Se soigner de la boulimie | Le témoignage de Marina

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Cannelle :

Bienvenue dans ce nouvel article de mon podcast sur l’alimentation, « La pleine conscience du pouvoir ». Aujourd’hui, je vous propose d’entendre le témoignage de Marina, qui vous racontera comment elle en est arrivée à pouvoir se soigner de la boulimie. À 25 ans aujourd’hui, ce n’est pas un hasard si Marina est devenue diététicienne. Son histoire de vie et sa relation avec l’alimentation l’ont conduite à cette évidence : elle veut accompagner des personnes dans leurs difficultés relationnelles avec l’alimentation. Marina se souvient bien de sa première crise de boulimie lorsqu’elle avait 7 ans. N’ayant pas d’autres moyens pour vivre ses émotions que la nourriture, elle a pris du poids, et très vite, vers 8 ans, subissant les moqueries à l’école, elle a commencé à faire des régimes. Ce qui l’a conduite à aggraver la situation, enchaînant les périodes de boulimie et les périodes de restriction. C’est lorsqu’elle a suivi la formation en psychonutrition après son BTS en diététique que Marina a pu appliquer pour elle-même les principes thérapeutiques enseignés, et avancer ainsi sur le chemin de la guérison de son TCA. Je vous laisse découvrir notre échange.

« Moi c’est Marina, j’ai 25 ans et un lourd passé de troubles du comportement alimentaire. »

« J’étais un petit peu l’enfant qui mangeait bien, gourmande, etc. et très très vite, mon alimentation s’est troublée. Je me souviens que lors de mes premières crises de boulimie, je devais avoir 7 ou 8 ans. »

« Dès que ça n’allait pas, dès que j’étais un petit peu triste, je me réconfortais avec l’alimentation. »

« C’était un aller-retour constant entre restriction et crises de boulimie. »

« Le cercle infernal a démarré à ce moment-là. »

« Je me suis rendu compte que j’ai passé 20 ans, quasiment, à me mal traiter. »

« Là, je suis dans un cheminement dans lequel je commence à comprendre que j’existe en tant qu’individu à part entière, ce qui n’était pas forcément acquis. »

« Les troubles du comportement alimentaire ne sont pas une fatalité. Ne restez pas seuls avec, tournez-vous vers des personnes qui sont formées à entendre ce type de souffrance et qui pourront vous aider. »

L’origine du TCA dans l’enfance de Marina

– Bonjour Marina ! Je suis ravie de te recevoir dans ce nouvel article de « La pleine conscience du pouvoir ». 😊 Comment vas-tu ?

– Je vais très bien, merci ! Et toi ?

– Ça va. Je suis très enjouée de te recevoir. À chaque fois que j’enregistre un nouveau témoignage, je suis toujours très enthousiaste et excitée de recueillir votre parole, pour pouvoir la transmettre à toutes celles et ceux qui nous écoutent ! Avant de nous parler de ce qui t’a permis, aujourd’hui, d’accompagner des gens qui désirent se soigner de la boulimie, est-ce que tu veux bien te présenter, Marina ?

– Bien sûr. Je suis Marina, j’ai 25 ans et un lourd passé de troubles du comportement alimentaire. Je suis diététicienne depuis 2019, spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire et dans la psychonutrition depuis 2021. J’ai fini par en faire mon métier !

– Ton parcours de vie t’a menée, finalement, à accompagner et encourager des personnes souffrant du même processus à ton tour.

– Exactement. C’était vraiment un souhait de ma part. En commençant mes études de diététicienne, je savais très bien ce que je voulais faire. D’ailleurs, j’ai été un peu déçue de la formation parce que je n’y ai pas du tout trouvé ce que je cherchais. Par contre, je l’ai trouvé dans le DU que j’ai fait après, sur la psychologie de l’alimentation.

– Tu n’es pas la seule à avoir partagé cet avis, au sujet du BTS diététique. Ce n’est pas forcément notre propos ici, mais je ne suis pas particulièrement surprise. Est-ce que tu veux bien, maintenant, nous raconter ton histoire, de façon chronologique ou d’une autre façon s’il y en a une autre qui te paraît évidente ?

