tourné le dos. Les gens me disaient que j’étais folle. C’était encore pire… Le seul truc dans ma vie que je réussissais, c’était ça, donc je restais à fond dans les études. Pourtant, ça me demandait une énergie considérable. Il y avait aussi la petite arrière-pensée qui me disait que plus je révisais, plus j’utilisais de calories et donc mieux c’était, car on sait que le cerveau utilise beaucoup d’énergie. C’est catastrophique comme système de pensée : tout est organisé autour de « Combien de calories je vais dépenser ? ». On s’en rend compte plus tard, mais tout ce à quoi on pense nous empêche de penser à nos problèmes de base. Tout ce qui m’avait fait plonger quand j’avais 13 ans, tout ce que j’ai pu vivre étant petite… j’ai même vécu des attouchements étant petite… Tout ça, mon cerveau ne voulait pas s’en rendre compte.
  • C’est comme un écran de fumée. J’ai cette image-là qui me vient en tête.

Les déclics et premiers pas pour vaincre l’anorexie

  • Exactement ! Du coup, en 3e année, quand mon corps a vraiment dit stop, stop, stop, j’ai dû aller à l’hôpital. Mes prises de sang étaient très mauvaises, je faisais des malaises en permanence. On m’a fait des transfusions sanguines. Je pense que ça m’a fait un déclic, de voir ces transfusions. Je me suis dit « Y a quand même un truc qui cloche »…
  • D’autant qu’en tant qu’étudiante en médecine, tu devais commencer à avoir des bases médicales.
  • Oui. Je me rendais compte que je faisais tout l’inverse de ce que j’apprenais et surtout, que ce que je lisais sur mes prises de sang, c’était très grave. Je me suis dit « Bon, qu’est-ce que je fais, comment je fais ? ». J’avais déjà été suivie par une psychiatre étant plus jeune, mais j’avais arrêté. J’avais une psychologue mais elle me disait « Je ne sais plus comment faire avec vous, vous êtes dans le déni, il va falloir sortir de là… ». Je me disais qu’il me fallait autre chose. On m’a parlé d’hypnose et je me suis dit « je ne suis plus à ça près, autant investir sur moi-même, OK ce n’est pas remboursé, mais allons-y ! ». J’avais travaillé durant l’été et j’ai décidé de mettre l’argent que j’avais gagné là-dedans. J’ai donc fait de l’hypnose et ça m’a changé la vie. Ça a été très dur, parce que, sous hypnose, j’ai revécu des situations de quand j’étais petite, à la manière de flash-backs. C’étaient des trucs hyper durs… mais ça m’a permis de me dire : « OK d’accord, faut travailler là-dessus, faut accepter le passé, faut s’en rendre compte et se rendre à l’évidence ».
  • Oui, là il y a vraiment eu un « switch » qui s’est fait, avec ces transfusions, ces résultats d’analyse catastrophiques… Tu as pris conscience qu’il fallait que tu prennes un peu soin de toi. Il y a eu l’hypnose avec laquelle tu as pu revivre des choses et « clac ! », il y a eu un basculement, à ce moment-là. C’est bien ça ?
  • Oui. Ce déclic a essentiellement eu lieu 2 jours avant Noël, à la fin de cette année-là. L’hôpital m’a proposé de m’hospitaliser pour plusieurs mois. Ils m’ont dit qu’ils avaient enfin une place pour moi, alors que je n’attendais pas du tout de place ! Ce n’était pas du tout mon objectif, je ne voulais vraiment pas être hospitalisée. Ce qui m’a marquée, c’est que ce soit 2 jours avant Noël. J’avais déjà vécu un Noël à l’hôpital, quand j’étais plus jeune, quand j’avais été très courtement hospitalisée… Je m’étais dit « plus jamais ». Là, je me suis dit que non, ce n’était pas possible, je ne pouvais pas faire ça à ma famille. Mon grand-père était en très mauvaise santé, à 90 ans, donc nous savions que c’était les dernières années… Je ne pouvais pas passer Noël sans eux. Là aussi, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose pour vaincre mon anorexie grave. J’ai eu un rendez-vous d’une heure avec la psychiatre, mais pendant lequel elle ne m’a jamais vraiment écouté ni jamais vraiment posé de question. Dans les services TCA, leur discours – d’après ce que j’ai vécu en tout cas, ça se passe peut-être mieux autre part – c’est vraiment : « tu es dans un très mauvais état, on va t’hospitaliser », point. Elle m’a dit ça pendant 1 heure. C’était du bourrage de crâne, je n’en pouvais plus. En sortant de là, je suis revenue chez moi et je me suis dit : « j’abandonne le suivi ». J’avais encore un suivi avec un médecin, quand même, et puis avec l’hypnothérapeute aussi. Elle était également coach de vie, donc elle m’aidait un peu dans toutes les sphères. Je me suis dit qu’il fallait que je me prenne en charge et j’ai commencé, du jour au lendemain, à manger 3 fois plus. Ça aurait pu être dangereux, d’ailleurs, c’est pour ça que maintenant je fais attention avec mes clientes.
  • Oui, il faut être vigilant avec les renutritions… surtout dans ce genre de cas.
vaincre une anorexie grave