– Ça me semble mieux de procéder chronologiquement pour comprendre mon parcours. Dès toute petite, j’étais l’enfant qui mangeait bien, gourmande, etc. Très très vite, mon alimentation s’est troublée et des traumatismes se sont rajoutés à ça. Je me souviens que lors de mes premières crises de boulimie, je devais avoir 7 ou 8 ans. Ça correspond aux premiers moments où je me retrouvais seule à la maison. Je ne sais pas exactement si j’avais du mal à vivre cette solitude ou si elle me permettait de faire des choses que je ne pouvais pas faire autrement. Mais en tout cas, ça remonte à mon enfance. À ma première crise, je crois que j’ai vidé le frigo. Si je me souviens bien, je n’avais même pas pris le temps de décongeler totalement les nuggets que j’avais sortis du congélateur. C’était assez violent… Du coup, très rapidement, j’ai pris du poids. Quand j’étais en primaire, je m’habillais déjà avec des vêtements de taille 44-46. Je ne pourrais plus vous dire le poids que je faisais, mais j’étais très très ronde, obèse même. Très vite, les moqueries sont arrivées à l’école, ainsi que le rejet des camarades. Dans la cour de récré, je détestais jouer au loup ou au ballon-prisonnier parce qu’il fallait courir Bref, je vivais tout ce qui va avec le surpoids. Du coup, ma boulimie s’est empirée avec le temps. Chez moi, ce trouble est très émotionnel. Durant mon enfance, on ne m’a pas appris à gérer mes émotions ni à les vivre. Dès que ça n’allait pas, dès que j’étais en colère ou un petit peu triste, je me réconfortais avec l’alimentation. Petit à petit, ça s’est aggravé. Forcément, vu que je prenais du poids, j’avais envie d’en perdre et j’ai commencé les régimes.

– L’envie de perdre du poids et les premiers régimes, tu daterais ça à quel âge, à peu près ?

– Vers l’âge de 8-9 ans, je dirais. C’est venu très tôt. Il faut savoir aussi que j’ai une maman qui a, elle aussi, des difficultés avec son image corporelle. J’ai grandi dans une famille obèse. Mes 2 parents l’étaient et ma mère faisait des régimes. Je la voyais en faire énormément et je me souviens qu’à l’époque, vers 8-9 ans, j’allais déjà à des réunions avec elle. Elle, elle était contre le fait que je prenne des poudres, des shakers protéinés, etc. Mais je la voyais faire. Forcément, chez un enfant, ça plante une petite graine, disons-le ainsi. J’ai eu très tôt envie de maigrir, donc je faisais attention. J’appliquais les discours que nous entendons : manger des légumes, avoir une assiette équilibrée, etc. Ado, j’ai fait le régime Dukan. Tout le monde sait ce que fait Dukan… Ce n’est pas forcément un régime hyper agréable ! À chaque régime, je perdais du poids, mais j’étais complètement en restriction cognitive. Forcément, ça n’arrangeait pas mes crises de boulimie, donc c’était un aller-retour constant entre restriction et crises de boulimie. Le cercle infernal a démarré à ce moment-là.

– Dès l’adolescence, et même l’enfance…

Le lien entre bien-être, crises de boulimie et chocs émotionnels

– C’est ça. Ça a commencé très très tôt et je ne m’en suis jamais défait. Quoique si, je m’en suis défait à une période ! Je devais avoir 14 ans. C’était le début de l’âge où les garçons nous regardent, où nous commençons à nous poser des questions, tout ça… Je me souviens que là, j’avais perdu du poids, mais sans rien faire. Je mangeais plus ou moins équilibré, mais sans me prendre la tête. Avec le recul, je pense qu’à cette époque, je mangeais plus ou moins intuitivement. Par contre, vers la fin des 14 ans, j’ai eu un gros choc émotionnel avec la mort de mon grand-père. Mes crises s’étaient bien calmées, mais j’avais des paquets de Granola cachés dans mon tiroir. Le jour où on m’a appris sa mort, j’en ai mangé 5 d’un coup. À partir de ce moment-là, je suis retombée dans la boulimie.

– Ce qui est intéressant, dans ce que tu parles, c’est la façon dont ça a disparu. C’était en lien avec une période de l’adolescence et d’intérêt naissant pour les garçons. Tu avais, sans le savoir, fait un pas sur un chemin permettant de se soigner de la boulimie. Il y avait un apaisement, sans que tu ne saches l’expliquer ni que quelque chose de spécifique ait été réalisé. Quelque chose de naturel, d’intuitif avait évolué et s’était mis en place. Puis, ce choc émotionnel est arrivé. Comme tu le disais juste avant, tu avais toujours eu l’habitude de vivre tes émotions en mangeant, parce qu’on ne t’avait pas appris à faire autrement… Peut-être que c’était même un peu encouragé, dans ton éducation ? Qu’en dirais-tu ? Personnellement, je peux le dire : ça a un peu commencé comme ça, avec les gâteaux qu’on nous donne quand ça ne va pas, ce genre d’habitude. 😉

– Ça me fait rire parce que ma mère m’en a parlé il n’y a pas longtemps. Elle me disait que j’étais une enfant plutôt docile et qu’elle savait très bien que, pour que je sois tranquille, il fallait me donner à manger. Du coup, quand elle allait faire des courses, pour que je me tienne tranquille, elle ouvrait un paquet de Malicette – Je suis Alsacienne ! – elle me le donnait et elle était tranquille tout le long des courses.

– D’accord… Pour revenir à ton histoire : il y a donc eu le décès de ton grand-père et l’engrenage s’est remis en route.

se soigner de la boulimie

Les études en psychonutrition et les premières pistes pour se soigner de la boulimie

– Exactement. Par la suite, j’ai eu beaucoup de mal à m’en défaire. Je n’ai commencé à m’en libérer qu’il y a peut-être 2 ou 3 ans. Ça doit faire environ cette durée que je n’ai pas fait de crise. Ça s’était déjà un petit peu calmé pendant mon BTS diététique. À ce moment-là, j’ai basculé dans un autre mode : je ne faisais plus de crise de boulimie, mais, par contre, j’étais encore en restriction cognitive. Je faisais du sport, je mangeais équilibré, etc. mais je ne connaissais pas encore l’alimentation intuitive, ni les sensations alimentaires. Du coup, je mangeais trop, si bien que je ne comprenais pas pourquoi je prenais du poids. De nouveau, le comptage des calories s’est installé. J’avais téléchargé une application pour ça, mais ça ne fonctionnait pas et ça commençait à m’énerver. Après, j’ai eu une période perso un peu compliquée et je suis retombée dans la boulimie, encore une fois. Cette fois, ça a duré jusqu’à ce que je commence ma formation en psychologie de l’alimentation. C’est une formation qui m’a énormément servi à titre personnel. Elle est basée sur les thérapies cognitivo-comportementales. Nous avons étudié plein de choses et j’ai essayé de les adopter, avant d’appliquer ce que j’avais appris à mes patients. Nous avons beaucoup travaillé l’alimentation intuitive, nous sommes formés sur le travail du GROS aussi… je ne sais pas si tu connais ?

– Si. 😊 Il s’agit du groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids, pour ceux qui nous lisent. Ils proposent aussi une formation en psychologie de l’alimentation, d’ailleurs.

– Exactement. J’ai réalisé tout un travail pour retrouver mes sensations alimentaires. Ça se fait sous forme d’expériences, que j’ai donc faites moi-même, car c’est indispensable pour se soigner de la boulimie. Je me suis rendu compte qu’on ne m’avait jamais appris à manger en fonction de ma faim et de rassasiement. Ça m’arrivait parfois de faire des crises pendant lesquelles je vidais les placards, puis, au repas suivant, de manger normalement. 

– Tu le faisais parce que c’était l’heure de manger, c’est bien cela ?

– Exactement.

La maltraitance infligée au corps lors des crises de boulimie hyperphagique

– Pendant ces crises que tu décris-là, j’imagine qu’il y avait quand même une sensation de trop-plein ? Alors comment tu t’arrêtais de manger, dans ces moments-là ?

– Je m’arrêtais dès que je n’en pouvais plus physiquement. Là où j’ai énormément de chances, c’est que je n’ai jamais réussi à me faire vomir. L’idée m’a traversé l’esprit quelques fois, je ne le cache pas, mais je n’ai jamais réussi. Du coup, je m’arrêtais dès que mon estomac n’en pouvait plus.

– D’accord. Tu stoppais lorsque ce n’était plus possible.

– C’était même physiquement douloureux. Je m’arrêtais quand j’avais mal. Là où c’était hyper maltraitant pour mon corps, et je ne l’ai conscientisé qu’il y a peu de temps, c’est qu’après une crise où j’avais mangé, par exemple l’équivalent de 3 baguettes, la moitié de mon frigo et la moitié de mon placard de gâteaux… je faisais une séance de sport pour compenser. Évidemment, ces séances de sport avaient lieu dans un état physique lamentable, car j’étais encore mal de ma crise. Mais c’est par le sport que je compensais. J’ai toujours pratiqué énormément de sport. Pas quand j’étais enfant, mais en grandissant j’ai fait beaucoup de fitness.