Ma renutrition et le travail personnel réalisé pour sortir de mon TCA

  • Ceci étant, je m’écoutais quand même. Mes résultats de médecine sont passés de 14 à 9, mais je me suis dit « laisse tomber, on verra plus tard »… alors que ça faisait 6 mois que je répétais « non, je ne veux pas arrêter ». Mais là, j’avais le choix entre la vie et mes cours de médecine.
  • Ta hiérarchie des priorités avait évolué.
  • Oui. Vaincre mon anorexie était vraiment devenu mon objectif. J’ai lu plein de livres sur le développement personnel et écouté plein de podcasts. Ça m’a beaucoup aidé, ainsi que les vidéos, les témoignages… Je ne me retrouvais pas trop dans les livres qui parlaient d’anorexie. D’autant qu’ils sont assez durs à lire quand on est encore dedans. De plus, ils ne partagent pas trop d’espoir, car souvent ces personnes écrivent un livre alors qu’elles ne sont pas guéries. C’est très dur à lire entre autres parce qu’à la fin, on se dit « ah d’accord »… Par contre, les podcasts et livres sur le dèv’ perso m’ont beaucoup aidé. J’essayais de faire plein de choses pour passer à l’action, pour me challenger. Je testais de nouvelles recettes, par exemple. Au départ, je m’étais dit « pour l’instant, je continue mes études, vite fait, et on verra ». J’ai continué quelque temps, puis j’ai arrêté au milieu de la 4e année. Ça commençait à aller déjà beaucoup mieux, mais il manquait quelque chose pour réellement vaincre mon anorexie grave et je pense que la médecine était trop liée à ces années de souffrance. De plus, j’ai déménagé dans un autre appartement. Je pense que c’est vachement important.
  • Oui, le contexte de vie a son importance.
  • Après, j’ai complètement quitté la ville dans laquelle j’étais parce que ça aussi, c’était compliqué, de rester dans les mêmes endroits que ceux où je vivais étant malade. Ça m’a beaucoup aidé ! Je me suis dit « OK, il faut vraiment que je change tout dans ma vie ». Ça m’a vraiment aidé à refaire surface, ça et les déclics, le fait que je voyais que mon corps n’allait plus bien, l’hypnose… et aussi le fait de me dire « Y a un truc qui bloque en moi, il faut que je sache ce que c’est ». Tant que je restais dans ce même environnement, je n’arrivais pas à trouver. C’est vraiment quand j’ai déménagé la première fois que j’ai pu me dire : « j’arrête mes études ». Je n’en pouvais plus. C’était un choix pour lequel j’ai mis du temps à me décider… mais je pense que c’est justement parce qu’il y avait quelque chose derrière. Je n’y aurais pas pensé tous les matins en me levant si ça n’avait pas été la bonne solution. 
  • Tu sentais qu’il y avait quelque chose d’important là, qui allait se passer, qui était en train de se passer.
  • Tout à fait. Avec mes parents, nous nous parlions très peu à cette époque-là. Pourtant, je les ai appelés en décembre, et je leur ai dit « J’arrête médecine, je n’en peux plus ». Je me souviens que mon père et mon frère étaient venus me voir chez moi. J’avais passé une très belle journée, mais en même temps, je sentais que c’était encore dur, même côté alimentation. Le fait qu’ils soient venus me voir, ce fut aussi un petit déclic. 3 jours après, je les ai appelés en leur disant que c’était fini. J’ai passé 1 an à faire des petits boulots, dans la pâtisserie et la cuisine. J’adorais ça et ça m’a aussi permis de guérir, forcément. Même si c’était un peu… bizarre, de faire ça à ce moment-là.
  • Je remarque souvent, chez les personnes qui souffrent de TCA, et peut-être plus particulièrement avec l’anorexie, un attrait pour la cuisine, les recettes, etc. Je ne sais pas comment tu l’analyses ça, toi, d’ailleurs ? Qu’est-ce que tu pourrais dire, au sujet de cette attirance ?
  • Je pense que ça nourrit un peu l’esprit, le fait de voir des recettes. Quand je ne mangeais pas, je passais parfois des heures à regarder de la nourriture. Comme je ne mangeais pas, je pense que ça nourrissait un peu mon corps et mon esprit d’images…
  • Oui, tu étais dans la faim des yeux. C’est vrai que dans l’anorexie, c’est une faim que tu peux satisfaire, la faim des yeux.