– C’était ça ta « punition », entre guillemets. Ça te va, si nous formulons ça comme ça ?

– C’est exactement ça. Je me disais : « J’ai mangé tout ça, il faut que je l’élimine, je ne peux pas le garder ». Ceci étant, ça ne m’a jamais fait perdre du poids. C’était, comme tu le dis, une punition.

– Ou en tout cas, c’était une tentative de « réparer », entre guillemets, ce que tu venais de faire. Tu évoquais le fait que, bien sûr, tu en es venue à l’idée de te faire vomir pour « compenser », avec des guillemets, là encore. Devant cette impossibilité (heureusement !), le sport était un autre moyen, à l’instar des périodes de régimes et de comptage de calories. Tout cela, ce sont des tentatives de rétablir les choses, sauf que ça ne fonctionnait pas… C’était un cercle vicieux.

– Exactement. Ça ne fonctionnait jamais, puisque plus je me restreignais, plus j’étais frustrée et plus j’avais envie des aliments que je m’interdisais. Dans ces cas-là, une fois que nous mettons le nez dedans, c’est la catastrophe. Ce n’est pas juste un ou deux gâteaux que nous mangeons, c’est le paquet entier. Après, il y avait ces tentatives de réparation, mais pas de la bonne manière. Ça, je ne l’ai compris qu’après. Il n’y a pas si longtemps, que je me suis rendu compte que j’ai passé 20 ans, quasiment, à me maltraiter de cette manière. Je me souviens du moment où j’ai dit cette phrase-là en thérapie : une fois qu’elle fut sortie, je me suis effondrée. Je me suis rendu compte de la maltraitance que je me suis infligée à moi-même et ce fut hyper violent de le réaliser avec ce recul.

– Ce n’est pas rien, de réaliser ça…

Le travail d’acceptation, entre autres pour vivre ses émotions

– Oui et, avant d’aller mieux, il a fallu un gros travail d’acceptation. Accepter que nous sommes en difficulté, accepter la situation et accepter d’avoir besoin d’aide, en général, ce n’est pas facile. Pendant très longtemps, je n’ai pas demandé d’aide… Ce qui m’a sauvée, c’est en partie ma formation, mais c’est aussi la thérapie que j’ai commencée en parallèle. Tout s’est mis en place à peu près au même moment : j’ai commencé ma formation, j’ai commencé ma thérapie et le tout a fait que j’ai emprunté la voie de la guérison et beaucoup de travail personnel. Au final, dans ce type d’accompagnement, c’est nous-même qui faisons le travail. Les accompagnants sont là pour guider et donner des clés mais, au final, c’est nous qui travaillons, que ce soit pour se soigner de la boulimie ou pour tout autre type de problématique. Ma thérapie m’a énormément aidée à prendre du recul, à prendre conscience. Ça m’a permis de mettre des mots aussi, et ça, c’est très important. Ma démarche de témoigner aujourd’hui, ça vient aussi du fait que j’ai appris à mettre des mots sur des souffrances, sur des traumatismes, sur des émotions. J’ai appris à vivre mes émotions autrement. Juste les vivre déjà, c’est bien, vu d’où je venais. J’avais ce mécanisme de les mettre sous le tapis. Maintenant que j’arrive à le formuler, je sais que c’est un mécanisme que nous appelons « de renforcement négatif ». Je préférais me confronter à la souffrance d’une crise de boulimie que de me confronter à une autre souffrance plus psychique ou émotionnelle.

– Sachant que lorsque tu dis « je préférais », il s’agit bien sûr de mécanisme inconscient. 😉 Ce n’était évidemment pas conscient, il ne s’agissait pas de te dire réellement « je vais m’infliger ça pour ne pas ressentir ça ». Ce sont les moyens qui nous trouvons à un moment donné, pour pouvoir continuer à avancer, pour traverser les épreuves que nous rencontrons. Même si, après coup, ça peut sembler maladroit ou mal adapté, c’est la solution que nous trouvons lors de ces moments-là. Avec le recul, tu vois mieux la façon dont ça se passait et tu peux décortiquer tout ça, mais il est évident que ce n’était pas un choix conscient. Tu faisais du mieux que tu pouvais à ce moment-là, avec les armes que tu avais.

– Tout à fait. Je le faisais ainsi puisqu’on ne m’avait jamais appris à faire autrement. Les émotions, on ne m’a jamais appris ce que c’était. J’ai découvert ça en thérapie. J’y ai appris aussi qu’aucune émotion n’est négative en soi alors que je ne supportais pas de ressentir de la tristesse, de la frustration, de la colère, etc. Tout ça, ce sont des façons de vivre que j’ai acquises en thérapie. Ça ne se fait pas forcément tout seul. Par ailleurs, ma formation a eu un gros impact. J’y ai appris à me reconnecter avec moi-même. J’ai déjà parlé de la faim et du rassasiement, mais je peux aussi évoquer les besoins. C’est bête mais j’étais quelqu’un qui n’était pas du tout à l’écoute de moi-même. Je vais donner un exemple : si je me blesse, je suis de ces personnes qui vont continuer quand même. Je ne vais pas me dire que mon corps me demande de faire une pause car j’ai besoin de repos, etc. Non : je continue.

– Coûte que coûte…

– Tout à fait. Ça, c’est vraiment quelque chose que ma formation m’a apporté. Je me suis penchée aussi sur l’alimentation intuitive. Elle permet de se reconnecter à ses besoins et à ses envies alimentaires. Tout cela, petit à petit, m’a amenée à la pleine conscience. Petit à petit aussi, j’ai appliqué cela, d’abord à mon alimentation, avant d’englober ma vie en général. Du coup, c’est chouette car maintenant, je me sens vraiment plus en phase avec mes besoins et mes envies. J’arrive à respecter mes signaux, ce que je n’arrivais pas à faire avant. J’ai déconstruit énormément de croyances aussi, y compris des notions acquises en BTS diététique, telles que « il faut manger équilibré », « il faut manger 5 fruits et légumes par jour », etc. Toutes les règles que j’avais en tête, tous les « il faut » et les « je dois », etc. : j’ai tout déconstruit petit à petit, pour reconstruire quelque chose de plus serein. J’ai déconstruit aussi mon rapport au corps. C’est un sujet que j’ai beaucoup interrogé, en thérapie et personnellement. Que représente le poids pour moi ? Qu’est-ce qui fait que je veux absolument perdre du poids ? Au final, j’ai commencé à réellement perdre du poids le jour où j’ai lâché prise par rapport à ça. Tant que j’avais cette obsession de perdre du poids, ça ne fonctionnait pas.

Le lien entre psychologie et prise ou perte de poids

– Il y avait comme une crispation autour de ça. C’est bien ça ?

– Exactement ! Je pense que, chez moi, le poids est très psychologique. Un des traumatismes que j’ai vécus étant enfant, c’est une agression sexuelle. Du coup, je pense que rentrait aussi en ligne de compte le fait qu’être mince, pour moi, c’était aussi être désirable et attirer l’œil. Quand j’ai commencé à perdre du poids, j’ai constaté des paliers. J’ai trouvé ça très marrant, car j’ai eu l’impression que dès que je débloquais quelque chose en psychothérapie, je perdais du poids, assez naturellement. C’était vraiment lié à mon travail psychologique, et pas seulement aux démarches corporelles ou émotionnelles pour se soigner de la boulimie.

– C’est avec ça que tu as pu faire le lien et dire qu’il y a une grande part de psychologique dans ton poids. Tu as littéralement vu le lien de cause à effet. C’est bien ça ?

– Oui, c’est totalement ça. Ce n’est que mon avis personnel, mais le poids n’est jamais un chiffre seul : il y a toujours une histoire derrière. De même, je me suis rendu compte que, malgré tout le travail que j’avais déjà fait et toutes les croyances que j’avais déjà déconstruites, il me restait des pensées grossophobes. Malgré moi bien sûr, car je n’en ai pas envie ! Nous sommes tellement conditionnés par rapport à ça que j’ai eu du mal à m’en défaire et même aujourd’hui, le travail n’est pas totalement fini.

– C’est une déconstruction tellement… comment dire ? Je ne trouve plus l’image que j’avais en tête ! Ça m’évoque la chirurgie à de très très petit niveaux…

– Microscopique ?