La volonté d’aider les autres, commune aux personnes souffrant de certains troubles

  • Même si, finalement, ça fait aussi culpabiliser. Moi en tout cas, je culpabilisais de regarder des recettes grasses comme ça. Mais en même temps, comme il y avait de plus en plus de culpabilité, je n’allai pas manger après ça. C’était un cercle vicieux… mais malgré tout, comme ce cercle s’entretenait, je développais aussi cet amour de la cuisine, que j’avais déjà depuis petite. Et puis, on aime aussi nourrir les autres, quand on est anorexique. Je n’aime pas dire « être anorexique », je préfère dire « souffrir d’anorexie », ce n’est pas pareil. Mais donc, les personnes souffrant d’anorexie adorent nourrir les autres pour s’auto-rassurer, pour pouvoir se dire : « moi je ne mange pas trop, mais les autres mangent bien, ils vont bien, je prends soin d’eux ». Il y a beaucoup de personnes qui ont eu ou qui ont des TCA et qui travaillent dans le soin, comme infirmière, aide-soignante, ou qui se reconvertissent après… Il y en a beaucoup beaucoup, je trouve. Je pense qu’il y a, à la base, la caractéristique commune d’aimer prendre soin de l’autre. C’est en apprenant à vaincre son anorexie grave, ou sa boulimie, en guérissant de son TCA quel qu’il soit, qu’on se rend compte qu’on peut en faire quelque chose de beau, finalement.
  • Exact ! Je remarque ça aussi chez les personnes qui vont dans les métiers autour de la psychologie, de la relation d’aide. J’ai pu le remarquer dans ce qui est social, médico-social, parmi les éducateurs, etc. Il peut y avoir un détournement du « prendre soin de soi ». En prenant soin de l’autre, en étant dans cette posture de sauveur… c’est facile de finir par s’oublier. Nos métiers font que nous avons à nous pencher sur notre intériorité, mais il n’empêche qu’en effet, on retrouve facilement des personnes souffrant de TCA qui se tournent vers les métiers du soin.
  • Oui, d’après ce que je vois, il y en a beaucoup. En tout cas, j’en entends beaucoup qui me disent « j’ai envie de changer, de me reconvertir, j’ai envie de faire ça, infirmière ou psy par exemple ». Certaines personnes me demandent « Ah tu es coach, comment ça t’est venu ? », parce que je pense que certains veulent apporter leur pierre à l’édifice côté TCA, mais aussi au travers du soin, du bien-être, du partage, etc.
  • Oui, je suis d’accord. Alors, nous en étions en 3e et 4e année de médecine, avec cette prise de conscience, le commencement de ce travail sur toi-même. Tu commençais à te réalimenter de plus en plus « normalement ». Enfin je ne sais pas ce que ça veut dire « normal » dans ce cadre, mais en tout cas de façon satisfaisante pour ton organisme. Combien de temps ça a duré, tout ce processus pour vaincre ton anorexie ? Où est-ce que tu en es aujourd’hui ?