– C’est ça, microscopique. Il y en a de partout à l’intérieur de nous, des petits trucs qui traînent sur ce sujet.

se soigner de la boulimie

Un rapport différent entre image corporelle, estime de soi et bonheur

– Oui. De plus, j’avais cette croyance que « quand je serais mince, les gens m’aimeront, je pourrais m’habiller comme je veux, etc. ». Mon poids m’a toujours empêchée de faire des choses. Je ne m’habillais pas comme je voulais, j’avais peur du regard des gens, d’être jugée, etc. Tout tournait beaucoup autour du poids – comme beaucoup de personnes avant de se soigner de la boulimie ou d’un autre TCA comme l’anorexie.

– Et de l’image corporelle, n’est-ce pas ?

– Autour du poids et de l’image corporelle, oui. À tel point que j’ai une anecdote qui me fait sourire maintenant. J’étais à un concert et j’ai fait un malaise. J’ai vu les secouristes arriver avec une civière. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans ma tête à ce moment-là, mais je leur ai dit « Ah non non, moi je ne monterai pas là-dessus. C’est bon, je marche. ». Ils ont insisté, mais c’était catégorique. Je ne voulais pas monter sur cette civière… parce que je pensais qu’ils n’allaient pas réussir à me porter.

– Oh…

– Et oui, c’est quand même assez dingue. C’était très très présent chez moi.

– Oui tu avais vraiment peur du jugement et du regard…

– C’est un travail qui est encore en cours, ce n’est pas tout à fait terminé. J’ai dû faire un gros travail d’acceptation. Quand j’ai commencé à m’accepter un peu plus comme j’étais, les choses ont commencé à changer, c’est comme s’il y avait eu un lâcher-prise. Là, j’ai pu commencer à travailler.

– C’est un sacré parcours ! J’entends bien que c’est encore en cours, que tu es toujours en chemin. Je reste aussi marquée par la concomitance entre le début de ta formation et le début de ta thérapie, comme si toutes les pièces du puzzle s’emboîtaient au bon moment. Cela te permettait de tester sur toi ce que tu apprenais, pour traverser d’abord toi-même ce processus, avant de voir, dans un second temps, comment tu pouvais l’adapter pour les autres. Comment tu dirais que ça se complétait, la thérapie et la formation ? Comment ça s’articulait, si c’est possible de le définir ?

– C’est compliqué à dire parce que je n’ai pas l’impression qu’il y ait un moment « eurêka » où j’ai eu une prise de conscience. Ça s’est fait petit à petit et il y a des moments où je fais marche-arrière. Parfois, je m’énerve avec ma thérapeute, en lui disant que j’en ai marre de faire 2 pas en avant et 4 en arrière ! 😉 Mais je crois que c’est un processus normal.

– Oui, complètement !

– Pour te répondre : cette complémentarité tenait à de petites choses. D’ailleurs, je me fixais de petits objectifs et j’avançais petit à petit.

Des objectifs petit à petit pour se soigner de la boulimie à son rythme

– Quel genre d’objectif tu te fixais ? Tu veux bien les partager avec nous ? Ce sera peut-être inspirant pour d’autres personnes souhaitant se soigner de la boulimie ou d’un autre TCA.

– Ce pouvait être, par exemple : pour commencer, si j’ai une envie de manger, je dois l’accepter.

– Rien que ça, ce n’est déjà pas rien !

– Ensuite, seconde étape : le faire en sécurité. « OK, j’ai le droit de le faire, ce n’est pas un problème, je n’ai pas besoin de culpabiliser ni de compenser. » Petit à petit, j’avançais comme ça. Dès qu’une étape était validée, je passais à autre chose. Parfois, il pouvait seulement s’agir de me remettre en question. D’autres fois, quand j’avais, ou quand j’ai encore, des envies de manger émotionnelles, je les satisfais et après, je me demande ce qu’il s’est passé pour moi. Pourquoi j’étais en colère, qu’est-ce que ça vient dire sur moi ? Ça, ce n’était pas un réflexe. Je culpabilisais, mais ça ne me faisait pas avancer. Maintenant, j’arrive plus ou moins à avoir cette prise de recul et à me dire que, pour ce que soit fonctionnel, il faut que j’analyse ce qu’il s’est passé.