Les étapes et outils de mon chemin de guérison vers la fin de l’anorexie grave

  • Entre le milieu de la 3e année et le milieu de la 4e, donc entre le déclic on va dire, et l’arrêt de la médecine, c’est vraiment la période où je me suis mise des défis pour remanger, où j’ai commencé à être à fond dans le développement personnel… Ça a commencé avec cette année-là, pendant laquelle j’ai dû prendre une dizaine de kilos. J’en suis sortie avec un poids qui était moins dangereux. J’étais aussi un peu mieux dans mon corps. Après avoir arrêté mes études de médecine, je me suis dit que je pouvais reprendre le sport, très très doucement. Je ne pratiquais pas de cardio, bien sûr. Après, il y a eu l’année après l’arrêt de mes études, c’est-à-dire 2019, où j’ai fait des petits boulots en cuisine. C’était d’ailleurs très intense, si bien que je mangeais encore plus. Ça m’a donné des raisons de plus me nourrir, de m’écouter plus… Je pouvais me dire « J’ai beaucoup travaillé, je sais que j’ai très faim ». Ça m’a permis de vachement me reconnecter à moi-même. Aussi, ça m’a fait aborder l’alimentation d’une autre façon, puisque je travaillais et que je recommençais à beaucoup sortir, à voir des amis. Je suis partie à Londres plusieurs mois. Ce fut une année très importante et ça a été salvateur.
  • J’entends une grande ouverture vers les autres, à nouveau !
  • Oui, et c’est très important de trouver ça, de se demander « Comment j’ai envie de m’ouvrir à l’autre ? Avec quelles personnes ? ». L’autre est aussi un miroir. Au fil des rencontres, on apprend ce que nous aimons ou pas. Le voyage peut également beaucoup aider. Je suis partie en voyage toute seule cette année-là. Je suis partie à Londres pour y habiter un temps. Je suis partie à Lisbonne et j’ai fait une retraite de yoga là-bas. J’ai réalisé plein de choses en me disant « C’est pour toi, avec les autres aussi, mais pour toi ». Il faut vraiment être dans l’aide de soi-même. Ce processus a donc duré 2 années, pendant lesquelles j’ai guéri. Fin 2019-début 2020, j’étais clairement guérie.

Ce qui m’a permis de réaliser que j’étais totalement guérie

  • Qu’est-ce qui t’a indiqué ça ? Qu’est-ce qui t’a fait te dire « là c’est bon » ?
  • Durant la première année de guérison, je faisais beaucoup de boulimie. Plus je recommençais à remanger et plus mon corps se disait « chouette c’est bon ». J’ai fait beaucoup beaucoup de crises de boulimie, qui se sont largement atténuées lors de la 2e année de guérison. À la fin de cette 2e année, je n’en avais plus du tout. Tout allait bien, je m’écoutais. Au niveau du rapport à l’alimentation, c’était hyper fluide. Je ne m’interdisais plus rien, je me sentais beaucoup mieux dans ma peau. Je ressentais vraiment un sentiment de bien-être, comme si j’attendais ce bien-être, ce lâcher-prise depuis… Mathusalem.
  • Peut-être depuis toujours !
  • C’était vraiment un sentiment que je n’avais jamais senti. Après, le confinement est arrivé, début 2020. C’était une évidence que tout allait bien, je me sentais très bien… Et il y a eu un moment où je me suis dit : « En fait, je sais ce que je veux faire. Je veux aider les personnes qui ont vécu comme moi. Aujourd’hui, je suis capable de le faire ». Dans les mois précédents, lorsqu’on me posait des questions sur ce que j’avais vécu ou qu’on me demandait de l’aide, j’avais du mal à y arriver. C’était encore trop douloureux. Alors que là, j’en parlais déjà sur les réseaux sociaux, mais j’en étais arrivée à un point où j’adorais aider les gens, où ça ne me faisait pas mal par rapport à mon vécu… Du coup je me suis dit que j’avais passé un cap : « maintenant, j’arrive à aider les gens, j’en suis contente, ça ne me fait plus mal, j’ai envie d’en faire mon métier, ma vocation ». Le fait de me dire « je peux aider les gens », ça m’a permis de réaliser que je suis tout à fait OK avec mon passé et avec mon présent aussi. Je sens que je suis bien et qu’il n’y a plus de soucis. La 2e année de guérison, forcément, j’ai surtout beaucoup travaillé sur mes problèmes du passé, sur tout ce que j’avais vu en hypnose. La blessure de l’abandon, les attouchements, tout ça j’ai beaucoup travaillé là-dessus.
  • Tu as continué, ou commencé et continué à creuser, creuser… Tu as fait ce travail seule ou tu as été accompagnée ?
  • J’ai effectué ce travail seule… ce que je ne recommande pas forcément, parce que ça a vraiment été dur. C’est pour ça aussi que j’ai envie d’accompagner d’autres personnes à vaincre une anorexie grave ou un TCA : c’est entre autres parce que c’est vraiment très très dur de faire ça seul. Ceci étant, j’étais bien entourée. Ma marraine m’aidait beaucoup, mes parents étaient à l’écoute. Ils ne savaient pas quoi dire, mais c’est important.