– Et oui. « Qu’est-ce qui m’a amenée là ? » Sachant que l’idée n’est pas de diaboliser les prises alimentaires émotionnelles ! C’est une des fonctions de l’alimentation que de nous aider à traverser les émotions. Mais il y a un processus de conscientisation à mener pour ne plus traverser ça machinalement. Il s’agit de pouvoir choisir cette façon-là de traverser l’émotion. Ou, si nous la subissions un moment, il s’agit de faire un « stop » ensuite pour se demander ce qu’il s’est passé. « Je vois bien, que c’était émotionnel, cette façon de manger. Qu’est-ce qu’il s’est passé pour moi ? » ? Cela sans rajouter de la culpabilité, juste en reprenant une posture de choix.

– Exactement ! Je pense que c’est aussi ça qui m’a permis de me soigner de la boulimie. Quand je faisais une crise, j’étais clairement en pilote automatique, je n’étais plus là. C’est comme si je n’étais même plus dans mon corps, c’était le vide total. Ça, c’est un travail que j’ai fait en thérapie, mais c’est quelque chose d’assez récurant chez moi. Suite à plusieurs traumatismes, j’ai cette… je ne sais pas si on peut dire « faculté » à ne plus rien ressentir et à tout couper. C’était quelque chose d’assez récurrent et, forcément, dans cet état-là, nous n’avons pas le choix. C’est plus fort que nous, c’est vraiment du pilote automatique. La thérapie et ma formation aussi m’ont permis d’en sortir.

– Peut-être que la pleine conscience a pu t’aider en cela aussi ?

– Exactement ! Ça m’a vraiment aidé à conscientiser les choses et à me poser un peu avant que ça n’arrive. Ça m’a permis aussi de faire des choix plus en conscience. C’est-à-dire que, pour une vivre une émotion, parfois je choisis de manger et parfois, comme je suis danseuse, je choisis de danser. Les 2 sont aussi adaptés l’un que l’autre, c’est juste que ça dépend des moments.

– D’accord, ce sont 2 options aussi efficaces, si je puis dire, l’une que l’autre.

– Oui. Sortir du pilote automatique et conscientiser peut prendre du temps, parce que ce n’est pas forcément agréable. Je n’ai pas toujours passé de bons moments en thérapie, mais c’est un travail important et très intéressant car on apprend à se connaître. Cela permet aussi de reprendre le contrôle, mais pas dans le sens négatif du terme. Avant, j’étais dans une restriction cognitive, dans un contrôle subi. À l’heure actuelle, je suis dans un contrôle éclairé. C’est-à-dire que j’ai repris un contrôle physiologique car je mange en fonction de mes sensations et de mes envies. J’ai repris un contrôle sur mes émotions aussi car j’arrive à les vivre. Je ne vais pas forcément les subir.

– Ça correspond à ce que moi j’ai appelé une reprise de pouvoir.

– Exactement !

– Il s’agit de redevenir actrice de ce qu’il se passe.

– C’est ça. Avant, je subissais. Là, j’ai repris un peu le contrôle et ça fait un bien fou !

– Et oui ! C’est peut-être d’ailleurs la première fois que ça t’arrive, car je repense à ce que tu nous disais de toi petite-fille…

– Oui, c’est clairement la première fois. Avant, je ne me donnais pas le droit. J’ai aussi dû faire un gros travail sur mon estime de moi. Forcément, mon parcours a fait que mon estime a été écorchée… voire inexistante, si je suis honnête.

– J’allai dire « laminée »…

– Et oui… Du coup, j’ai un gros travail à faire là-dessus aussi. Mon estime, à un moment donné, était reliée à mon poids. Si je n’étais pas maigre, je ne valais rien. J’ai dû apprendre à m’estimer par autre chose.

– À te trouver de la valeur ailleurs qu’à cet endroit-là.

L’ouverture aux autres pour accompagner et témoigner autour des TCA

– Oui. J’étais une enfant très timide et très renfermée sur moi-même. Je ne suis pas quelqu’un de très extraverti non plus, ce qui est un peu paradoxal puisque maintenant, je reçois des patients… J’étais très très renfermée et je gardais tout pour moi. Je n’étais pas quelqu’un qui parlait beaucoup, ou en tout cas pas de moi. J’adorais écouter par contre, j’étais la bonne copine à laquelle on vient confier ses problèmes. Mais moi, je n’avais jamais, jamais, jamais parlé des miens jusqu’à il y a très peu de temps.