Mon message et l’écriture de mon livre pour les malades de TCA et leurs proches

  • C’est ce que j’allais te demander, si tu avais un entourage qui te soutenait.
  • C’était compliqué pour eux, on va dire, mais je pense que ça l’est toujours avec ces pathologies-là. Si j’avais un conseil à donner aux proches, ce serait : écoutez. Il n’y a pas grand-chose à dire, mais il y a beaucoup à entendre. Une personne en souffrance, souvent, a un milliard de choses à dire, qu’elle n’a pas dites depuis qu’elle est petite. Elle a besoin de vider son sac. Se sentir écouté, ça aide à apprendre à s’écouter soi-même aussi. J’ai eu cette chance-là, quand même. Je me suis aussi construit un nouvel environnement. Le fait d’aller vers plus de personnes, le fait de pouvoir partager, échanger, ça m’a largement aidé. L’écriture aussi, quand je me sentais seule, fut bénéfique. Le fait de pouvoir extérioriser, écrire, en parler sur les réseaux sociaux, etc. ça a été hyper libérateur.
  • Tu nous disais d’ailleurs au début que tu écris ton histoire ? Tu es en train de travailler sur un livre ? Raconte-nous ça ! J’ai envie de savoir !
  • Ça faisait un petit moment que ça me trottait dans la tête, mais je voulais avoir pris du recul et sentir que c’était le bon moment. Au 2e confinement, en novembre 2020, j’ai commencé à écrire, mais j’ai senti qu’il manquait quelque chose. Je me suis dit que ce n’était pas encore le moment. Puis, j’ai senti ce moment où j’ai eu besoin de me ré-aligner sur certaines choses, notamment par rapport à mon activité. J’avais envie de prendre ce temps pour moi. Quand je suis revenue de vacances en Espagne, je me suis dit « c’est le moment ». J’ai senti qu’il y avait un truc, j’avais plein d’idées et j’avais envie d’écrire mon histoire.
  • C’était mûr.
  • C’est ça. Ça me fait vraiment beaucoup de bien, de l’écrire et de savoir que ça peut aider. Ce n’est pas encore fini. Je préfère prendre le temps d’écrire les choses comme je l’entends et de la bonne façon, afin que ça puisse parler à beaucoup de gens. C’est super libérateur et je pense que c’est le dernier gros travail que j’avais besoin de faire, non pas pour être guérie, mais pour moi, pour savoir que je peux aider encore plus de personnes, avec un livre. Moi, les livres m’ont beaucoup aidé à vaincre mon anorexie grave, donc j’ai envie de rendre la pareille.
  • D’autant que tu disais que ce qui t’avait manqué, dans les témoignages sous forme de livre, c’était une « happy end », ou en tout cas une fin qui montre tout le processus jusqu’à la guérison.
  • C’est ça. Très souvent, cela manquait de concret. Maintenant, j’ai beaucoup de mal à lire des romans. Je lis beaucoup de livres de dév’ perso, car il y a beaucoup de concret dedans. Après toutes les histoires que j’ai pu lire, j’ai trouvé que ça manquait d’un livre de développement personnel sur les TCA. C’est ce que j’essaie d’écrire et de mettre en place, avec justement cette « happy end » pour donner du courage et de l’espoir, parce qu’on peut tous s’en sortir.
  • C’est ce que j’aime, quand je vous enregistre, c’est de revisiter tout ce parcours avec cette notion de fin. Plus ou moins évidemment, on peut aussi être encore un peu dedans. Mais en tout cas, j’aime toute cette énergie que vous apportez. Je suis sûre que cette énergie de vie transparaît pour les personnes qui nous écoutent.

Le mot de la fin sur l’énergie de vie qui m’a permis de vaincre mon anorexie grave