– Ça m’évoque quelque chose qui a pu s’ouvrir, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de toi. Tu t’es ouverte et ça t’a permis de recevoir des patients, d’accueillir et d’accompagner d’autres personnes souhaitant se soigner de la boulimie ou d’un autre trouble du comportement alimentaire. Cela a aussi ouvert quelque chose d’un point de vue plus personnel, pour exister, tout simplement. Enfin « tout simplement », façon de parler… Je ne sais pas si tu es d’accord avec moi.

– Tu as tout à fait compris ! En ce moment, je suis dans un cheminement grâce auquel je commence à comprendre que j’existe en tant qu’individu à part entière, et que j’en ai le droit, ce qui n’était pas forcément acquis. Du coup, j’arrive beaucoup plus à m’ouvrir et à parler de moi, ce qui était compliqué avant, ne serait-ce que par peur du jugement. Quand on souffre de comportement alimentaire, on se sent nul, honteux, on se dit qu’on n’est pas normal, que les personnes autour ne vont pas comprendre et se moquer. Par conséquent, c’est difficile d’en parler. Dans mon entourage, je ne pouvais pas en parler, notamment parce que ma mère souffrait de ça aussi. Je n’avais pas envie d’en rajouter une couche. J’estimais qu’elle avait assez à faire elle-même avec ses problèmes et j’ai gardé ça pour moi pendant une vingtaine d’années. Jusqu’à il y a peu, même mes amis n’étaient pas au courant. J’ai un peu fait mon « coming-out » à l’occasion d’une publication, sur mon compte pro, d’un contenu plutôt perso, qui expliquait mon parcours. Je me souviens qu’avant de la poster, c’était la panique à bord ! J’étais angoissée, car je n’en avais jamais réellement parlé. Je me demandais si j’allai être jugée. Au final, ce fut hyper chouette car ça a été bien accueilli !

– Et oui… Ce qui était caché devenait visible, mais tu te sentais prête, tout comme ici, en venant témoigner.

– C’est exactement ça. En ce moment, je suis vraiment dans une démarche de témoignage parce que je pense qu’il faut que les paroles se libèrent. Quand j’étais enfant, j’aurais aimé avoir toute la conscience que nous avons à l’heure actuelle sur l’alimentation. Ils sont très récents, ces courants de pleine conscience et d’alimentation intuitive. Quand j’avais 10/12 ans, on n’en parlait pas trop. Moi en tout cas, je n’en avais jamais entendu parler. Je trouve très important de témoigner pour montrer à d’autres personnes qu’elles ne sont pas toutes seules et qu’on peut s’en sortir.

Le mot de la fin pour ceux qui souffrent d’un trouble du comportement alimentaire

– Même si, tu le disais tout à l’heure, ce n’est pas rien d’oser demander de l’aide quand on sent qu’on ne va pas s’en sortir seul. Conscientiser qu’il y a un problème, ce n’est déjà pas rien ! Mais je suis en train de voir que nous allons devoir nous quitter, Marina. Le temps est passé extrêmement vite, comme toujours. Avant que nous ne mettions fin à cet article, as-tu une dernière chose à partager, un message à transmettre pour ceux qui nous lisent ?

 – Je vais rebondir sur ce que nous avons dit à l’instant. Moi, le message que j’ai envie de véhiculer, c’est que les troubles du comportement alimentaire ne sont pas une fatalité. On en sort, mais ne restez pas seul avec. Tournez-vous vers des personnes qui sont formées à entendre ce type de souffrance et qui pourront vous aider et vous accompagner.

– Je te remercie beaucoup, Marina, pour tout ce partage que tu nous as proposé ! Est-ce que tu veux bien que les personnes qui nous lisent te contactent si elles le souhaitent ? Si oui, par quel biais ?

– Avec plaisir ! Vous pouvez me retrouver sur mon compte Instagram. C’est ce qui me paraît le plus simple.

– Merci beaucoup ! Je te souhaite une bonne continuation dans ce processus, même s’il y a des petits pas en arrière, des grands pas en avant, etc., il avance malgré tout. 😊

Si vous vous demandez comment se soigner de la boulimie ou d’un autre TCA, j’espère que le témoignage de Marina vous aura inspiré. Si vous ressentez le besoin d’être accompagné pour vous réconcilier avec la nourriture, je vous invite à découvrir mon accompagnement Indépendance Cannelle. Enfin, comme d’habitude : vos retours sont bienvenus, en commentaire, sur mon compte Instagram ou via mon site internet.

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