  • Nous allons bientôt devoir nous quitter. Comment tu voudrais conclure ce témoignage de ton parcours pour vaincre ton anorexie grave ? As-tu un message à passer, une dernière chose à ne pas oublier de dire ?
  • J’aimerais peut-être revenir sur le côté « happy end » justement. Ce que je veux dire, c’est que même si la guérison peut être très difficile, il y a un truc très important quand on est en train de guérir d’un TCA, c’est de se rappeler tous les matins, quand on se lève, ce qu’il pourrait y avoir derrière. Il n’y avait pas un matin où je me levais sans me dire « dans 2 ans, quand je serais guérie, je pourrais faire ça ». C’est une question que je pose tout le temps à mes clientes et je pense qu’elles en ont marre d’ailleurs. 😉 Je leur demande souvent : « Dans 2 ans, comment tu t’imagines ? Tu vivras ta best-life, comme ce sera ? ». Elles me répondent « mais… je n’en suis pas du tout là, aujourd’hui c’est très compliqué ». Mais si on pense à ça… on n’y arrive pas ! Alors que si on garde en tête comment ce sera dans quelques années, quand on pourra faire des sorties avec ses amis, qu’on aura ci ou ça, qu’on sera reconverti ou qu’on aura enfin trouvé ce qu’on veut faire, qu’on pourra manger un gâteau au chocolat en entier si on en a envie, ou pas du tout si on n’en a pas envie, en étant vraiment à l’écoute de soi-même, etc., c’est très différent. Il faut se focaliser là-dessus, se dire « wouah ça va être chouette » pour se créer ses énergies et ses émotions avant même qu’elles n’arrivent. C’est vraiment super, super, super important, de se mettre dans de bonnes dispositions. Comme on dit en anglais : « fake it until you make it ».
  • Tu peux nous le traduire ?
  • Ça signifie « mime-le jusqu’à ce que tu le fasses », en quelque sorte. Le fait de se dire « Je fais comme si c’était déjà là », ça permet aussi, derrière, que ça arrive vraiment. Pas au tout début de la guérison, c’est très difficile, mais au bon d’un moment, je me disais « je suis déjà guérie et ça se passe comme ça ». Ce n’était pas vrai, mais à force de se le répéter tous les jours, on arrive à être dans une énergie plus positive et à incarner déjà cette personne qui a réussi à vaincre son anorexie, cette personne guérie du futur.
  • Il s’agit, au-delà d’être dans la projection, de déjà vivre émotionnellement, corporellement presque, toute cette énergie.
  • Oui. Ça peut aussi passer par le fait de trouver des musiques qui nous apportent cette énergie, ou des personnes qui nous font ressentir ça. Moi, j’avais plein d’affiches dans mon appartement avec des trucs sympas ou mes rêves écrits dessus. On ne pouvait pas les louper en passant dans la pièce. On peut en parler à ses amis aussi, pour qu’ils nous le rappellent. C’est ça que j’appelle le cocon qu’on peut se créer. Il s’agit d’avoir un environnement positif et fécond. C’est vraiment super super important de le vivre.
  • Je te remercie beaucoup Alixe. Moi je le sens en tout cas, ce cocon positif que tu offres, bien sûr à tes clientes, mais aussi au travers de cette énergie que tu renvoies, que tu dégages. C’est chouette que ça puisse se diffuser autour de toi, avec beaucoup de bienveillance et d’envie de vie, tout bêtement. Enfin « tout bêtement », non ce n’est pas bête… 😉
  • C’est vrai que beaucoup de gens ont du mal à incarner cette vie, cette flamme de vie et je pense qu’il faut la partager quand on l’a.
  • Merci beaucoup Alixe. Je te souhaite une super vie et une super sortie pour ce livre dont j’espère avoir un exemplaire entre les mains, dans quelques mois, quelques années, pour continuer à faire passer ce message.
  • Merci beaucoup pour ton invitation et pour ce bel échange !

Merci d’avoir lu cet article de témoignage jusqu’au bout. Si vous souhaitez découvrir le travail d‘Alixe et échanger avec elle autour de la possibilité de vaincre une anorexie grave, vous pouvez la retrouver sur son compte Instagram. Si vous souhaitez, vous aussi, venir partager votre vécu d’un rapport compliqué avec l’alimentation ou votre chemin pour vous réconcilier avec la nourriture, n’hésitez pas à me contacter via mon site internet ou mon compte Instagram.

2 réponses

  1. Touchant témoignage,
    Une fois installé, le TCA est une maladie, une addiction grave, et tant que ce n’est pas du vécu, les gens ont du mal à le comprendre. C’est terrible de voir les attitudes de prof (le prof de médecine qui scrutait Alixe lors de son cours) qui donnent des leçons mais ne savent pas ce que c’est que de vivre un trouble alimentaire. Beaucoup de soignants (du moins ceux insuffisamment formés aux TCA) ne comprennent pas ces troubles et des maladresses enchainées entravent “grièvement “le parcours de soins de malades. Certains malades ne veulent plus aller vers le soin, ce qui est dommage car cela accroit la perte de chance. Et il y a des soignants formidables et compétents, il faut les chercher parfois. Merci pour ce beau partage lors de ce podcast.
    Emmanuelle, maman d’un garçon ayant souffert d’anorexie a moins de 10 ans, et fondatrice du blog “https://desanorexie.com”

    1. Merci beaucoup Emmanuelle pour votre commentaire et votre témoignage. Je vais vite découvrir votre blog que je ne connais pas encore !

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